‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 87 sur 253 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Miss Temple et sa comp gnc poursuivaient en ce moment leur promenade; elles ét.ùciil arrivées sur une éminence qui dominait la cabane de Bas-de Cuir.

Par un sintiment naturel, les deux amies, dans leurs entretiens confidentiels, ne s'étaient jamais permis la moindre allusion à l'étrange position d'Olivier Edwards; mais, en voyant la demeure qu'il av.iit longtemps habitée, miss Temple ne put s'empêcher de dire à Louisa :

— Je donnerais tous mes autres secrets pour posséder ceux que peut renfermer celte habitation grossière.

— Je suis sûre, répoiiilil miss Grant, que vous n'apprendriez rien au désavant.ige de M Edwards, si les mystères de cette hutte isolée vous étaient subitement révélés.

— C'est possible; mais nous saurions du moins qui il est.

— ISous le savons déj.i , ma chère miss Temple. Son histoire m'a déjà été racoi tée par votre cousin.

— Le shérif, il sait tout ; vous le verrez un beau jour découvrir la pierre philosnphale. (,)ue vous a-t-il dit?

— Des choses qui -emblent positives. 11 m'a dit que Nathaniel Biimppo avait passé presque toute sa vie dans les bois, où il avait fait la connaissance du vieux John.

— ^ raiment? mais c'est un fait connu de tout le monde-

— leur inlimiié vient de ce que Bas-de-Cuir a sauvé la vie de John dans une bataille.

— Hieu n'est plus vraisemblable, dit Elisabeth avec un peu d'impatience; mais ce n'est pas le sujet qui nous occupe.

— l'ardoiinez mon ignorance, reprit Liuilsa , je ne fais que répéter une con^ersalion que j ai entendue tout récnnmeiit enlre mon père et le sliérif. Ce dernier disait que le roi d'Angleterre entretenait quelqiielois des othcieisde I armée en ipiaiité d'auents auprès îles tribus indiennes, les agents passaient piescpie toute leur vie sur la lisière du désert; ils se mariaient rarement; et pourtant.... C'est une grande Jierversité, Elisabeth 1... Enlin ils avaient des enfants.

— Passez la-dessus, dit miss Temple en roli>,issant légèrement.

— \ otre cousin ajoutait que ces eufuits et, lient ordinairement bien élevés, qii'"ii les en\o\ail même d.ins le^ eolli'ges d'.\n;jlelerre, et c'est ce qui explique 1 éducation que M. Edwards a rein ■. car il est ]Hesqne aussi savant que votre père et même que M, lUeliard Jones,

— Cela donne une haute idée de son insiruelion. Ainsi, suivant hypothèse de Hicli.ird, Mohican seiail loiiclc ou le grand-père nia-

leniel d'tjlivier lulwards.

— Précisément.

— Maigre ce beau récit, répliqua Elisabeth, je ne suis pas encore édiliee sur le compte de notre mysiérieux jeune homme. M. Hiih.ird Jone.s a des lliéones pour chaque chose, et je voudrais bien qu il m'evjdicpiàt pourcpioi celé cabane est la seule a ciiiqiMute milles a la ronde dont la porte ue soit pas outerte à quiconque veut fu lever le loquet.

— Je ne lui ai rien entendu dire Ji ce sujet, répondit la fille du ministre, mais je suppose que ces eh.iSieurs, étant pauvres, désirent natU' rellement conserver le peu iiuils possèdent; il est quelquefois dangereux d être riche, mi.ss I eniple, et vous ne pouvez savoir combien il est pénible d être pauvre.

— Ni vous non plus, je l'espère; sur cette terre d'abondance, un ministre de léglise ne peut éprouver un dénùim nt absolu.

— 11 n'y a point de misère complète pour celui qui se soumet à la volonté de Dieu, dit I ouisa d'une voix étoiillée; mais il est toutefois dis soiilTrances qui font Saigner le cœur. Vous ne les comprenez pas, miss Temple. Mon père a été missionnaire pendant plusieurs années dans lis nouvelles colonies. Les lidèles éuiient pauvres, et nous avons souvent mantjué de pain iSous ne pouvions en acheter, nous n'osions en demander, de peur de déshonorer le sacré ministère. Mais que de fois j'ai vu mon père, appelé par ses fonctions , quitter s.i famille malade et allamée, que son absence laissait sans Si cours ! Ses malheurs domestiques ne pouvaient lui (aire négliger les devoirs de son état, et il allait consoler les autres quand il avait lui-même besoin de consolation !

— Mais à présent tout est fini ! Le revenu de votre père doit vous sulBre,,.

— Oui, répondit Louisa en baissant la tête pour cacher ses pleurs, car il n'a plus que moi à soutenir.

La conversation avait pris un tour qui chassa de l'esprit des jeunes filles toute autre pensée que celles d'une sainte chaii é, Ll.s.ibetb embrassa tendn ment son amie, dont la vive émotioi éclata t en sang ots ; puis toutes deux reprirent leur route à l'ombre des gr.mds arbres qui couronnaient la montagne, l.lli s trouvèrent, sous les verts rameaux, une fraîcheur douce et salutaire, après une pénide mo iti'e et par une journée qui commincailfi être briilanle. Elles apercevaient de temps en ti mps à travers le feuillage la nap e unie du lac Ot^e.l;o ; et le bruit des roues, le retentissement des m rleanx , s'élevant conT .sém< nt de la vallée, mêlaient au\ scènes de la nature des indices île la présence humaine,

— Ecoulez ! dit brusquement Elisabeth, j'entends des cris d'enfant sur la montagne ! c'est quel |ue petit g.irçon q ii s'est ég.iré !

— Cel 1 arrive souvent, dit Louisa, Marchons du enté de la voix; peut-être renfanl perdu esl-il près de mourir sur la colline !..

Prissées par cette considération et guilées par les gémissements sniir^ls qui part, lient de la foret, les femmes s'avanc -reiil préeipiiaiiiment. I 'ardente Elisabeth crul voir plus d'une fois le vagaliond dont elle supposai la présence. Soudain Louisa la prit par le bras en lui criant : Kegirdiz le chien !

Ur.ive les avait suivies, .'^on âge avancé lui avait ôlé depuis longtemps son activité et quand ses compagnes s'arrêt lient pour regarder le paysage ou pour cueilir des boiqU'ts, le matin s étendait sur le sol, fermait les yeux, et alten lait avec une indolence peu confoinie au rôle de protecteur. Mais, lorsque miss Temple, alarmée par le cri de I ouisa, se tourna du enté d i cliii n, elle le vit en :.rrèt, les yeux tués sur un objet loint.iin, la tête | enehée, le pod liéri'sé de frayeur ou de co'ère. C'était probablement celle dernière pass un qui animait Brave, car il grommelait sourdement et montra l lis dents d'une ma ière qui aunil ellraye sa maîtresse, si elle n'avait connu les bonnes qualités de ce lidile serviteur,

— Brave ! dit-elle, reste tranquille ! que vois-tu qui t'inquiète ?

A ces mots, la fureur du m'itin, loin de diminuer, s'accrut sensibl» ment. Il alla s'asseoir aux pieds de sa maîtresse en laisant enlenore des grogneiiients prolongés auxquels succédait parfois un aboiement coiirl et sinistre.

— (,)(ie voit-il ? c'est sans doute quelque animal.

I ouisa ne répondit pas à celte question . tremblante et livide, elle tendit les mains avec une agiialion oonvulsive; miss Temple regirda dans la direction indiquée, et vit sur lis branehi s d'un hêtre une pantlièri'. aux yeux hxcs et nienaeanls, prête a prendre son élan,

— Euyons ! s'écria Elisabeth en saisissant le bras de son amie, qui pli.i comme un roseau, et s'alVaissa sur elle-même.

Bien dans le caractère d'Elisabeth ne pouvait la déterminer à ahandoiiuer sa compigiie évanouie. Elle tomba à genoiu près de Louisa, dont elle déchira les 'êteiuents pour lui donner de l'air, tout en encourageant le chiin d'un voiv qui commem ait a trembler.

Une petite panthère, parvenue au quart de Si gr.indeiir, sortit tout il coup d'entre les branches d un lièlie, en imitant les mouvements de sa niere , auxquels elle mêlait les allures enjouées d'un jeune chat. Debout sur ses pattes de derrière, l'aniiUMl égr.itienait avec celles de devint l'écorce de l'arbre , )iuis il se baltail les flancs avec sa queue, i;ratlait la terre, et semblait s'efforcer de parodier les symptômes de colère qui rendaient sa mère si terrible. Il s approcha du chien en gambadant. Brave restait ferme et immobile, et, le corps appuyé en .irrière sur ses hanches, il suivait des yeux ses deux adversaires. I)è» cpi'il vit à sa portée la jeune panthère, il la souleva d'un coup terrible lie mâchoire, et la lança en l'air avec violence, Elisabeth fut témoin de celte victoire, et conçut une lueur d'espéranec. Mais soudain la mère, irritée, se jeta d'un bond sur le dos du malin, .\uciincs parole* ne peuvent décrire la fureur du combat 'Mi suivit. Accompagné de hurlvmcuts épouvantables, il avait, mulgc son horreur, uu iulérêtsi

LES PIONNIERS

puissant que miss Temple ouMia presque que sa vie dépendait du résulliit. Les bonds de la panlhère étaient si r;ipides et si vigoureux qu'elle semblait presque toujours en lair. Mais lorsqu'elle tombait sur les épaules du matin, le vieux Brave, quoique déeliirt! par des grift'es aiguës et souillé du sarg qui coulait dune douzaine de blessures, la secouait aussi facilement qu'une plume ; puis, s'appuyant sur ses jambes de derrière, il revenait à la charge, la gueule ouverte et l'œil étincelaut IMallieureuse.ncnt , son âge et sa vie indolente lui ôtaient les moyens de soutenir une pareille lutte. De toutes ses qualités d'autrefois il ne lui lestait plus que du courage. La parillicre, :iussi circonspecte qu'agile, lévitail aisément, et ses bonds avaient toujours pour but le dos de son ennemi l.e cbien, par un elTort couvulsif, p.icvint à enfoncer ses crocs dans le flanc de la bête féroce ; mais Elisabeth vit le collier de cuivre, qui entourait le cou de Brave et qui jusqu'alors avait conservé son éclat, se teindre des flots d'un sang noir. La panthère lit de vains efforts pour se débarrasser des mâchoires du matin. Tout à coup celui-ci, sans lâcher prise, tomba sur le dos, desserra les dents, et quelques convulsions rapides annoncèrent la mort du pauvre Brave.

Les deux jeunes filles étaient donc à la merci de la panthère. On dit qu'il y a dans les traits de l'iionime quelques reflets de la Divinité qui en imposent aux êtres inférieurs de la création , ce fut sans doute leur mystérieuse influence qui, dans cet instant, suspendit le coup fatal. L'animal ne songea d'abord qu'à examiner son ennemi vaini u et à fl.iirer le cadavre île son nourrisson; puisses yeu» dardèrent des étincelles; sa queue batiil ses flancs a coups précipités; sesgnlTes s'allongèrent. Miss Teni|ile le contemplait avec terreur; elle avait les mains jointes pour prier ; mais ses lèvres entr'ouverles restaient immobiles, et ses joues avaient la pâleur du marbre. Elle croyait sa dernière heure arrivée , lorsqu'un vague bruissement retentit dans le feuillage.

— Bnissei-vous, baissez-vous, murmura une voix d'homme, votre cb.i|ieau me cache la lêle de la bêle?

Notre héroïne inclina la tête, plutôt par un mouvement naturel que pour obéir à cet ordre inattendu. Elle enteiulit l'explosion d une arme à feu, le siBlemcnt de la balle el les cris de rage de la panthère, qui roula à terre en se mordant les chairs, et en arrachant les branches d'arbre qu elle put saisir. Au mèmeinslant Bas-de-Cuir p.irntel s'écria :

— A bas Hector , à bas vieux fou ! c'est une bête qui a la vie dure, et qui pourrait encore se jeter sur toi.

Nalhanii'l se posta hardiment devant les femmes, malgré l'aspect menaçant de la panthère blessée, qui semblait recouvrer sa vigueur et sa férocité. Il rechargea sa carabine, tira à bout portant dans la tête de l'animal , et l'élendit a ses pii ds.

Il sembla à miss Temple qu'elle sortait du tombeau. Ses facultés avaient été surexcitées par le danger; plus il avait été imminent, plus elle avait eu d'énergie pour le combattre.

Pendant toute celte horrible scène, elle n'avait pas perdu de vue un seul instant le formidable animal, et longtemps après cet événement elle le revoyait dans ses songes, et son imagination troublée lui représentait les moindres mouvements de la bêle furieuse, dont elle avait failli devenir vii time.

Pour rendre le sentiment à Louisa, il suflit d'un peu d'eau puisée dans le bonnet de Bus- de -Cuir à l'une des mille sources de la montagne.

Les deux jeunes filles remercièrent le vieux chasseur avec effusion. 11 répondit d un ton imliflérent qui prouvait qu'il n'allachail pas une grande importance à ce qu il venait de faire en cette occasion :

— Nous parlerons de ça une autre fois, dit-il ; allons , meltons-nous en route, car vous avez eu assez d'émotions pour désirer revoir la maison paternelle.

— Les deux amies se mirent en marche au.ssi vile que le permettait la faiblesse de Louisa. Arrivées à la gravide route , elles se séparèrent de leur guide en déclarant qu'elles pouvaient se passer de ses secours; elles se sentaient encouragées par la vue du viil.ige qui s'étendait à leurs pieds, comme un riant tableju avec son lac liin])ide, la rivière qui en baignait les nuirs et ses cheminées de briques vernies. Has-de- Cuir resta sur la colline jusqu'à ce que ses comp..gnfs eussent disparu derrière un coude de la route. Ensuite il silUa ses chiens, mit sa carabine sur son épaule, et rentra dans la forêt.

— Eh bien, se dit-il , il y avait de quoi effrayer des femmes d'un âge plus mùr. Je crois du reste que, si j'avais visé la pinthère aux yeux, je l'aurais tuée plus vite qu'en lui envoyant une l)alleau front. Toulelois, le coup n'est pas mauvais si l'on considère que je ne voyais que la tête et le bout de la queue. Mais qui va là.'

— C'est moi, monsieur B,is-de-Cuir , dit M. Doolitle, qui s'empressa de sortir des buissons, en voyant la carabine déjà dirigi e de son côté, yuoi, vous chassez parcelle chaude journée ? Prenez garde à la loi, mon vieux.

— Oh! répondit NathanicI , la loi et moi nous sommes une paire d'amis. Est-ce qu'un habitant des bois a quelque chose à démêler avec elle?

— Pas grand'chose sans doute , dit Hiram , mais vous vendez quelquefois du gibier, ,1e suppose que vous n'ignori'i pas qu un acte du congrès condamne à uueamende de 12 dollars iO centimes quiconque

tue un daim entre les mois de janvier et d'août. Le juge a résolu d'être excessivement sévère.

— Je le crois sans peine , répliqua le vieux chasseur, car il est capable de tout.

— La loi est positive, et comme j'ai entendu vos chiens suivre ce matin la piste de quelque animal, je crains qu'ils ne vous mettent dans l'embarras.

— Oh' ils sont trop bien dressés poui- cela, dit NathanicI avec insouciance Mais savi z-vous eombii n on accorde aux dénonciateurs ?

— t onibien? répliqua llirani en baissant lesyeuxsous le regard perçant de l'hontiètr chasseur. Je crois que c'est la moitié .. Oui, c'est à peu près la inn tié; mais \ous avez du sang sur voire manche, mon camarade. Aiiriei-vous tué du gibier ce matin?

— Oui, dit B;!s-de-Ciiir en faisant de la lêle un signe affirmatif, et je puis me flatter d'avoir fait un bon coup!

— lluml cria le ur.igistrat; et où est le gibier? Je suppose qu'il est de belle taille, car vos thiens ne cirisseni que des morceaux de choix.

— Ils vous chasseraient vous-même , si je le voulais , dit Nalhaniel avec son rire accoutumé. Ici , Hector! ici, chienne!

— OIi! j'ai déjà entendu parler de leur bon caractère, reprit Doolitle en retirant allernaiivenient les deux jambes, que les chiens flairaient d'Une manière alarmante. El oii est le gibier?

— le voici: comment le trouvez-vous?

— Comuient! s'écria Hiram, c'est le cbien du juge Temple? j'espère que ce n'est pas vous qui l'avez tué.

— Kegardci-y vous-même, dit Natlianiel ; sa gorge vous f.iit-elle l'effet d'avoir été coupée avec un couteau ?

— Non, elle est déchirée; quelles horribles blessures! qui donc a pu les faire?

— I. es panthères qui sont derrière moi.

— Des paiitlières, répéta Hiram en tournant sur les talons axec une agilité qui aurait fril lnuiiieur à un iiiailre de danse.

— IVssurez-vous , voici lieux de ces êlris dangereux, mais le chien a tué l'un, et j'ai ferme pour toujours la gueule de l'autre; ainsi, ne craignez rien, monsieur Doolillc, ils ne vous leroiil pis de mal.

— Et où est le daim? s'écria Hiram en regardant autour de lui d'un air cuaré.

— (Jue voulez-x'otis dire?

— N avcz-voiis pas ab.>ltu un daim?

— \loi ! dit le vieux eh.isseiir, j aurais osé contrevenir à la loi! je me suis contenté de tuer des paiillièies, ce qui , je crois, n'est pas défendu.

— Pas du tout, il y a inêine une gralificalinn accordée pour chaqde tête; vos chiens chassent dune aussi la panllière?

-- 'Poule espèce de gibier; ne vous ai je p.is dit qu'ils chasseraièrit 1 homme au besoin?

— Oui , oui , je me le rappelle. Eh bien , je dois a> ouer que je les trouve extraordin, lires ; je suis dans le plus coniplel i tnnnenient.

Cependant , Nallianii I s'él.iil assis par terre, et après avoir lire son long couteau , il le passa d'une main exercée autour du crâne de st;s victimes qu'il dépoiiida enlièremenl de la peau.

— Cela vous surprend, reprit-il, vous n'avez donc jamais vu scalper une panihère ; mais puisque vous êti s juge de paix, je vous prie de me donner un bon pour tourher la prime

— I,a prime! répéla Hiram, ih hien, allons à votre cabane, vous y prêterez sernienl , et j'écrirai le bon que vous me demandez ; je suppose (|iie vous avez une Bible, la loi exige qu'on jure sur les quatre évangi listes.

— Je n'ai pas délivres, répondit froidement Nath. miel.

— Vous devez au moins avoir une Bible , repartit le magistrat. Allons, el jirêtez le serment exigé.

— Doiiceinenl , diuicemenl, dit le chasseur; pourquoi ferais-je un serment à propos d'une chose dont vos jeux sont témoins; est-ce que vous n'avez pas coufi.inee en vous-même? faut-il qu'un autre homme aflirme ce que vous savez être vrai? vous m'avez vu scalper les panthères, et s'il me faut jurer, ce sera devant le juge Temple qui ne sait rien de cette aventure.

— Mais nous n'avons ici ni plume, ni encre. Bas de-Cuir; il faut nécessairement entrer dans votre hutte pour que j'écrive le bon.

— El que ferais-je de ces jouets des écoliers? s'écria Nathaniel avec son rire habituel; je n'ai ni encre ni papier; d'ailleurs, je ne sais pas m'en servir. Que le dinble emporte le morceau de cuir qui pend au ( ou de mes chiens; ils finiront par s'étrangler ; prêtez-moi donc votre couteau !

Sans songer que Bas-de-Cnir en avait un lui-même , Doolitle lira le sien de sa poche et le lui tendit; après s'en être servi, le vieux chasseur le lui remit en disant d'un Ion d'insoiniaiice :

— C'est de l'acier bien trempé, et j'ose dire qu'il a coupé déjà une courroie comme celle-ci.

— Pretendez-vous in'accuser d'avoirlâché vos chiens? s'écria Hiraul, troublé par les remords de sa conscience.

— Non , dit le chasseur, je les lâche toujours moi-même avant dt quitter ma cabane.

M. Doolitle écouta ce mensonge avec une stupéfaction qui aurait siilli pour déceler la part qu'il avait prise à la délivrance des chien».

LES PIONNIERS

Le sang froid et la rt^scrve du vieillard firent place à une franche indignation, et frappant la terre avec force de la crosse de sa carabine , il s't'cria :

— Kaites-Y attention, monsieur Doolitle, j'ignore ce qui peut vous tenter dans le wigwam d'un pauvre homme comme moi ; mais , je vous le déclare en face , si jamais vous mettez le pied sous mon toit sans ma permission , si même vous vous avisez d'en approcher, je vous traiterai d'une façon qui ne vous plaira guère.

— Et moi, monsieur liumppo, dit lliram en battant prudemment en retraite, je vous déclare en face que vous avez enfreint la loi , que je suis juge de paix , et que vous aurez de mes nouvelles avant peu.

— Je me moque de vous et de la loi, s'écria Nalhanicl. Retirezvous avant que le diable me tente , et si jamais vous reparaissez dans les bois, prenez -y garde, je tirerai sur vous comme sur un oiseau de proie.

Le juge de paix ne crut pointa propos de pousser la fureur du chasseur à la dernière extrémité. Il s'enfuit ; Nathaniel se rendit à sa cabane, attacha ses chiens, et frappa à la porte, qui lui fut ouverte par Edwards.

— Tout est-il en bon état? demanda Bas-de-Cuir.

— Tout, répliqua le jeune homme; on a essayé de forcer la serrure, mais elle tenait trop bien.

— Je connais le maraudeur , dit Nathaniel , mais qu'il ne vienne pas à portée de ma carabine... Le reste de la phrase fut prononcé d'une manière inintelligible.

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