‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 61 sur 253 · iages Mais le M'ahcondah nous appellera bientôt tous deux · texte numérisé non relu

iages Mais le M'ahcondah nous appellera bientôt tous deux

vous, parce que vous avez vu tout ce qu'on peut voir sur la terre, et Cœur-Dur, parce qu'il a besoin d'un guerrier qui soit jeune. Le Paunie n'a plus le temps de remplir envers le Visage pâle les devoirs d'un fils envers son père. — Tout vieux que je suis, tout misérable et débile que je parais maintenant, je puis vivre assez pour voir le soleil se coucher dans la Prairie. Mon frère espèrc-t-il revoir encore la nuit? — Les Tétons comptent les chevelures suspendues à ma hutte ! répéta le jeune guerrier avec un .sourire dont la mélancolie était singulièrement mêlée d'une lueur de triomphe. — Et il les trouvent nombreuses ; trop nombreuses pour la sûreté de celui à qui cette hutte apjiartient, maintenant qu'ils letiennenldans leurs mains vengeresses. Mon fils n'est pas une femme, et il regarde d'un œil assuré le sentier où il va entrer. Avant de partir, n'a-il rien à dire à l'oreille de son peuple? Ces jambes sont vieilles ; mais elles peuvent encore me porter jusqu'à l'embranchement de la rivière des Loups. — Dites-leur que Cœur-Dur a fait un n(eud dans son wampum pour chaque Tetou ! s'écria le captif avec la véhémence de la passion qui se fait jr)ur à travers les entraves d'une contrainte artilicielle;s'il rencontre un seul d'entre eux dansles Prairies du Maître de la vie,son cœur deviendra lecœur d'un Sioux!— Ahl^ce sentiment serait un dangereux compagnon de route pour un homme blanc.prèt à entreprendre un voyage aussi solennel, murnuiracn anglais levieillard. Ce n'est pas là ce que disent les bons Moraves dans les conseils des Delawares, ni ce qu'on prêche si souvent aux Peaux Blanches dans les Etablissements, quoique , je l'avoue à la honte de ma douleur, on y fasse peu d'attention. Paunie, je vous aime; mais, en ma qualité de chélien ,je ne puis porter un semblable message. — Si mon père a peur que les Tétons ne renlendeiit, qu'il parle tout bas à l'oreille de nos vieillards. — Pour ce qui est de la crainte, jeune guerrier, clic n'appartient pas plus aux Visages pâles qu'aux Peaux Uoiiges. Le Waheondah nous apprend à aimer la vie qu'il nous donne, mais conirae des hommes aiment la chasse , leurs chiens et leurs carabines, et non de cet amour insensé avec lequel une mère contemple son enfant. Quand !e Maître de la vie appellera mon nom, il n'aura pas à parler deux fois. Je suis aussi prêt à répondre maintenant à son appel que je le serai demain, ou à tel moment qu'il peut convenir à sa volonté souveraine. Mais qu'est-ce qu'on guerrier sans ses traditions? Les miennes mu dofeudcul de porier vos paroles.

Le chef litavec dignité un signe d'assentiment, etil était à craindre que cette confiance, qui venait d'èlre éveillée si singulièiemeut, ne disparût avec la même rapidité. Mais le cieur du vieillard ava.t été trop sensiblement cinu par la force de .souvenirs longtemps a.>»oi»pis, mais vivants encore, pour t mipre si brusquemeiil l'entretien; il réfléchit un instant, puis, attact>"«t un regard expressif sur le

LA PRAIRIE

jeune prisonnier, il continua ainsi : — Chaque guerrier doit être jugé selon sa nature. J'ai dit à mon fils ce que je ne puis pas; mais qu'il ouvre ses oreilles pour entendre ce que je puis. Un clan ne franchira pas la Prairie avec plus de vitesse que ces vieilles jambes, si le Paunie veut me donner un message dont un blanc puisse se charger. — Que le Visage paie écoute, répondit l'Indien après avoir hésité encore un moment par suite de son premier désappointement : il restera ici jusqu'à ce que les Sioux aient essayé de couvrir de la peau d'un seul Paunie les tètes de dix-huit Tétons; il ouvrira ses yeux tout grands, afin de voir la place où ils enseveliront les Ossements d'un guerrier. — Tout cela, je puis le faire, et je le ferai, noble jeune homme. — 11 remarquera bien le lieu, afin de le reconnaître. — Ne craignez pas que je l'oublie, inlerrompit l'autre, dont la force d'àme commençait à céder devant une résignation si calme. — Eh bien ! je compte que mou père ira trouver mon peuple. Qu'Use rende à mon wigwam, et là qu'il prononce à haute voix le nom du Cœur-Dur : aucun Paunie ne sera sourd. Alors que mon père demande h: poulain qui n'a jamais été monté, mais qui est plus svelte que le daim et plus agile que l'élan. — Je vous comprends, jeune homme, je vous comprends, interrompit le vieillard attentif; ce que vous dites sera fait; oui, et bien fait, ou je me connais peu au.x désirs d'un Indien mourant. — Et quand mes jeunes hommes auront donné à mon père la bride de ce poulain, il l'amènera par un sentier détourné sur le tombeau de Cœur-Dur? — Si je l'amènerai ! certainement, mon bravo enfant, quarul l'hiver couvrirait ces plaines d'une masse de neige, et quand le soleil serait caché le jour aussi bien que la nuit; oui, j'amènerai l'animal sur cet emplacement sacré, les yeuï tournés vers le soleil couchant. — Et mon père adressera la parole à mon cheval, et lui dira que le maiirequi l'a nourridepuis qu'il est né, a maintenant besoin de lui. — Je n'y manquerai non plus, quoique le Seigneur sache bien qu'en parlant ainsi à nue créature dépourvue de raison, je n'agirai pas dans l'idée insensée qu'il comprendra mes paroles, mais seulement pour satisfaire à la su|ierstition indienne. Huctor, mon chien, que penses-tu de cette idée do parler à un cheval? — Que la tète grise lui parle dans la langue des Paunies, interrompit le captif; car ,soii compagnon venaitde s'exprimer dans une langue inconnue. — La volonté de mon fils sera faite, et de ces vieilles mains, qui, je l'espérais, avaient pour toujours cessé de répandre le sang, soit des hommes, soit des animaux, j'immolerai le pouliiin sur votre tombeau. — C'est bon, répondit le Sauvage ; et en niùine temps une lueur de satisfaction brilla sur ses traits calmes et graves. Cceur- Dur arrivera donc à cheval aux Prairies bienheureuses, et il se présentera connue un chef devant le .Maître de la vie!

Un cbangoinent soudain qui se manifesta dans la physionomie de l'Indien fit tourner la tète au Trappeur; il vit que la conférence des Sioux était terminée, et que Mahloii, accompagné de quelques-uns des principaux guerriers, s'avançailà grands pas vers sa victime.

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