‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 74 sur 253 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Avant que les Européens eussent dépossédé les indigènes, le territoire des Etats-Unis appartenait à deux grandes nations indiennes, subdivisées en tribus innombraliks. Lis Anglo-Ainéric lins donnaient à la première de ces nations le nom (l'irniiuois ou Mingos; le peuple rival la désignait par celui de .MH:.r;ués ou M iquas. Elle comprenait les tribus des Moh.iwks. des Oniidas, îles Onoiulagas, des C'ayugas et des Scnecas, qui formaient une conrédéraliou à laquelle s'annexe-^ rent plus tard les Tuscaroras. Ce fut ce qu'on nomma pompeusement les Six-Nations.

Benjamin-la-Pompe, majordom* i» Marmaduke-Temple.

L'autre grand peuple de ces contrées était celui des Lennis-Lënapes, appelés par les Anglais Delawares, parce que leur grand feu du conseil s'allumait sur les bords de la rivière de ce nom. Leurs principales tribus, outre celle qui portait la qualification générique, étaient les Nanticokes ou Nenligos, et les Mohicanni, Mohicans ou Mohegans. Ceux-ci, établis entre l'Huilson et l'Océan, disparurent les premiers du pays qu'ils occupaient, et quelques familles éparses cherchèrent un asile auprès de la tribu-mère.

Les Dclawares étuiciit alors sous la dépendance presque absolue des Iroquois, qui, ]ionr les doinpier, avaient ou recours à l'artifice, après avoir riiiployi' inutilt'nicnt la force. Les premiers avaient soiilTerl qu'on leur doiiu'it le nom de femmes, et abandonne par un trailé leur défense aux liomnies des Siï-Nations. Mais la présence des belliqueux Miiliirans réveilla l'ardeur martiale de leurs compatriotes, et, à l'é- (loque des guerres de la révolution .américaine, les Lennis-Lénapes, leeouvr.uit leurs libertés, entreprirent plusieurs expéditions contre leurs anciens adversaires.

11 avait existé parmi les Mohicans une famille particulièrement illustre par les qualités qui eonsliluaient les héros indiens; mais la cuerre, le temps, le besoin, les maladies l'avaienl graduellement décimée, et l'uniiiue représentant de celte vieille race était le vieillard .|»i venait d'entrer ebez Marmaduke-Temple. Cet Indien, associé des lilanes depuis longues années, et leur ayant rendu d'iiniiorlants services, avait fini par embrasser la religion clirétieinie, et avait reçu à son baptême le prénom de .lolin Ses parents les plus éloiipiés ax'a;cnt péri pendant la révolution, et lorsque les derniers restes des Six-Nations avaient éteint leurs feux sur les bords de la Delaxvarc, il était resté seul , déterminé a laisser ses ossements dans If pays où ses pères avaient autrefois commandé.

Celait seulement depuis quelques mois qu'il avait paru dans les montagnes voisines de Tempielon. Il avait surtout été bien accueilli chez le vieux chasseur, et, comme les habitudes de Bas-de-Cuir se rapprochaient de celles des sauvages, leur liaison n'avait cxeilé aucun étonncment. Ils habitaient la même cabane , vivaient ensemble , et avaient presque les mêmes occupations.

Nous avons déjà mentionné le nom de baptême de cet ancien chef dans les entretiens qu'il avait en langue dclaxvare avec Nathaniel. On l'entendait toujours appeler Chingachgook , ce qui signifie le gros serpent. Il avait mérité ce surnom dans sa jeunesse par son adresse supérieure et sa prudence a la guerre; mais, lorsqu'il fut seul de sa famille et de sa tribu, les Delawares, qui campaient encore en petit nombre à la source de leur rivière , lui donnèrent la triste qualification de Mohican. Elle rappelait à cet habitant des forêls le souvenir d'une nation détruite, et elle excitait sans doute en son cœur de profondes émotions, car il évitait de s'en servir, excepté dans les occasions les plus solennelles. Néanmoins les colons, suivant les coutumes chrétiennes , avaient uni son nom de baptême à sa désignation nationale, et l'appelaient généralement lolm Mohican.

Par suite de sa longue association avec les hommes blancs, les habitudes de John Moliican étaient un mélange de saux'agerie et de civilisation. Comme tous les Indiens qui subissaient l'influence des Anglo-Américains, il avait contracté de nouveaux besoins, et les modes européennes se confondaient dans son costume avec celles des indigènes. Malgré la vivacité du froid , il avait la tête découverte , mais d'épais et longs cheveux noirs descendaient jusque sur ses épaules; et ceux qui connaissaient sa condition présente et passée pouvaient s'imaginer qu'il laissait croître sa chevelure pour cacher les traces de la douleur que lui causait la perte de sa gloire. Cependant son front, lorsqu'il n'était pas voilé , semblait large , élevé et plein de noblesse ; il avait le nez aquilin et les narines larges ; sa bouche était grande, mais ses lèvres étaient minces et eipressives; lorsqu'elle s'ouvrait, elle découvrait une rangée de dents courtes, fortes et régulières. Il avait, comme tous les autres Indiens, les pommettes saillantes et carrées, et, quoique ses yeux fussent petits, leurs orbites noirs étincclaient comme deux étoiles lorsqu'il eiaraina la société réunie dans le salon.

Aussitôt que le Mohican se fut aperçu qu'il était remarqué par le groupe qui entourait le jeune étranger, il laissa tomber sur ses guêtres de peau de daim la couverture dont il était enveloppé, et qui était serrée sur sa taille par une ceinture d'écorce.

La manière digne et imposante dont l'Indien s'avança au milieu du salon surprit tous les spectateurs. Son corps était entièrement nu jusqu'à la ceinture ; seulement un médaillon d'argent représentant Washington était suspendu à son cou par ime lanière de peau de a<i!m et reposait sur son sein, couvert de nombreuses cicatrices. C'était son seul ornement, quoiqu'on remarquât a ses oreilles d'énormes trous qiji en avaient allongé le cartilage, et qui avaient dïl jadis recevoir (ies anneaux. Il tenait à la main un petit panier de baguettes de fiène tressées, coloriées de noir et de rouge. Il s'avança sans parler vers le jeune chasseur, dont il examina l'épaule avec attention , et se tourna ensuite du côté du juge avec une expression de mécontentement dont celui-ci fut interdit.

— Tu es le bienvenu, John, lui dit-il ; ce jeune homme a une haute opinion de tes talents, puisqu'il aime mieux se faire panser par toi que par notre ami le docteur Todd.

Mohican répondit en assez bon anglais, d'un ton bas, monotone et guttural :

— Les enfants de Guillaume Penn n'aiment pas la vue du sang, et cependant le jeune aigle a été frappé par la main qui n'aurait pas dû lui faire de mal.

— Aiohican ! s'écria le juge, crois-lu que ma main ait pu verser volontairement le sang humain? Fi donc, vieux John! la religion devrait te donner de meilleures pensées.

— Le mauvais esprit s'empare quelquefois du meilleur coeur, répli-

qua Mohican , et mon frère a dit la vérité : il n'a jamais dté la vie k personne, pas même quand les enfanta de notre grand-père d'Angleterre rougissaient les eaux du sang de son peuple.

— Sans doute, John, dit le minislro Grant, il faut vous rappeler le divin commandement de notre Sauveur : Ne jugez pas, de peur d'être jugé. Quel motif M. Temple pouvait-il avoir pour maltraiter ce jeune homme qui lui est inconnu, et duquel il n'attend ni bien ni mal?

John écouta respectueusement l'ecclésiastique, et étendit le bras en disant avec énergie :

— Je crois que mon frère est innocent. El il tendit la main k Alarmaduke.

Après cet acte de pacification , Mohican se mit en devoir d'appliquer un appareil sur la blessure. Le docteur ne témoigna aucun mécontentement de cet attentai à ses privilèges ; il parut se plier volon» tiers au caprice du malade, et murnuira à l'oreille de M. Le Quoi.

— Il est heureux que nous ayons extrait la balle avant l'arrivée de cet Indien ; maintenant le plus dillicile est fait, et la première femme venue pourrait achever mon ouvrage. Il parait que ce jeune homme demeure avec John et Nathaniel Bunippo, et je ne m'étonne pas qu'il ait de la prédilection pour le vieux Mohican.

Cependant Hicliird Jones, qui avait au fond beaucoup de respect pour Us connaissances médicales de l'Indien, ne voulut pas perdre l'occasion de se faire valoir.

— Salut, i\lohic.in! dit-il. Je suis enchanté devons voir. Les médecins de profession , comme le docteur Todd , sont bons pour tailler les chairs; mais les indigènes ont un talent particulier pour guérir les

' blessures. Vous rappelez-vous le jour oii nous avons remis le petit doigt de Nathaniel, qu'il s'était crissé en tombant du haut d'un rocher, où il était allé ranuisser une perdrix? Je n'ai jamais pu savoir lequel de nous deux avait tué cet oiseau ; il avait tiré le premier ; mais la perdrix était sur le point de reprendre son vol lorsque je lâchai mon coup. Nathaniel , qui n'avait qu'une balle dans sa carabine , prétendit que c'était elle qui avait atteint l'oiseau ; mais mon fusil n'écarte pas, et il m'arrive quelquefois de tirer à petits plombs sur une planche avec tint de précision , que la charge ne fait qu'un seul trou. Faut-il vous aider, John? Vous savez que je m'entends à ces sortes de choses.

Après avoir entendu patiemment la dissertation de Richard, Mohican lui donna à tenir le panier qui contenait les spécifiques. M. Jones parut enchanté de cet emploi, et longtemps après, en racontant cette aventure, il avait coirtume de dire : Le docteur Todd et moi, nous avons extrait la balle ; et c'est inoi et l'Indien John qui avons pansé la plaie.

L'Indien eut bientôt posé son appareil; il ne consistait qu'en écorce pilée, humectée du suc de quelque simple des bois.

Parmi les naturels des forêts, il y avait toujours deux espèces de médecins : les uns n'avaient recours qu'à l'invocation d!une puissance surnaturelle , et s'attiraient un respect , une vénération qu'ils étaient loin de mériter ; les autres avaient étudié les propriétés de certaines planles, et possédaient des connaissances réellement utiles.

Pendant que John et Richard plaçaient les bandages sur l'épaule du blessé, EInathan guignait de l'œil le contenu du panier de frêne; il y remarqua plusieurs morceaux de bois et d'écorce dont il prit tranquillement possession avec l'intention bien évidente de n'en rien dire à personne; mais, remarquant que Marmaduke l'avait épié, il lui dit :

— On ne peut nier, monsieur le juRe, que les sauvages n'aient des secrets merveilleux qui leur sont transmis par tradition; j'emporte les écorces pour les analyser; je ne crois pas qu'elles soient très-efficaces dans le cas actuel, mais elles peuvent être bonnes contre le mal de dents ou les rhumatismes : on ne doit jamais rougir d'apprendre quelque chose, fut-ce même d'un Indien.

Le docteur Todd dut s'estimer heureux d'avoir des principes aussi libéraux, car ce fut en glanant au hasard quelques recettes qu'il parvint à se mettre à la hauteur des devoirs de sa profession; toutefois, le procédé auquel il soumit les écorces dont il s'était emparé n'avait rien de commun avec les règles ordinaires de la chimie ; il réunit ensemble, au lieu de les séparer, les parties constitutives du remède indien, et parvint à rcconnaiire ainsi l'arbre d'où John l'avait tiré. Une dizaine d'années plus lard, il l'appliqua avec succès pour guérir un ofiicier blessé dans une affaire d'honneur; et lorsque la guerre éclata de nouveau entre l'Angleterre et les Etats-Unis, le docteur, paré des dépouilles du Mohican, lut nommé chirurgien-major d'une brigade de la milice.

Le pansement achevé, le jeune étranger remit son habit et se leva en disant à Marmaduke :

— 11 est inutile d'abuser plus longtemps de votre temps eXâp "olre complaisance; il ne nous reste plus à régler que nos droits respe^^tifs sur le daim.

— Je reconnais qu'il est a toi , répondit le juKC, et je te l'abandonne bien volontiers; mais reviens nous voir demai.. matin, et nous arrangerons tout cela. Elisabeth, njoiila-t-il en voyant rentrer sa fille, fais jiréparcr à souper à ce jeune homme, et qu'Agamemnon prépare ui» traîneau pour le reconduire chez son ami.

— Mais, monsieur, répondit l'étranger, je ne puis sortir d'ici sans avoir un morceau de ce daim ; je vous ai déjà dit que j'en avais besoin.

— Obi nous nous entendrons facilement! s'écria Richard John;

LES PIONNIERS

le juge vous payera demain matin le daim tout entier, et cependant nous vous le laisserons en ne nous réservant que le train de derrière. Je crois que vous devez vous considérer comme un individu très-heureuv : vous avez reçu un coup de fusil qui ne vous a pas fait grand mal , vous avez été pansé aussi bien qu'à l'iiopital de Philadelphie, vous vendez votre daim à un prix exorbitant , et cependant vous l'emporte» presque intégralement.

— Je vous remercie, monsieur, de votre libéralité; mais la partie de l'animal que vous vous réservez est précisément celle que je désire, il faut que je l'aie.

— Il faut... répéta Richard; le mot est plus dur à digérer que les cornes de la bète,

— Oui, il le faut, répéta l'étranger; et, élevant fièrement la tète, il promena les yeux autour de lui , prêt à confondre l'audace des contradicteurs; mais il aperçut Elisabeth qui le contemplait avec éloiinement, et ajouta d'un ton plus doux : Je crois qu'un homme est maître absolu du gibier que sa main a abattu, et que la loi le protège dans la jouissance de son bien.

— La loi le protège, dit le juge Temple d'un air de mortification mêlé de surprise; Benjamin, fais placer le daim tout entier dans le traîneau, et conduis monsieur à la cabane de Bas-de-Cuir. iNlais, jeune homme, tu as un nom, et il faut que je te revoie pour t'indemniseï du tort que je t'ai fait.

— Je m'appelle Edwards, répliqua le chasseur, Olivier Edwards; il est facile de me voir, puisque je demeure près d'ici, et que je ne crains pas de me montrer, n'ayant jamais lésé personne.

— C'est nous qui vous avons lésé , monsieur, dit Elisabeth , et la certitude que vous refusez nos oflfres de service causerait un vif chagrin à mon père; il serait charme de vous revoir demain.

Le jeune chasseur regarda l'aimable iille avec une attention qui la fit rougir jusqu'aux tempes; puis il baissa les yeux et reprit: — Eu ce cas, je reviendrai demain, et je verrai le juge Temple, dont j'accepte le traîneau en signe de réconciliation.

— De réconciliation ! répéta Marmaduke; je n'ai jamais eu l'intention de vous nuire, et il n'y a par conséquent aucun motif de querelle entre nous.

— Pardonnez nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont oft'ensés, dit le ministre Grant; telles sont les propres paroles du divin Maître, et elles doivent être la règle de notre conduite.

L'étranger rêva un moment, jeta sur l'assemlilée un regard presque farouche, salua profondément l'ecclésiastique, et sortit de l'appartement d'un air qui ne donna à personne l'idée de le ri tenir.

— 11 est étrange qu'à cet âge on soit aussi rancunier, dit le juge quand la porte fut refermée; mais ses douleurs sont récentes, et je suppose que, de sang-froid, il a de meilleurs sentiments; il sera plus traitable demain matin.

Elisabeth, à laquelle ce discours était adressé, ne répondit pas, et fit lentement quelques pas dans la salle, les yeux fixés sur les rosaces dU tapis. Mais Richard, faisant claquer le fouet qu'il tenait à la main, s'écria :

— Eh bien! mon cousin, vous êtes le maître de vos actions, mais j'aurais plutôt entamé un procès que de céder à cet individu le train de derrière. Ne possédez-vous pas les bois, les montiigncs et les vallons? Quel droit ce garçon et Bas-de-Cuir ont-ils de chasser sans permission sur vos terres? On doit quelque égard à Mohic;in, vu sa qualité d'indigène et le peu d'usage qu'il peut faire de sa car.ibine; mais pour les autres, pas de quartier. J'ai vu un fermier de l'ensylvanic expulser de ses champs un chasseur, sans plus de cérémonie que j'en mets à fourrer une bûche dans le poêle. Si un petit Icnimcier peut se permettre de pareils actes d'autorité, quels privilèges n'aviz-vous pis, vous, propriétaire de soixante mille acres, de cent mille acres même, y compris vos dernières acquisitions ! Comment vous arrangezvous en France , monsieur Le Quoi ? Laissez-vous tous les vagabonds courir sur vos terres et détruire votre gibier?

— Non, que diable! répondit le Français; nous n'accordons en France de liberté complète qu'aux d;imcs.

— Oui , oui , en vertu de la loi salique, dit Richard , qui crut prouver par là de l'érudition. Je l'ai lu dans l'histoire de France, tpie je connais à fond, aussi bien que celle d'Angleterre, de Grèce cl de Rome; mais si j'étais à la place de IMaimadukc, j'allicherais dès demain un avis pour défendre à toutes manières de gens de chasser dans mes propriétés.

— Richard, dit froidement le major Hartmann en secouant les cendres de sa pipe dans le crachoir, j'ai habité pendant soix^mte-cinq ans les bords de la Mohawk, et je puis vous allirmer qu'il vaut mieux avoir affaire au diable qu'aux chasseurs. Leur loi, comme leur gagnepain, c'est leur fusil.

— Mais Marmaduke n'est-il pas juge ! s'écria Richard avec iudignation j à quoi sert donc d'être magistrat ou d'avoir des magistrats, puisqu'on ne peut pas faire exécuter les lois? Quand cet homme reviendra demain, j'ai envie de le poursuivre moi-mèuie en justice, pour s'être mêlé de conduire mes chevaux. Je n'ai pas peur de sa carabine, je sais tirer aussi ; j'ai plus d'une fois percé un dollar à cent pas.

— Tu as manqué plus de dollars que tu n'en as attrapé, dit le juge (i'u|i ton enjoué; mais la physionomie 4e Remarquable m'annonce

que le souper est prêt. Motisieur Le Quoi, la main à miss Temple, s'il vous plaît.

— Ah, ma chère demoiselle, comme je suis enchanté! il ne manquait plus que des dames pour faire un paradis de Templeton.

Tout le monde se rendit dans la salle à manger, à l'exception de M. Grant, de Jlohican et de Benjamin la Pompe, qui resta poui attendre le ministre et pour faire sortir l'Indien.

— .Tohn, dit l'ecclésiaslique, c'est demain la fête de la Nativité de notre Seigneur, et l'Eglise appelle tous ses enfants à unir leurs prières. Comme vous avez pris la croi^, et comme vous avez abjuré vos erreurs, j'espère que je vous verrai devant l'autel avec un esprit humble et un cœur contrit.

— John y sera , dit l'Indien , quoiqu'il ne comprît pas Ipus les termes dont se servait M. Grant.

— C'est bien, ajouta celui-ci en posant doucement la main sur l'épaule bronzée du vieux chef; mais ce n'est pas assez d'y être en corps, il faut s'y trouver en esprit. Le Rédempteur est mort pour les Indiens comme pour les hommes blancs : la couleur et la naissance ne soiit rien aux yeux de Dieu. Tous les hommes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs; tous sont tenus de fortitier leur for chancelant par l'observation rigoureuse des saintes fêtes; mais il faut apporter à l'cglise les dispositions d'un cœur contrit.

L Indien recula, se dressa de toute sa hauteur, leva le bras droit et indiqua le ciel; puis, se frappant la poitrine de l'autre main, il dit avec énergie :

— L'œil du Grand-Esprit peut voir du haut des nues; le sein du Mohican est découvert.

— Bien , mon ami ; j'espère que vous puiserez des consolations dans l'accomplissement de vos devoirs. Le Grand-Esprit ne dédaigne aucun de ses enfants, ttlhomme qui erre dans les bois est aussi bien I objet de sa sollicitude que celui qui habite un palais. Je vous souhaite le bonsoir. John, et j'appelle sur vous la bénédiction du Sauveur.

L'Indien s'inclina, et ils se séparèrent. Benjamin la Pompe, en ouvrant la porte à Mohican, lui dit en manière d'encouragement :

— Le prêtre a parfaitement raison : si l'on tenait compte de la couleur, ou pourrait refuser d inscrire sur le rôle d'équipage un chrétien comme moi , noirci par mes croisières dans les chaudes latitudes. Voil.i du reste un vent du nord-ouest qui sullirait pour blanchir la peau du plus déterminé moricaud. Lâchez donc tous les ris de votre couverture, mon homme, ou vous allez être infailliblement gelé en passant au vi'iit de la nuit.

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