‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 53 sur 253 · I.I'.S VKÎM.KIÎS I.rrr(';UAH\»îS ILLUSTUÉKS · texte numérisé non relu

I.I'.S VKÎM.KIÎS I.rrr(';UAH\»îS ILLUSTUÉKS

(lo U vi.nilaiitfd, (ilnlôl li'iii|ii!H'i':> 0lftMii|iiitvii.i\-,i|ii'niililiCiS. vjuailil {•Milii cs(ii;i'C U'aiililii' iîi|invoi|in>, liil i;lali||g ^;iUio li: ;^iii:l'cii:r (|ns IM'dirii's 01 le viinu Tmiipr.iM' c\tiiirim<iiUc, fi; iliifliier s'o'xupa ilo ilcniinT à l'iiul lus insliiictioMS nociissairo^i pour la halte (lu'on su liioposail lit: laiio. Cciulanl ciu'liu'?. et lléléiit! inettaicrit jiieil à terre Cl que Miililk'lon et le chasseur (ralieilles s'occupaieiil de ce qui piiiivailètre nécessaire aux deux jeunes l'emuH's, la conversation continua entre l'iudien cl le Traïqieur, ce ilernier s'expriiu.mt tantôt dans la langue indigt'.ne, taiiloi en anglais, lorsque t'aul et le docteur uuMaient leurs opinions à C(illes des deux principaux interlocuteurs. 11 y avait entre le Paunie et le vieillard une sorte d'assaut d'iialiileté et de finesse, dans lequel chacun cherchait à découvrir le l)nt de l'autre, sans laisser apercevoir l'intérêt qu'il mettait à cette investigation. Comme ou peut le penser, la lutte étant établie entre des adversaires de force égale, le résultat ne répondit à l'attente ni de l'un ni de l'autre. Le Trappeur avait épuisé toutes les questions que sa perspicacité et son expérience pouvaient lui suggérer concernant l'état de la trihu des Loups, leurs récoltes, leurs approvisionnements pour l'hiver suivant, et leurs relations avec les divers peuples belliqueux de leur voisinage, sans tirer de l'Indien une seule réponse qui lit connaître te moins du monde par quel motif un guerrier isolé se trouvait aussi éloigné de sa tribu. D'autre part, les questions de l'Indien n'étaient pas moins ingénieuses, et, eu outre, elles étaient ciupri'iules de plus de dignité et do délicatesse. Il s'étendit longueuient sur l'état du commerce de pelleteries, parla des succès obtenus et des écheesi essuyés par un grand nombre de chasseurs blancs qu'il avait rencontres ou dont il avait entendu parler, il Ht même allusion aux progrés persévérants que faisait, vers les territoires de chasse de sa tiibu, la nation de son Grand-Pére, commo il nommait prudeiunient le gouvernement des litals-Unis. On voyait coiieiulant, par le singulier mélange d'intérêt, de mépris et d'indignalion, qui brillait de temps eu temps à travers les manières réservées de ce guerrier, qu'il connaissait plutôt par ouï-dire que par des rapports réels le peuple étranger qui usurpait ainsi sur ses droits naturels. Cette iguorauce personnelle des blancs se trahissait non moins par la manière dont il regardait les deux femmes, que oar les ex|ircssious brèves mais énergiques qui lui échappaient de temps à autre. Tout en parlant au Trappeur, ses regards s'égaraient sur la beauté délicate et presque ourantine d'inez, comme s'il eût Contemplé les formes d'un être aérien. Ou ne pouvait douter qu'il ne vit alors, pour la première Cois, une de ces femmes dont les pères de sa tribu s'entretenaient si souvent, et dont la rare excellence égalait à leurs yeux tout ce que l'imagiuation d'un sauvage pouvait se figurer de plus beau. L'attention qu'il accordait à Hélène était moins marquée; mais, dans le regard rapide qu'il jetait sur SCS charmes plus développés et peut-être plus animés, il y avait aussi quelque chose do cet hommage que la femme obtient habituellement du sexe fort. Néanmoins cette admiration était tellement tempérée par ses habitudes, tellement éloutfee sous l'orgueil du guerrier, qu'elle échappait à tous les regards, à l'exception de ceux du Trappeur, trop versé dans la connaissance des coutumes indiennes, et trop convaincu de l'importance qu'il y avait a juger sainement du caractère du Paunie, pour eu laisser échapper le moindre trait, pour perdre de vue le plus léger de ses mouvements. Cependant Hélène, ainsi observée à son insu, entourait Incz, plus faible et moins résolue, des soins assidus de sa terdresse accoutumée ; ses traits ouverts reflétaient ces changeantes émotions de regret et de joie qui venaient parfois l'atteindre, pendant que sa pensée active considérait le parti décisif qu'elle venait de prendre, avec un mélange contradictoire de doute et d'espérance. Il n'en était point ainsi de Paul ; heureux d'avoir obtenu les deux objets les plus chors à son cœur, à savoir la possession d'Hélène et un triomphe marqué sur les enfants d'ismaël, il remplissait alors les fonctions qui lui étaient échues en partage, avec autant de sang-froid que si, apn^s la solennisation de son mariage, il eût été en cheiiiiu pour conduire yja moitié dans une demeure paisible. Pendant la marche de la famille émigrante, il avait rôdé autour d'elle, se cachant le long du jour, et cherchant vers le soir l'occasiou d'une entrevue avec sa tlancoe, jusqu'au moment où la fortune et sa propre intrépidité s'étaient réunies pour le faire triompher. Maintenant, la dislance, les oh'it^icles, les fatigues n'étaient rien pour lui. Sou imagination bouillante, sa résolution déterminée considéraient tout le reste coiuiue d'une exécution facile. Tels étaient ses sentiments, et tels eu ell'et ils semblaient être, alors que, son bonnet sur le coin de l'oreille, et sil'llant tout bas un air, il écartait les broussailles pour prépaver aux dames un endroit où elle; pussent se reposer, ce qui ne rempêchait pas de cler un coup d'œil d'approbation sur l'agile et charmante Hélène pendant qu'elle allait el venait autour Je lui en accomplissant sa part de besogne. — Ainsi la tribu des Loups-paunies a enlerro la hache avec ses voisins les Konzas? dit le Trappeur en continuant une conversation qu'il avait i peine interrompue de temps a autre pour donner les instructions nécessaires. Les Loups et les peaux rouges au vi.sage clair sont redeveuus amis. Docteur, c'est une tribu dont je suis sûr que vous avez lu quelque chose dans vos lifvres, el sur laqucUti ou u débité bieu dus meiuoDges à la populatitm iguo-

faute qui vit dans les lilablissemeuts. li y avait je ne .s à '.s quelle l|i>loire d'une [\:\\u\\\ de (îalloisqui vivaient ^^(■ eeçôteUans les Prairies , et 4Ui , disait-QU , y étaieul arrivés ayaiit ((ue cet homme à l'esprit inquiet, qui |i; premier permit n\i\ chrétiens de dépouiller les Indiens do leur hévili\ge, eût jamais deviné (pie le soleil se couchait sur lies pays aussi vastes que ceux où il se lève ; et l'on racontait comment ces gens i^v^ient les manières des blancs etiiarlaient la langue des blancs, et je ne sais combien d'autres sottises et d'antres fadaises. — Si j'en ai lu quelque chose ! s'écria le naturaliste en laissant toml)er un morceau de bison salé qu'il portait en ce moment à sa bouclée. U faud,rait que je fusse bien ignorant pour n'avoir pas rétleclii souvent et avec délices sur une aussi belle théorie, i|ui établit victorieusement drux propositions que j'.ii toujours soutenues irrécusables iors même qu'elles ^eserc^ient pas appuyées de preuves vivantes comme colle-ci, à sa,voir que la civilisation de ce continent remonte à une époque plus reculée que celle de Colomb, et que la couleur de la peau est le résultat du climat et des circonstances, et non une loi do la nature- Sur ce dernier point, interrogez ce digne Indien, vénérable chasseur; il appartient lui-même à la couleur rouge, et l'on peut dire que son opinion nous fera connaître les deuxcôtésdu point en discussion. — Pensez-vous qu'un Paunie soitun liseur, et qu'ilajoute foi aux mensonges imprimés qu'adoptent les oisifs des villes? répondit le vieillard d'un ton de mépris. Mais autant vaut satisfaire la fantaisie du savant; car, après tout, ce n'est peut-être ni plus ni moins que son instinct naturel, et dans ce cas, il faut bien qu'il s'y conforme pour qu'on puisse en avoir pitié. Que pense mon frère ? Tous ceux qui le voient ici ont des peaux blanches, mais les guerriers (launies sont rouges ; croit-il que l'homme change avec le climat et que le fils n'est pas semblable à son père?

Le jeune guerrier regarda un instant sou interrogateur d'un œil fixe et dédaigneux, puis levant un doigt vers le ciel, il répondit avec un air de dignité hautaine : -Le Wahcondah faittouiber la pluie des nuages; quand il parle, il ébranle les montagnes; et le feu qui frappe et consume les arbres est la flamme do son regard; mais il a formé ses enfants avec soin et prévoyance. Ce qu'il a fait ne change jamais. — Oui, il est dans la raison de la nature qu'il en soit ainsi, continua le Trappeur après avoir inlerprélé cette réponse au naturaliste désappointé. Les Paunies sont une nation grande et sage, et je suis sûr qu'ils abondent cfl bonnes et honnêtes traditions. J'ai souvent entendu les chasseurs et les trappeurs parler d'un grand "uerrier de votre race. — Les gens de ma tribu ne sont pas des femmes. Un brave n'est pas rare dans mon village. — Oui, mais celui dont ils parlent le plus est un chef dont le renom surpasse de beaucoup celui des guerriers ordinaires ; c'est un homme qui aurait pu faire honneur à ce peuple autrefois puissant, aujourd'hui déchu, les Delawares des montagnes. — Un tel guerrier doit avoir un nom. — Ou l'appelle Cœur-Dur à cause de sa fermeté et de sa résolution; et il est bien nommé, s'il faut ajouter foi à tout ce que j'ai entendu dire de ses actes.

L'étranger jeta au vieillard un regard qui semblait lire jusqu'au fond de cette àrae ingénue; puis il demanda : — Le 'Visage paie a-^-il jamais vu le chef de ma tribu? — Jamais. Je no suis pas maintenant ce que j'étais il y a quarante aus, quand la guerre était mon métier

Un grand cri poussé par Paul interrompit la conversation, el le moment d'après l'on vit paraître l'infatigable chasseur d'abeilles faisant soi'tir un cheval de guerre indien du taidis opposé à celui qu'occupait la troupe. — Voici la monture d'une peau rouge ! s'écriai-il en faisant caracoler l'animal. Il n'y a pas un colonel dans tout le Iventueky qui puisse se dire possesseur d'un cheval aussi beau et aussi bien découplé ! Et puis cette selle espagnole, comme un grand du .Mexique ! \L\\ ! voyez-moi cette crinière et cette queue tressées el ornées de pelites boules d'argent : c'est ainsi qu'Hélène pourrait ellemême arranger sa chevelure brillante pour la danse ou pour une fête ! N'est-ce pas un fameux coursier, vieux Trappeur, pour un cheval nourri au râtelier d'un sauvage? — Doucement, mon garçon, doucement! les Loups sont renoinmés pour leurs chevaux, et il n'est pas rare de voir un guerrier dos Prairies beaucoup mieux m uité qu'un membre du congrès. Mais voilà une bête qui ne peut ap|)arteuir qu'à un chef puissant. La selle, comme vous le dites avec raison, a porté dans son temps quelque capitaine espaguid qui l'aura perdue avec la vie tlaiis un des combats rréi|uents livrés par ces peuples contre les habitants des provinces méridionales. Je vous en réiiouds, ce jeune homme est lils do quelque grand chef, peut-être du (luissant Cœur-Diir lui-même.

Pendant cette brusque interruption de la conversalion, le jeune Paunie ne manifesta ni impatience ni déplaisir. Mais lorsqu'il crut que son cheval avait été l'objet de commentaires suffisants, il ôta la bride des mains de Paul, et cela très froidement et de l'air d'un lioinmo accoutumé à voir respecter ses volontés ; puis jetant les roues sur le cou de l'animal, il s'élança sur son dos avec l'agilité d'un professeur d'équitalion. Il était impossible devoir un cavalier plus beau et plus fermement assis que ce sauvage. La riche et ample selle semblait être plu'ôl un objet de luxe que d'utilité. En ell'et, cUe entravait plu» qu'elle n'aidait l'action de ses jambes, qui dédai-

LA PRAIRIE

gnaient de chercher l'assistance des étriers. Le cheval, qui se mit sur-le-champ à l'aire des courbettes, était, comme son cavalier, sauvage et indompté dans toutes ses allures; mais si, dans les mouvements de l'un et de l'autre, il y avait absence totale d'art, on y trouvait en revanche toute la liberté et la grâce de la nature. L'animal devait peut-être son excellence au sang arabe, à travers une longue généalogie qui embrassait le coursier du Mexique, le barbe d'Espagne et le cheval maure. Le cavalier avait également emprunté aux provinces de l'Amérique centrale l'art de maîtriser sa monture, avec ce mélange d'énergie et de grâce qui constitue le cavalier accompli. Nonobstant cette soudaine refirise de possession, le Paunie ne inanilcsta aucun empressement à s'éloigner. Piusà l'aise, maintenant qu'il s'était assurédes moyens de retraite, il faisait trotter son cbeval à droite et à gauche, examinant avec plus de liberté qu'auparavant chacun des individus qui composaient la troupe. A(.''is s'être éloigne à une certaine distance , au moment oii le Trappeur s'attendait à le voir- partir définitivement, il revenait sur ses pas, parfois avec la rapidité de la gazelle, parfois lentenu-nt et avec calme. Désirant coniiaitre certains faits qui pouvaient influer sur sa marche future, le vieillard résolut de l'inviter à reprendre l'entretien. Il fit donc an geste qui exprimait tout à la fois et ce désir et son intention pacifique. L'œiil alerte de l'étrunger remarqua sur-le-champ ce geste; mais ce ne fut qu'après avoir pris un temps suffisant pour réfléchir sur la prudence de cette démarche, qu'il parut consentir à se rapprocher de nouveau d'une réunion d'individus dont la force physique l'eniporlait sur la sienne, et qui pouvaient conséqucmmeut disposer de sa vie ou de sa liberté. Quand il fut assez jnes pour couvmser tacileraent, on put remarquer dans son air un singulier mélange de hauteur et de défiance. — Il y a loin d'ici an village des Loups, dit-ii en étendant la main dans une direction contraire à celle oit le Trappeur savait fort bien qu'habitait sa tribu, et la route est tortttcube. Qu'ebl-ee que le Long-Couteau veut me dire ? — Oui , tortueuse, elfectivement, murmura en anglais le vieillard , si vous vous proposez d'allez cluz vous par ce chemin, mais moins tortueuse de beaucoup que l'esprit d'un Indien... Dites-moi, mon frère, les chef des Paumes aiment-ils à voir des visages étraiiirers dans leurs huiles ? "

Le jeune guerrier s'inclina sur sa selle avec grtice, mais légèrement, et répondit avec une dignité grave : — Quand mon peuple at-il oublié de donner de la nourriture à l'étranger? — Si je conduis mes tilles a la porte des loups, les femmes les prendront-elles par la nuiiii, elles guerriers fumeront-ils avec mes jeunes hommes? — l.e pays des Visages pâles est derrière eux. Pourquoi voyagent-ils si loin vers le soleil couchant? Ont-ils perdu leur chemin, ou ces remîmes appartiennent-elles aux guerriers blancs qui remontent, m'a-t-on dit, la flivicreau.\ eaux troubles?— Ni l'un ni l'antre: ceux (lui renKiutent le Missouii sont les guerriers do mon Grand-Père qui liiur i\ confie celte mission ; mais nous sommes des gens pacMfli|ues. Les blancs et les rouges sont voisins, .et ils désirent être amis. Les Omaliaws ne visitent-ils pas les Loups , quand le tomahawk est enterre dans le chemin qui conduit de l'une à l'autre nation ? — Les Oiualiaws sont les bienvenus. — Et b's Tétons du liois-Brùlé , ([ui habitent les bords de la Rivière aux eaux troubles, ne vienuenl-ils pas fumer dans les huttes des Loups ? — Les Telons sont des menteurs , s' éciia rindien. Us n'osent fermer les yeux dans la nuit. Non, ils dorment à la lumière du soleil. Voyez ' ajonta-t-il en montrant d'un air de fierté farouche les alFreux ornements de ses jambes, leurs chevelures sont si nombreuses que les Paunies marchent dessus ! Allez, que les Sioux vivent au milieu des neiges; les plaines et les buffles sont pour les hommes. — Ah ! voilà le secret lâche, dit le Trappeur il .Middleton, qui se tenait près de lui en observateur attentif et profondcmeut intéressé à ce qui se passait. Ce jeune homme de si grande mine est un éclaireur envoyé sur la piste des Sioux; on le voit à ses flèches et à sa peinture, et aussi dans toute sa personne ; car une peau rouge conforme toujours sa nature à l'aflaire qui l'occupe, que ce soit la paix ou la guerre... Silence, Hector, silence ! est-ce la première fois que tu vois un Paunie ? A bas! le dis-je, à bas !... .Mon frère a raison, les Sioux sont des voleurs. Les hommes de toutes les couleurs et de iMites les nations le disent, et le disent avec vérité ; mais ceux qui viennent du soleil levant ne sont pas des Sioux, et ils désirent visiter les huttes des Loups. — La tète de mon frère est blanche, répondit le Paunie en jetant sur te Trappeur un regard empreint d'une expression remarquable de méfiance , d'inlelbgence et de fierté. Puis eu étendant le bras du côte de l'orient : Ses yeux ont vu bien des choses. Peut-il me dire le nom de ce qu'il voit là-bas? est-ce un buffle? — On dirait plutôt un nuage qui s'élève au-dessus de la plaine et dont les bords sont éclaires des rayons du soleil. C'est la fumée du ciel. — C'est unecolhnede la terre, et sur la cime sont les huttes des Visages pâles. Que les femmes de mon frère lavent leurs pieds, avec les "ens de leur eouleur! — Il faut qu'un Paunie ait de bons yeux pour voir une peau blanche de si loin.

L'Indien se tourna lentement vers celui qui venait de parUr et après un moment de silence, demanda d'une voix grave : - Mon frèrç saitril chasser ? — Hélas ! je ne suis qu'un misérable Ira «eur.

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— Quand la plaine est couverte de buffles, peut-il les voir? — Sans doute, sans doute ; il est plus facile de voir un buffle que de le prendre à la course. —Et quand les oiseaux s'enfuient devant l'hiver, et que les nuages sont noirs de leurs plumes, peut-il aussi les voir? — Oui , oui; il n'est pas difficile de voir un canard ou une oie lorsqu'il y en a des milliers qui obscurcissent les deux. — Quand la neige tombe et couvre les huttes des Longs-Couteaux, l'étranger peut-il en voir les flocons en l'air? — Mes yeux ne sont pas maintenant des meilleurs, répondit le vieillard avec un peu d'humeur, mais il fut un temps, Paunie, où j'étais renommé pour ma vue. — Eh bien 1 les Peaux Rouges aperçoivent les Longs-Couteaux , aussi facilement que l'étranger voit le buffle, ou les oiseaux voyageurs, ou la neige qui tombe. Vos guerriers s'imaginent que le Maître de la vie a fait toute la terre blanche; ils se trompent; ils sont pâles cl ce sont leurs visages qu'ils voient. Allez : un Paunie n'est point aveiigli;, et pour reconnaître votre nation , il n'a pas besoin de regarder longtemps.

Le guerrier se tut subitement, et baissa la tète de côté, comme un homme qui écoute avec une intention intense. Détournant alors son cheval, il galopa jusqu'à l'angle le plus voisin du taillis, et plongea ses regards attentifs sur la Prairie, dans une direction opposée à l'endroit on la troupese trouvait. Après ce mouvement singulier et inexplicable pour ceux qui l'observaient, il revint lentement sur ses pas, fixa les yeux sur Inez, alla plusieurs fois en avant et en arrière, de l'air d'un homme qui, dans les profondeurs les plus secrètes de sa pensée, soutient une lutte pénible. Il avait tiré les rênes de son coursier impatient, et semblait prêt à parler; mais sa tète retomba sur sa poitrine, et il reprit sa première attitude d'attention. Galopant avec la rapidité d'un daim à l'endroit où il avait fait sa première observation , il y décrivit quelque temps des cercles rapides et multipliés, comme incertain de la direction qu'il prendrait. Puis il partit comme un oiseau qui prend un vol lointain après avoir voltige autour de son nid. .Au bout d'une minute, il disparut derrière nu exhaussement du terrain. Les chiens, qui depui.'î quelque temps manifestaient aussi beaucoup d'inquiétude, le suivirent à quelque distance , puis terminant leur poursuite, s'accroupirent sur leurs pattts de derrière en poussant des hurlements sourds et plaintifs.

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