‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 50 sur 253 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Une heure s'était écoulée en questions rapides et incohérentes et en réponses de la même nature, avant que Middleton, couvant des yeux le trésor qu'il venait de retrouver, et contemplant Inez avec cette anxiété jalouse dont un avare regarderait son coffre-fort, termina son récit décousu en demandant à sa femme : — Et vous, mon Inez, comment aTei-vous été traitée?— Sauf l'injustice avec lac^uellc

ils m'ont violemment séparée de ma famille, mes ravisseurs m'ont traitée en tout aussi bien que leur position le permettait. Je pense que l'homme qui commande ici est encore novice dans le crime. 11 a eu en ma présence une discussion terrible avec le misérable qui m'avait enlevée ; et puis, ils ont fait un pacte impie que j'ai été forcée de sanctionner, et auquel ils m'ont liée ainsi qu'eux-mêmes par serment. Ali! Middleton , je crains bien que les hérétiques ne .soient pas aussi fidèles à leur serment que nous qui sommes élevés dans le giron de la véritable Eglise. — JS'en croyez rien ; ces scélérats ne sont d'aucune religion : se sont-ils parjurés? — Non. Mais n'est-ce pas une chose révoltante que de prendre Dieu à témoin d'un pacte si coupable. — Nous le pensons comme vous, Inez, aussi fermement que le plus vertueux cardinal de Rome. Mais comment ont-ils observé leur serment, et quel en ctait l'objet ? — Ils convinrent de ne me soumettre à aucune contrainte et de me délivrer de leur odieuse présence, à condition que je leur promettrais de ne rien faire pour m'échapper, et de ne pas même me montrer, jusqu'à une certaine époque qu'ils fixèrent. — Et cette époque? demanda l'impatient Middleton qui connaissait bien les scrupules religieux de sa femme. Cette époque? — Elle est déjà passée. J'avais juré par mon saint patron, et je tins fidèlement ma promesse jusqu'au moment où celui qu'ils nomment Ismaël oublia le sien et en vint à des actes de violence contre ma jeune compagne, je me montrai alors sur le rocher, car l'époque convenue était passée. En tous cas, je pense que le père Ignace m'aurait dégagée de mon serment, en considération de la trahison de mes gardiens. — S'il ne l'avait pas fait, murmura le jeune homme entre ses dents, je l'aurais dégagé pour jamais du soin de votre conscience. — Vous, Middleton ! répondit liRz en regardant le visage enflammé de son époux, pendant qu'un incarnat brillant se répandait sur ses traits jileins de douceur. Vous pouvez recevoir mes serments, mais certes vous n'avez pas le pouvoir de m'en accorder la dispense. — Non, non , non ! Inez, vous avez raison. Je ne connais rien àces subtilitésdcs cas de conscience, et je suis tout autre chose qu'un prêtre; cependant dites-moi ce qui a pu engager ces monstres à jouer ce jeu désespéré, à disposer ainsi de mon bonheur? — Vous cimnaissez mon ignorance du monde, et combien je suis peu propre àdeviner les motifs delà conduite d'êtres si ditferents de tous ceuxquej'ai déjà vus; mais l'amour de l'ur n'cntraîne-t-il pas les hommesà des actes pires encore que celui-ci? Je crois qu'ils espéraient qu'un père opulent leur paierait pour sa fille une riche rançon; et peut-être, ajouta-t-elle en jetant à travers ses larmes un regard bcrutateursur l'attentif Middleton, ils comptaient un pcusurlesalfections nouvellesencore d'un jeune époux. — Us auraient pu tirer goutte à goutte tout le sang de mon cœur. — Oui, reprit la jeune et timide liiez, détournant tout à coup le furtiC regard qu'elle avait hasardé, et reprenant précipitamment le fil de son discours , comme pour faire oublier la liberté i|u'elle venait de prendre; (ui m'a dit qu'il est dos hommes assez vils pour se parjurer à l'autel afin de s'approprier la fortune déjeunes filles ignorantes et confiantes; et SI l'amour de l'or peut conduire à une telle bassesse, nous ne devons pas nous étonner qu'il entraîne à des fraudes peut-être moins criminelles des hommes dévorés de la passion du gain. — Cela doit être; et maintenant, Inez, quoique je sois ici pour vous défendre au péril de ma vie, et que nous soyons maîtres de ce rocher, nos embarras peut-être aussi noi périls, ne sont pas terminés. Vous vous armerez de tout votre courage pour supporter cette épreuve, mon Inez, et prouver que vous êtes la femme d'un soldat. — Je suis prête à partir à l'instant. La lettre que vous m'avez envoyée par le médecin m'avait préparée à tout espérer, et j'ai tout disposé pour pouvoir fuir au [iremier signal. — Partons donc et allons rejoindre nos amis. — Nos amis! interrompit Inez en jetant les yeux autour de la petite tente pour y chercher Hélène. Et moi aussi j'ai une amie qui ne doit pas être oubliée, et qui a promis de passer avec nous lereste de ses jours. Serait-elle partie?

Middleton, la conduisant doucement hors de la tente, lui dit avec un sourire : — Elle [leut avoir eu, comme moi, quelques communications particulières à faire à une oreille privilégiée.

Le jeune homme ne rendait pas justice aux motifs d'Hélène Wade. Sensiiile autant qu'intelligente, elle avait compris que sa présence n'était pas nécessaire dans l'entrevue qu'on vient de rapporter, et elle s'était retirée avec ce tact exquis qui semble être l'apanage spécia de son sexe. On la voyait maintenant assise sur une pointe de rocher et enveloppée de ses vêtements de manière à cacher sa figure. Elle demeura dans cette position pendant près d'une heurj sans cjue personne s'approchât d'elle pour lui adresser la parole et sans être vue de qui que ce fut, comme son regard prom[it et inquiet croyait s'en être assuré. Sur ce dernier point, toutefois, la vigilance d'Hélène était en défaut. Le premier acte de Paul, dès qu'il .s'était vu maître de la citadelle d'ismacl, avait été de sonner la fanfare de la victoire à la manière singulière et plaisante si souvent pratiquée parmi les habitants des frontières de l'Ouest. Se frappant les flancs avec ses mains comme le coq vainqueur avec ses ailes, il fit entendre une biiiyantc et CTotesque imitation du chant triomphal de ce volatile, espèce de défi qui eût pu avoir ses dangers si quelqu'un des fils d'Ismaël avait été à "«rtée de l'entendre. — Voilà ce o.u9

LES VEILLÉES LlTTÊUAIRES ILLUSTREES.

j'atippllo aballie Tailirc iiroprcnn'iit pour en tirer los rajons , s'ccria-l-il, et cela sans qu'il y ait eu un os brise. Eh bien .' vieux Trappeur, vous avez été dans votre tcuips l'un de ces soldats bien pressés qui marchent an pas et par peloton, et vous avez dû voir prendre des forts et enlever des Liatleries... n'cst-ix pas?— C'est vrai, répondit le vieillard qui avait ^'ardé sa position au pied du rocher, si peu ému par ce qu'il venait de voir qu'il répondit à la gaieté de Paul eu se livrant de tout cœur à l'un de ces rires silencieux qui lui étaient [larticuliers. Vous vous êtes eoiuluits en hommes!

— Mainlenant, dites-moi, ii'a-t-on pas coutume, après une ha- •aille saiiglaule, de faire l'aiipel des vivants et d'enterrer les morts?

— 11 y eii a qui le fout et d'autres qui ne le font pas. Quand sir William Howe poussa l'Allrmand Dieskau dans les délilés, aux bords de l'Hiirican.... — Votre sir William Howe n'était qu'un frelon en comparaison de sir Paul Hover, et n'entendait rien à la régularité du service. Nous allons donc conuuencer l'appel.... Mais, à propos, Trappeur, la chasse aux aheilles, les bosses de buffles et certaines autres nuilières m'ont tellement absorbé que j'ai oublié de vous demander votre nom ; car je me propose de commencer par mon arrière-garde, convaincu que mon avant-garde est trop occupée jjour répondre. — Ma foi, mou enfant, dans mon temps j'ai eu autant de noms qu'il y a de peuplades parmi lesquelles j'ai résidé. Par exemple, les Delawares, à cause de ma vue, m'ont donné un nom tiré du regard perçant du faucon ( Œil-ile-Faucon ). Et puis les colons . des montagnes de l'Otségo m'ont rebaptisé d'après l'étolVe de mes guêtres ^Bas-de-Ciiir ). J'ai eu bien des noms dans ma vie; mais quand viendra le jour de l'appel général, où tous les hommes se verront face à face, qu'importera sous quel nom un mortel a joué son rôle! j'ai l'humble espoir que lorsque l'un des miens sera appelé, n'inqiorte lequel, je pourrai répondre tout haut et sans rougir.

Paul fit peu ou point d'attention à cette réponse dont la distance lui déroba une bonne moitié; mais, continuant sa idaisauterie, il somma d'une voix de Sienlor le naturaliste de repondre à son nom. Le docteur Battius n'avait pas jugé à [iropos de pousser ses avantages plus loin que la confortable niche que le hasard avait formée si à propos pour le protéger, et où il se délassait maintenant de ses fatigues dans un agréable sentiment de sécurité , joint à l'inexprimable satisfaction de posséder un trésor végétal encore vierge. — Montez, montez ici, mon digne altrapeur de taupes! Venez voir la perspective dont jouissait ce coquin d'ismaël ; venez, regardez hardiment là nature en face, et cessez de ramper dans l'herbe de la prairie et parmi les taupinières , comme uu preneur de sauterelles.

L'apparition d'Hélène ferma la bouche du joyeiix et insouciant chasseur d'abeilles, et autant il avait été bruyant, autant il devint tout-à-coup muet et silencieux. Quand elle s'assit, mélancolique et solitaire, sur la pointe du nicher, comme nous l'avons dit, Paul affecta de s'occuper à passer une inspection exacte du mobilier et des effets d'ismaël. Il fouilla sans ménagement dans les tiroirs d'Esther, éparpilla sur la terre les rustiques atours des jeunes filles, sans le moindre égard pour leur qualité ou leur élégance, et fit voler çà et là les marmites et les poêlons . Cependant tout ce mouvement qu'il se donnait était manifestement sans objet; il ne s'appropriait rien, et ne paraissait même jias .s'ajiercevdir de la nature des articles qu'il traitait avec tant de familiarité. Quaiul \\ eut examiné l'intérieur de chaque cabane, jeté un nouveau coup d'œil sur l'emplacementoù il avait enfermé les enfants, après les avoir follement garrottés avec des cordes; quand il eut lancé d'ud coup de pie<l, comme une paume, à cinquante pieds en l'air, l'nn des seaux d'Esther, et cela par puri: espièglerie, il se rapimiclia du bord du plateau, et se mit à siffler l'air : Chaasfurs du licnluclcy!... avec aul-inl d'ardeur que s'il eût été payé à tant par heure pour faire de la musique. C'est ainsi qu'il passa son temps, jus((n'au moment où Middielon, comme nous l'avons dit, conduisit liiez hors de la teiile, et iniprinia une nouvrlle direction à la pen.sée de tonte la troupe. Il arrache l'aul à sa musique, et le docteur à sou lierhorisatiou ; l'I, en sa qualité de çliel reconnu, donna les ordres nécessaires pour le dép.irt imniedial. L'u peu de précipitation et de conf'jsion suivit nalurellenieiit cet ordre. Chacun s'emplova de la manière la plus confiuiue à ses forces et à sa situation. Le Tiaiipeur .s'elait déjà riuidu inailre du paliint Asinus qui paissait liani|iiilli'nient à peu de dislanee du rocher, et il s'occupait mainleiKiiit à plaeer sur .son dus le mécanisme compliqué que b; docteur liattius jugeait à propos d'appeler une selle dit Sun invention, bc .son côte, le nalurali^te i,i.--siiii|jlait ses portefruillc's, ses herbiers, s,, oolleetioii d'inAi'cles, cpiil tiansvasacn toute liàte du camp d'Isniaél dans certaines pnehes de' l'ingéiiieiise machine' susdite, et que le Trappeur jeta bien luin de..) que Ikiltiiis eut le dos tourné. Paul fit preuve de eéléiilé en appoiianl an bas de la citadelle les légers paqui'ls qu'liiez et Ilcleiie avaient prépares pour leur fuitii, pendant iiue le capitaine Middietoii employait les menaces et les priinie>sis |i(nir engager les cillants à icsti'i- ir.inquilli'.', dans leur étal de réclusHin. Cimiiiiic le temps pressait, et (pi'il était à craindiequ'Uniafl iir revint t(Uit-à-eiiup, Ions ci:s mouvenieiils furent ellectues avec be.iueiiiip il'aideiii et di: lélerilé. Le Trappeur playa les cbjels qu'il jugea devoir être vrainicnl utiles à la portion

la jdus faible et la plus délicate de la troupe, dans ces mêmes poches dont il avait si cavalièrement expulsé les trésors du naturaliste qui ne s'en doutait pas; puis il s'écarta pour permettre à Middlcton de placer Inez sur l'un des Jeux siég<'s qu'il avait préparés pour elle cl sa compagne sur le dos de l'aiiiiual. — Venez, mon enfant, dit le vieillard à Hélène, eh lui faisant signe de suivre l'excmiile d'iiiez, el en tournant la tête derriiTO lui, aviic un peu d'inquiétude, pour regarder la Prairie. Le propriétaire de ce lieu ne lardera pas à rentrer chez lui, et il n'est pas liomme à se laisser enlever tranquillement son bien, de quelque manière qu'il l'ait acquis. — C'estvrai, s'écria Middieton ; nous avons perdu des moments précieux, et maintenant toute notre activité nous est nécessaire. — Oui, je le savais, et je vous l'aurais dit, capitaine; mais je me rappelais combien votre grand-père aimait à contempler, aux jours de sa jeunesse et de son bonheur, les traits de celle qu'il accompagnait et qui devait être son épouse. C'est la nature, c'est la nature ! et il vaut mieux laisser quelque peu ses sentiments se faire jour que de chercher à contenir uu torrent qui doit avoir son cours.

Hélène s'approcha, et prenant liiez par la main, lui dit avec une chaleureuse afTection, après s'être efTorcée de comprimer une émotion qui lui ôlait presque la ]iarole : — Dieu vous bénisse, aimable dame ! j'espère que vous voudrez bien oublier et pardonner les torts de mon oncle.

La jeune fille, humiliée et affligée, n'en dit point davantage, et une explosion de douleur, qu'elle ne put maîtriser, lui ôta toul-à-fait l'usage de la voix. — Que signifie cela? s'écria Middieton ; ne m'avezvous pas dit, Inez, que cette jeune et excellente personne devait nous accompagner et passer avec nous le reste de ses jours, ou, du moins,jusqu'à ce qu'elle trouvât quelqu'autre résidence plus agréable?

— Je l'ai dit, et je l'espère encore. Après m'avoir témoigné tant de compassion et d'amitié dans mon malheur, elle ne^aurait m'abandonner dans des temps plus heureux. — Je ne puis, je ne dois pas vous suivre, continua Hélène, revenue de sa faiblesse passagère. Il a plu à Dieu de fixer ma destinée parmi ces gens, et mon devoir est de ne les pas quitter ; ce serait ajouter les apparences delà trahison à ce qui est déjà bien assez répréhensible aux yeux d'un homme tel qu'lsmaël. J'étais orpheline; il a eu pour moi des bontés, malgré la rudesse de ses manières, et je ne puis m'éloigner de lui dans un pareil moment. — Elle est parente du vagabond Ismaël comme je suisévêquel s'écria Paul avec un Hem! bruyant, comme si quelque chose lui fût resté dans le gosier. Si le vieux drôle a bien agi avec elle, en lui donnant par-ci par-là un morceau de venaison, ou en lui permettant de puiser avec une cuiller dans sa gamelle d'boiiiminie, ne s'est-elle pas acquittée envers lui , en montrant aux jeunes mar.souins à lire leur Bible, ou en aidant Ësther à donner à ses nippes une certaine tournure? Dites-moi qu'un b(Jurdon a un dard, et je vous croirai plutôt que d'admettre que cette jeune fille ait la moindre obligation à un membre quelconque de la tribu d'ismaël. — Peu importe chez qui je sois et à qui j'aie obligation! Qui pourrait .s'intéresser à une pauvre fille qui n'a ni père ni mèrCj et dont les proches sont repoussés par tous les honnêtes gens? Non, non, partez, madame, et que le ciel vous bénisse! Je ferai mieux de rester dans ce désert, où du moins personne ne saura ma honte. — Maintenant, vieux Trappeur, dit l'anl, voilà où il faut bien voir de quel côté souffle le veut! Vous êtes un boinme qui a quelque connaissance de la vie el du Irain du monde; je vous en fais juge: franchement, n'esl-il pas dans la nature des choses que l'essaim .sorte de la ruche quand les jeunes abeilles ont atteint leur croissance? Et puisque les enfants quittent leurs parents, n'est-il pas juste que celle qui n'a aucun lien de parenté?...

— Chut! iuterromiiit le vieillard, Hector est mceoiiteut. Eh bien! qu'y a-t-il, mon vieux? parle clairement, qu'ya-t-il?

Le vénérable limier s'était levé, cl humait la fraicbe brise qui continuait à souffler puissamment sur la prairi(^ A la voix de .son maître, il grogna et contracta les muscles de ses babines, comme luét à menacer avec ce qui lui restait de ses dents. Le jeune chien, qui se reposait après la chasse du malin, annonij-a aussi qu'il seiilait quelque émanaliou, puis tous deux reeoninicneèrent à sommeiller comnieauiiaravant. Le Traiipeur prit l'âne par la bride, et s'écria en faisant avancer l'aniuial : — Ce n'est nas le inonient de discourir. Isinaëletsa (U'ogeniture sont à nu mille ou deux d'ici.

Le danger que courait sa compagne nonvellenient retrouvée bannit de l'es|u-it de Middieton tout souvenir d'Hélène; el il n'est p.is besoin d'ajouter que le docteur Batliiis n'attendit pas un secomi avertissement pour eoiumencer la retraite. Suivant la route indiquée par le vieillard, ils tournèrent le rocher, et poursuivirent leur marche, aussi rapidement que possible, h travers la prairie, niellant la citadelle entre eux et l'ennemi. Paul Hover étail resté immidule, sileneieuseinent apuuyé sur sa carabine. Près d'une niiiiule s'elait écoulé avant qu'il li'il aperçu par Hélène, qui avait placé ses deux mains siir.>a figure, comme pour se caclu^r a elle-même l'isolement où elle se croyait lai^M'C. — Pourquoi ne l'nyez-vous j.as? .s'écria Id jeune lille éplorée, dès qu'elle vit ([u'elle n'était pas seule. — Jen'ort ai pas l'iiabitude. — Mon oncle .sera bientôt ici! vous n'avez rien à attendre de .sa pitié. —Ni de celle de sa nièce, je présii'iilë. Qu'il

LA PRAIRIE

vienne! il ne peut, au pis aller, que me casser la tète. — Paul, Paul, si Vous m'aimez, fuyez. — Seul ! si j'en fais rien, je veux être... — Si la vie vous est chère, fuyez ! fuyez! — Elle est pour moi peu de chose, comparée à votre affection. — Paul! — Hélène!

Elle étendit les bras vers lui, et versa de nouveau un torrent de larmes. Alors le chasseur d'abeillps enlaça de l'un de ses bras robustes la taille svelte de la jeune fille, et le moment d'après il accéleiait sa marche rapide dans la plaine poub rejoindre ses curapagiioas.

Page 1