I.IÎS VRILLÉES LITTÊRAIIIRS ILLUSTRÉES
soni chi-rcs; à cheval, et laisseï-noiis fntre les minns du St-igni-iir! ^—Baissez- vous, vieux Tra|ippiir. ré|>oniiil la voix df Caiil ; baisspz- \oils tons diMiX Hans volio nid Vous me raclirz ce, diable de Ti-lnii ; baissez-vous et faites place à une balle du Kenlircky.
Ce vieillard lonina la lèle, et vil que I aident Mahlori, à quelque distance en avant de la troupe, se trouvait presipie en li<;ue droite avec la bariiueet le fusil de Paul; il se baissa d<iue; le chasseui d'abeilles lit feu, et la balle siffla au-dessus de la lèle du Trappeur; mais l'œil ducliefteton n'était pas uioiiis prompt ni moins sur que cehii de son ennemi. Dans l'instant qui précéda la détonnât ion, il s'était jeté ,^ bas de cheval et avait plongé dans l'eau. L'animal hennit d'elTroi et de douleur, et par un elTort désespéré s'élança presque hors du fleuve; puis on le vit, eni[iorté par le courant, teindre de son sang les eaux troublées. Le chef teton refiarut à la surface des flots et nagea vigoureusement vers le plus rapproché de ses jeunes hommes, qui, comme de raison, céda son coursier à un guerrier si renommé. Toutefois cet incident jeta de la confusion dans fa troupedes Dahcolnhs, qui, avant de renouveler leurs efl'orts pour "a'^ner la rive, parurent attendre les ordresde leur chef. Cependant f'esquifde cuir avait pris terre, et les fugitifs se trouvaient tous réunis sur le bord du Ucuve. On vit alors les sauvages nager indécis, comme on voit la confusion se mettre dans une troupe de pigeons après qu'une décharge vigoureuse est venue atteindre le gros de la colonne; ils hésitaient à s'approcher d'un rivage si bien défendu. La prudence ordinaire à la stratégie indienne prévalut, et Mahlori, averti par sa récente mésaventure, ramena ses guerriers au bord ■qu'ils venaient de quitter, afin de reposer leuis chevaux qui commençaient à se montrer rétifs. — Montez à cheval niainlenant avec les dames, dit le Trappeur; dirigez-vous vers ce monticule; derrière vous trouverez un autre courant d'eau dans lequel vous entrerez, et dont vous suivrez le lit, la face tournée vers le soleil, jusqu'à ce que vous arriviez à une plaine haute et sablonneuse; là je vous rejoindrai. Allez, moulez achevai; ce jeune Paunie et moi, ainsi que mon courageux ami le médecin, qui est un guerrier intrépide, nous sommes en noiulire suIlHant pour garder la rive, attendu que tout ce qu'il faut pour le moment, c'est unsimpledéploiement de force.
Middleton et Paul ne crurent point convenable de s'élever contre cette pr.)position. Satisfaits de savoir que leur retraite serait couverte même d'une manière si imparfaite, ils se hâtèrent de mettre leurs chevaux au galop et disparurent bientôt dans la direction indiquée. Vingt 0" trente minutes s'étaient écoulées depuis l'exécution de leur retraite, et avant que les Tétons, sur la rive opfiosee, parussent se préparera prendre de nouvelles mesures. On distinguait Mahlori au milieu de ses guerriers, donnant ses ordres et manifestant son désir de vengeance en étendant le bras de temps à autre dans la direction des fugitifs; mais il ne se fil aucun mouvenienl qui révélât un renouvellement d'hostilités immédiates. Enfin ■ n hurlement qui s'éleva du milieu des sauvages annonça quelque chose de nouveau. On aperçut de loin Ismaël et ses fils, et bientôt les deux troupes réunies s'avancèrent sur le bord de la rivière. L'émigranl, avecson sang-froid accoutumé, se mit à examiner la position 'e l'ennemi, et comme pour essayer la portée de sa carabine, illeurenvoya une balle qui eût pu être dangereuse même à cette distance. — Maintenant, partons! s'écria Obed eu s'eUorçant de suivre de lœil le plomb meurtrier qu'il avait cru entendre siffler à ses oreilles; nous avons défendu la rive avec courage et pendant le temps voulu; la science militaire se déploie autant dans la retraite que dans l'attaque.
Le vieillard jeta les yeux derrière lui, et voyant que les cavaliers étaient parvenus derrière la colline, il ne fil pas d'objections. Le cheval qui restait fui donné au doi'teur avec ordre desuivre la même route que Middielon. Quand le naturaliste fut en pleine retraite, le Trappeur et le jeune Paunie s'éloignèrent avec les précautions nécessaires pour lais.ser leurs ennemis indécis sur la iiatnri; de leur mouvement. Toutefois, au lieu de s'avancer à travers la plaine vers la colline, ce qui les- aurait exposés aux regard des Indiens, ils prirenliiii détour, protegéspar un pli du tenaiii.etrtrrivereiit surlebord du ruisseau à l'endroit même ou .Miildletou devait le quilli'r, et préciscmeiil à lemiis pour rejoindre leurs compagnons; le docteur avait opéré sa retraite avec tant (rinlelligence qu'il avait déjà rattrapé SCS amis : ions les fugitifs se trouvèrent donc réunis. Aussitôt le Trappeur chercha autour de lui quelque eiidnnt où toute la truu|)c piJt faire halte pendant cinq ou six heures — Faire halte! s'écria le docteur quand celle proposition parvint à ses oreilles; vénérable chasseur, Il me semble au contraire que ce ne serait pas trop que d'employer plusieurs jours à une fiiiti; per.sévëranje.
Middleton cl Paul parlageaieiit tous deux celti'- opinion, et chacun l'expi iiiiait à sa manière. Le vieillard les écoula Ions avec palie.uce ; mais, sei(Miant la tète comme un hmiime non convaineu, il lit a leurs argniiients reunis une réponse giinérale el positive. — Pourquoi fuir'.' les jambes d'S hommes penvcut-elles devancer la vitesse des cli-evaux? Pensez-Vous que les Teloiis vont s'étendre à b'rre et dormir? ne vonl-ils pas sur le champ traverser la rivière et chercher noire
Sibtt; ? Grâces à bien, nous l'avons fait dispaiailre dans le courant 'eau, el si nous nous reliions avec prudence ut sasjesse, nous pou-
vons encore les tromper. MàTs une prairie n'est pas une fnrèl ; là, un hiuume peut voyager longtemps sans s'inquiéter d'antre chose "que de l'empreinte de son inoccassin, tarnlis que, dans ces plaines ilécouverles, un éclaireur. placé par exemple sur celle colline, peui voir tout autour de lui, comme un faucon i|ui plane en (hercbant sa proie. N<ui, non, il I. inique la unit vienui! vous cmivrirde ses ti-nèlires avant une nous parlions d'ici. Mais éeimtons l'avis du Paunie ; c'est un garçon ,1e courage, et je vous cerlilie i]iril a fait plus d'une campagne pénible contre les banib'S <les Sioux... Mon frère peiise-t-il que notre piste est assez longue? ajouta l-il alors eu s'adressant à l'Indien dans sa langue. — Un Teton est-il un poisson pour la voir dans la rivière? — Mes jeunes hommes croient que nous devons la pndonger dans la prairie. — Mahlori a des yeux. — Que conseille mon frère?
Le jeune guerrier observa le ciel un moment en se livrant à ses réflexions, puis il répondit comme un Inurime dont l'opinion était irrévocablement fixi'e : — Les Uahcolahs ne sont pas endormis ; il faut nous cacher dans l'herbe. — Ah ! ce garçon est de mon avis,. dit le vieillard expliquant brièvement l'opinion de l'Indien à ses amis blancs.
Midilleton fut obligé d'acquiescer àces raisons, etcorame il y avait évidemment péril à rester debout, chacun s'occiqia des moyens les plus projires à garantir la sécurité de tous : on plaça promplement liiez el Hélène sous le chaud abri de .la peau de buffle, el pardii.ssuson plaça de grandes herbes. Paul et le Paunie attachèrent les pieds des chevaux el les couchèrent à terre, où, après leur avoir dminé à manger, ils les laissèrent cachés sous le gazon de la prairie. Ces arrangements terminés, chacun des hommes chercha nu lieu de repos, et la plaine parut enfin rendue à sa solitude accoulomée. Toutes leurs espérances de salut dépendaient du succès de cet artifice. S'ils parvenaient à tromper leurs ennemis par cet expédient simple, et en conséquence peu suspect, ils pourraient reprendre leur fuite à l'approche du soir, et en changeant de direction, augmenter encore les chances de réussite finale. Cédant à ces imtiorlantes considérations, chacun s'étendit immobile, refléchissant à la situation, jusqu'à ce que la pensée fatiguée fit définilivement place au sommeil. Le plus profond silence régnait depuis quelques heures, quand les oreilles exercées du Trappeur et du Paunie entendirent un faible cri de surprise poussé par Inez. En nu instant ils furentsur pied, comme des hommes prêts à vendre chèrement leur vie ; mais ils virent alors la vaste plaine, les collines onduleuscs el les taillis épars çà et là, couverts d'un blanc linceul de neige. — Que le Seigneur ait pitié de nous ! s'écria le vieillard en jetant sur ce spectacle un regard consterné ; je vois maintenant, Paunie, ]ionrquoi vous observiez si attentivement les nuages ; mais il est trop tard, à présent il est trop lard ! Un écureuil laisserait sa trace sur ce léger manteau qui couvre la terre. Ah ! j'aperçois les drôles. Couchez-vous tous, couchez-vous; les chances qui nous restent sont bien faibles, pourtant il ne faut pas y renoncer volontairement.
A l'instant toute la troupe se cacha de nouveau , quoique plus d'un regard inquiet épiât à travers les grandes herbes tous les mouvements de l'ennemi. A un demi-mille de distance , on apercevait les Tétons à cheval, décrivant un grand cercle qui se resserrait graduellement, et dont le centre était évidemment le lieu de repos des fugitifs. Il n'était pas difficile d'expliquer le mystère de celle manœuvre. La neige était tomtiée à temps poiii- donner aux Sioux l'assurance que ceux qu'ils cherchaient étaient restés derrière eux, et maintenant ils s'occupaient, avec la [lersévérance infatigable des guerriers indiens, à découvrir le lieu où ils devaient nécessairement être cachés. Chaque minute rendait plus critique la posili(ni des fugitifs. Paul et Miildielon préparèrent tranquillement leurs carabines, el au mominit où Mihtori, préoccupe de ses investis^ liions, n'etail plus qu'à cinquante pas d'eux, tenant ses regards fixés sur le gazon, ils le mirent tous deux en joue, et lâchèrent la détente; mais le bruit du chien sur la batterie s'enttMidil seul. — Assez, dit le vieillard en se levant avec dignité; c'est moi qui ai enlevé l'amorce: car une mort certaine aurait suivi votre impradence. Maintenant, subis.-oiis notre destinée en hommes. Les plaintes et les geniissemeiits ne Iroiiveiil point faveur devant un Indien.
Son apparition fut accueillie par un hurlement qui retentit nu loin dans la pl.iine, et l'instant d'après, une centaine de sauvages accoururent triomphants. Mahlori recul ses prisonniers avec un calme forcé ; seulement un rayon de ,p)ie féroce sillonna le nua.ire qui chargeait sou front, el le cœur de Middleton se glaça en voyant le regard du chef .se porter avec une elV'-ayanle expression sur Inez, presque privée de sentiment, mais ravissante encore. I-a joie qu'avait inspirée la capture des prisonniers blancs était si grande (luc, dans le premier moment , la ligure sombre el impassible de leur jeune compagnon indien put échapper à Ions les regards. 11 se tenait debout a l'écart, dédaignant de tourner les yeux vers ses ennemis, immobile cinniue s il eût clé soinlaineinenl saisi par le froid dans celte altitude de dignité et de calme. Mais, au boni d'un cerluin temps, cet objet .secondaire attira ratlention des Tétons Alors seiilc-ment le Trappeur apprit par les acclamalions de triomphe el le long hurlement dejoic;que cent voix firent entendre, aussi bien que par le
LA PRAIRIE
nom qui retentit dans les airs, que son jeune ami n"était autre que ce guerrier redoutable et jusqu'alors invincible, le célèbre Cœur- Dur.