CHAPITRE XXI
Remarquable Petilbone, qui , pour conserver une bonne place, avait incliné la tête sous le joug d'Elisabeth, fut chargée de reconduire miss Grant dans l'humble demeure que Richard appelait pompeusement le presbytère. Pendant ce temps, Marmaduke et sa fille furent enfermés ensemble, et nous ne voulons pas envahir le sanctuaire de l'amour paternel en racontant leur conversation. Lorsque la toile se lève pour le lecteur, on voit le juge se promener eu long et en large dans la chambre, d'un air de tendresse mélancolique; sa fille est penchée sur un canapé, l'œil humide et les joues empourprées. — Le secours est venu à propos, dit le juge; tu n'as donc pas voulu abandonner ton amie, ma brave Elisabeth?
— Je crois, reprend celle-ci, que je puis me vanter d'avoir montré du courage; il est vrai que la fuite m'eût été entièrement iuutilc, mais je n'y ai point songé.
— Et à quoi songeais-tu, ma chère, dans ce terrible moment?
— A la panthère, s'écria Elisabeth en se voilant la ligure avec la main; je ne voyais qu'elle, je ne pensais qu'à elle. J'essayais de prier, mais le danger était trop près de moi, et mon horreur trop forte.
— Eh bien ! te voilà sauvée, et nous ne reparlerons plus de ce sujet si désagréable. Je ne croyais pas qu'il y eût des panthères dans nos bois , mais elles sortent de leurs tanières quand elles sont pressées par la faim...
Il fut interrompu par un coup violent frappé à la porte; Benjamin la Pompe entra d'un air mécontent, comme s'il eût senti qu'il avait à faire une communication qui ne serait pas bien accueillie.
— Alonsitur Doolille est en bas, dit le majordome; il a mis le cap sur la porte de la cour, et demande à venir à bord. J'ai essayé de lui faire comprendre qu'il ne devait pas vous déranger dans un moment où voire fille unique venait, pour ainsi dire, d'être tirée des griffes d'un lion ; mais il a continué à courir ses bordées. J'ai dû prévenir votre honneur que ce particulier était en vue.
— Comme nous allons avoir des assises, dit Marmaduke, il est probable que le juge de paix veut m'enlretenir de quelque affaire relative à ses fonctions.
— Vous avez mis le nez dessus, s'écria Benjamin; il vient se plaindre à vous du vieux Bas-dc-Cuir qui, selon moi, vaut mieuv que lui. C'est un excellent liommc que ce Nathaniel Bumppo; il rame aussi bien qu'il chasse, et serait capable de conduire le canot d'un capitaine.
— Voudrait-on nuire à Bas-de-Cuir? s'cciia Elisabeth.
— Rassure loi, mon enfant, c'est quelque bagatelle, et je prends ton brave défenseur sous ma protection. (Ju'on fasse entrer M. Doolille.
Hiram, qui allindail au dehors, profita immédiatement de la permission. Il salua avec la gravité d'un magistrat, s'assit, et p.assa la main sur ses cheveux noirs comme pour chercher ses idées, il dit enfin : — Il paraît que miss Temple a failli être dcvorée par des panthères.
Marmaduke ne répondit que par un signe affirmatif.
— Comme la loi accorde une prime pour chaque tète de bête féroce, ajouta le juge de paix, Bas-de-Cuir va avoir un beau bénéfice.
— Je me charge de le récompenser, répondit Marmaduke.
— Je crois, rciirit Hiram , que nos assises ne seront pas très- remplies. Jolham Riddcl s'est arrangé de gré à gré avec l'homme auquel il avait vendu sa métairie. 11 n'y aura presque point d'affaires civiles, et quant aux criminelles, elles se réduisent à des délits de chasse.
— Faites poursuivre les contrevenants, s'écria Marmaduke; je suis décidé à faire exécuter la loi avec la dernière rigueur.
— C'est ce que je pensais; aussi suis-je venu vous demander un mandat de perquisition.
— Contre qui, monsieur? s'écria Marmaduke.
— Contre Nathaniel Bumppo, qui a, en ce moment même, dans sa hutte, un daim qu'il a tué récemment.
— Vous croyez, monsieur? mais savez-vous que la loi exige un serment avant que l'on puisse envahir l'habitation d'un citoyen paisible?
— Je suis prêt à jurer ce que j'avance, répliqua l'imperturbable Hiram , et Jotham, qui m'attend dans la rue, est dans les mêmes dispositions.
— Eh bien! signe le mandat toi-même! tu es magistrat, monsieur Doolille : pourquoi venir m'importuner de celte affaire?
— Comme c'est la première de ce genre qui se présente depuis la promulgation d'une loi que vous avez prise à cœur, j'ai cru devoir faire intervenir votre aulorilé. D'ailleurs, mon état de charpentier m'oblige à passer souvent dans les bois, je ne me soucierais pas d'y rencontrer Bas-de-Cuir, si je m'en faisais un ennemi.
Miss Temple se tourna vers l'astucieux architecte, et lui dit : — Est-il un honnête homme qui puisse avoir à craindre quelque chose de Bumppo?
LES PIONNIERS
— Il est aussi taciir, miss, de tirer sur un magistrat que sui' une panlliirt^; in^iis. si l<'ju|;e refuse de rédiger le mandai de perquisition, je retoiirneiMi elie?. moi, el le m'en eliar|;erai.
^laniiadiike vit que sa ri'|iiitatioii d'iiii|iarlialilé était en jeu, il se liAla lie réponilie : — Je ne repousse pas votre requête, monsieur Doolilli', allez à mon Imreaii, je vous y rejuins, je si|;n>Tai le mandat.
Lorsque lliram fut disparu, ['^lisalx'lb s'apprèlail à faire des représenlalioiis « son père, mais celui-ci lui mit la main sur la bouche en dis.nt :
— Il ne faut pas s'effrayer des paroles de cet homme. Il est possible que Itasde-i uir ait tué un daim, puisqu'il chassait avec ses chiens quand il vous a rencoiilrccs si à propos. Si ou trouve le gibier clu"/ lui, il en sera quille pour une amende que vous p.jcrei. Ce sera un léger sacrifiée , el je pourrai m'aequiller envers Bas-de-Cuir, sans compromettre ma ri'piilalion de magistrat.
Klisabelh lui apaisée par cette assurance, et son pJ-rc la quitta pour se rendre au bureau, oii il siijna l'acle que demandait lliram.
Fn sortant, il rencontra Olivier Elwaids, qui vintà lui d'un pas impéluein. el lui dit avec une <haleur qu'il avait rarement nianiU'slée : — .le vous féliiite, monsieur, je vous félicile du fond de mon cœur. Je viens de quiller ^athaniel, qni m'a raconté la terrible aventure, et je ne juiis vous dire ce que j'ai éprouvé en songeant au danger de miss Grant 1 1 de votre fille...
l.e jeune homme prononça res derniers mois avec embarras, comme s'il eût eraini d'eijirimir ses sentiinenls avec trop d'énergie; mais M.irniadiike, vivemriil ému, n'y prit point garde, et lui dit : — Je te remeri ie, Olivier, suis moi, viens riinlre tes devoirs à Elisabeth.
Haussa préeipil.ilioM , le jeune homme devança pri sque le juge, et se prisenla a miss Tein|ile. la froideur hautaine de celle-ci disparut; le juge Temple oublia les soupçons qu'il avait eoiiçus, et traila Olivier comme un ami. Tous trois passèrent deux heures à causer sans contrainte el s.iiis embarras; Ihérilière el le jeune homme furent tour à Inur enjoués ou tristes, et Imijours pleins de confiance cl d abandon. Edwards annonça trois fois de suite qu'il se proposait d'^dler rendre visilc à IM Graut, et ce ne fut qu'a la (|uatriènic qu'il mit son projet à exécution.
Cependant il se passait dans la hutte une scène qui rendit inutiles lis inlenlions bienveillantes du juge en faveur de B.is-de-Ciiir, et qui détruisit l'harmonie qu'on pouvait espérer voir s'établir entre Olivier et .^larmailiike.
Lorsque Hiram Doolitle eut obtenu son mandat de perquisition, il sonjjea a le confier à cpielque agiiil, car il ne se souciait pas de |irésenler lui-même ce gage de bataille. N'ayant personne sous la main, il songea à Billy-Kirby, et l'envoya immédiatement chercher par Jolham.
Aussitôt que le bùcberon parut, Hiram l'accueillit avec une foule de politesses.
— Le juge Temple, dit-il, veut mettre à exécution la loi sur la chasse; un daim a été tué, une plainte a élé déposée, et j'ai besoin de vous pour accomplir un mandat de perquisition.
Kirby ne prenait jamais part à une all'aire sans avoir été appelé à en délibérer préalablement. Aussi penclia-t-il sa tète sur sa main dans une attitude de méditation. Après avoir rêvé un moment, il crut devoir adresser au juge de paix quelques questions :
— ]\'est-ce pas le shérif, ordinairement, qui se charge de ces sortes de choses?
— Oui, mais il est occupé à faire des sommations aux jurés pour les assises prochaines.
— Eh bien! il a un substitut?
— Qui est absent depuis quelques jours.
— En ce cas, le constable du village peut le remplacer?
— Non, dit Hiram d'un air câlin, vous savez que cet homme a été nommé à son poste uniquement par charité, parce qu'il est boiteux et infirme; or, j'ai besoin d'un individu vigoureusement trempé.
— Comment! dit Billy en riant, le délinquant est donc disposé à se Valtrc?
— h est un peu querelleur, et se regarde comme l'homme le plus lorl de tout le comté.
— Je lui ai entendu dire, s'écria Jotbam, qu'il n'y avait pas dans toute la Pensylvanie un homme capable de lui résister!
— liah! dit Kirby en déployant sa vigoureuse musculature comme ta lion qui s'étend dans son bouge; je sujiposc qu'il n'a jamais senti sur son dos les poings d'un 'Vcrmonlois; mais de qui s'agit-il?
— 11 s'agit, dit Jotbam, de...
— La loi défend de le dire, interrompit Hiram, à moins que vous ne promettiez vos services ; vous êtes l'bumme qu'il me faut , liilly , et si vous consentez, je vais vous transformer de suite en constable spécial , et voas toucherez une gratification.
— De combien ? demanda le bûcheron, y aura-t-il de quoi payer une tête cassée ?
— Vous serez content, dit Hiram.
— En tous cas, rejirit Billy en riant, je suis bien aise de faire connaissance avec cet athlète. Est-il grand?
— Un peu plus grand que vous, dit Jotham.
U n'y avait rien de brutal dans la physionomie du bùcberon. C'était
évidemment la vanité qui le dnmiiiail; il était fier de sa force physique comuic tons les bnmnies qui ii'onl pas de nieilleiire qualité dont ils puissent s'enorgueillir, lirùlant d exi reer ses muselés, cpi'il regardait avec eomplaisance , il éleiiilil la iii.iiii sur un eoile ipi lliram tenait ouvert devant lui , el s'écria : — Allons , je suis prèl , et vous verrez que je saurai tenir mim serinent.
le jiigi^ de p;iix ne donna pas à Kirby le temps de se dédire. On le fit proiiipleuient jurer, et les trois personinges se dirigi'reiit v.rs la huile par la route la plus courte. Ils av. lient alt> inl les rives du lac et quillaii m le grand ehemin, lorsque le bi'ulieron se rappela qu'il avail des droits aux privilèges des iiiillés et redemanda le nom du délinquant,
— Oii diable me menez-vous? s'écria t-il, je croyais que nous allion dans une maison et non d^ms les bois, il n'y a pas d'Iiabilaiits de ce côté, à l'excepliou de lias-dc-tJuir et du vieux John. Allons, ditesmoi le nom (lu drôle, ( l je vous gar.mtis que je vous conduirai chez lui par la voie la plus directe, c.ir je connais les moindres arbres qui croissent a deux niillis .uiloiir de Tenipleton.
— ^Olls soniiiies il.iiis le lioii iliemin dil llir.im en hàlaiit le pas, de liiur qu'il ne prit eiuic à Kirby de déserter; l'homme dont il s'agit est rvalhaniel liuinppn.
Kirby s'.irréli tout court, regarda ses compagnons avec étonnement el repirlil avec un briiyaiil éelal de rire: — Quoi ! lîas-de-t^iiir! il peut se vanter de son adresse à la carabine ; el je reconnais nioi-inème sa supériorité depuis que je l'ai vu lucr un pigeon avec une halle; mais pour une Unie corps à corps; allons donc! je le prendrais entre le doigt et le pouce it je me le pemlr.iis au cou coiume une li.ireelnnnellc; il a soisanti-dix uns el n'a jamais été d'une force bien remarquable.
— Il ne faut pis s'y fier, dit lliram, comme tous les chasseurs il est plus fort qu'il ne le parait, d ailleurs il a .sa carabine.
— Je me moque de sa carabine, s écria fiilly, croyez- vous qu'il veuille s'en SI rvircontre moi. C isl un i Ire inolieiisil, d je crois qu'il a droit lie tuer des daims tout i.iissi liii n qii un autre. C est son principal moyen d'evisleiii e , <t nous sommes d.ms un pajs libre oii ch.iciin peut vivre il sa f.iiitiisic.
— Sui> ant cette doetrine, dit Jotham , tout le monde pourrait donc tirer sur les d.iiiiis, mciiie en temps prohibé ?
— C'est son élal , je vous le répète , el la loi n'a pas été fuite pour lui.
— l.a loi a été faite pour tous, dit le juge de paix, et elle a des dispositions spéci;des contre le parjure.
— Vojez-vous, monsieur IJoolille, dit l'insouciant bûcheron, je nie moque de loiil ce que vous pouvez dire; mais, puisque je suis venu jusqu'ici , je vais aller trouver Bas-de-Cuir, et nous mangerons peutêtre ensemble une tranche de son daim.
— Tant mieux, dil le magislr.it, si vous pouvez vous arranger à l'amiable; je n'aime pas les disputes et je suis d'avis d'agir toujours avec ménagement.
En ce moment, ils avaient atteint la cabane. Hiram jugea prudent de faire halle derrière les branches d'un pin abattu qui formaient en face de la pnrlc une espèce de cheval de frise.
KIrliy, appliquant ses mains à sa bouche, fit entendre un siflleinent qui fit paraître les chiens hors de leur niche et Nalhaniel sur le seuil de la maison.
— Silence, Hector! s'écria le vieux chasseur, croyez-vous donc qu'il y ait encore des jianthères aux environs ?
— Ah ! vous voilà, Bas-de-Cuir? dit Kirby, j'ai une commission pour vous; les autorités de l'endroit vous ont écrit une petite lettre, et je suis leur courrier.
Nathaniel, sur le visage duquel tombaient en plein les rayons du soleil couchant, élendit la main sur ses yeux en guise d'abat-jour, et, apr> s avoir reconnu le visiteur, il lui dit :
— Que peuvent me vouloir les autorités ? Je n'ai pas de terre ii défricher, et Dieu sait que je planterais plutôt dix arbres que d'en abattre un seul.
— En ce cas, vous ne me ferez pas concurrence, répliqua le bûcheron ; mais il faut que je m'acquitte de mou message. Voici la lettre; si vous ne pouvez pas la lire , M. Doolitle est près d'ici et vous en dira le sens. H paraît que vous avez pris le vingt juillet pour le premier août ; voilà tout.
Pendant ce temps , IVatbaniel avait découvert le juge de paix. Son air de bienveillance fil immcdiatement place à une expression de défiance et de mécontentcmenl. Il recula vers l'intérieur de sa cabane, et dit à voix basse : — Je n'ai rien à démêler avec vous; retirez-vous donc, de peur que le diable me tente. Je ne vous ai jamais fait de mal, pourquoi donc viendriez vous tourmenler un pauvre vieillard?
Kirby monta le long du plu renverse, s'assit IraiiqiiiUemcnt a l'extrémité cl se mit à cxaiuiiier le vieil Hector qu'il connaissait pour l'avoir souvent rencontré dans les bois, et même pour lui avoir donné des bribes de ses provisions.
~ Mon Dieu ! dit-il, vous m'avez vaincu au tir; je ne vous eu veu: pas pour cela; mais enfin, si j'en crois l'b' ftoiré, vousavet tué un daii] aujourd'hui.
— Je n'ai tué aujourd'hui que deux panthères, répondit Bas-Ue'*
LES PIONNIERS
Cuir, et la preuve , c'est que \oici la pt'iui de leurs tètes que j'allais porter au ]ii<;e pour rétlainer la gralificdluiii.
Kirliy prit de la niain de ISalbaniel It-s ilépoiiillcs que celui-ci lui nioiilnit, et les li ilanoa au-dessus des clii<-iis eu riiiiit des mouvements qn ils faisaient pour les saisir. < e s.mij-froid exaspéra lliram, qui osa sortir (le s.i c^ulietle et s'avança d'un air ni ijistral ; son peniier soin fut de lire à haute voix le m.ind.a en appii>. ni Sîir les parties les plus essentielles, et notamment sur la si.jiialiin' ilii jufje.
— .\larniadiike-Temp'e a mis Sun nom au lias de ce bout de papier, dit \atli niel m secouant la lêle ; en ce cas, cet boninie aime mieux ses ti rres r|ue sa cli.iir et sou s^nj;. Il ne mérilc pas d avoir une pareille lille Lli bien! monsieur Doolille, je n'entends rien a la loi; luainle- ■lanl que vous ni'ave?. lu voire l'ilris, que resle-t il à faire?
— A remplir une simple forma ité, dil Ilir. nu en essayant de prendre une evpression amicale ; entrons diiz vous et terminons; il est inuti e de vous inqiiiélir au sujet de r.nicnde, car, d'après ce qui s'est p.issé, je suis convaiiii u que le juge Tciii|ile la payera.
Depuis le cninuienceiiieiil de cette sièiie , le vieux chasseur suivait d un D'il perçant les mouveiueiiLs dis trois visiteurs, et il se tenait sur le seuil de .■.a eab me, de manière a faire eoiri' qu'un ne 1 en ch.isserait ]ias aisëiiienl. Lur>que lliraju se rap|iro<ha, 'atli.niel leva la main et lui fil siijne de battre en rilr.iile. — ^e vous ai-ie pis dii ue ne point me tenter? s'ccria-l il. Je ne trouble persunne, pourquoi la loi ne me laisser.iit-elle pas tranipiille? allez-vous-en, et dites -u jure que je lui fais grâce de sa prime; mais je ne veux point q i il prenne ma cabaue pour une grande mule.
Ce refus obstine irritait encore la curiosité d'Uiram, et, déployant toute la diguilé dont il et.iit susceplibli', il si cru :
— Je deiu.mJe lentrée de cette ni lisnn au nom du peuple, en vertu de ce mandat et dis fonctions dnnt je suis investi.
— Prenez garde ! prenez g.irde ! dit JBas-de-Cuir avec virulence.
— Oseritz-voiis nous arrêter? ISill^^ ' ' -un, approchez, il me iaut des témoins
le juge de paix avait pris pour de la soumission l'air calme , mais résolu, de ISniiippo ; mais il fut prompteiiient désabuse ; au moment où il essayait d'entier, une m.iin vigoureuse le saisit p.ir les ép.aibs et l'envoya tomber a plus de quinze pas. (^c mouvement brus |ue et la lor. e imprévue qii'avai' déployée >ath;:ni<l causèrent aux assisl.mts nnc incoy.ible slu|iéf.iclion; il y >ul un moment de silence ; mais bientôt liilly-Kirby se mit a rire aux éclats.
— lir.ivo , bravo, mon vieux, cria-t-il; M. Doolitle avait bien deviné qu'il ne fallait pas vous juger a l.i mine. Allons, voici une pelouse, videz votre querelle comme deux liommes, Jotliam et moi nous serons les jug' s du combat.
— liilly-Kirby, s'écria Hiram qui n'était pas encore relevé, emparezvous de cet homme, je vous ordonne de faire voire devoir; au nom du peuple je vous ordonne de l'arrèlcr.
Mais Bas-de-Ciiir avait pris une attitude plus menaçante, et, sa carabine à la main, il ajustait le bûclieron.
— Au large, dit-il. Ëiily-Kirby , vous savez que j'ai le coup d'oeil sur. Je ne voudrais las vous tuer, niai-i vnlre sang et le mien rougiront ce ga/on avant que vous mettiez le pied dans ma Imite.
Tant que lalïaire ne lui avait pas paru grave, le bûcheron s'était disposé a prendre le parti du plus faible, mais quand il se vit menacé, il se dressa de toute sa hauteur, et , regardant le chasseur en face, il lui dit :
— Je ne suis pas venu ici en ennemi , Bas-de-Cuir, et je n'ai pas peur de ce morceau de fer creux que vous avez à la main; puisque vous me traitez comme cela, nous allons voir: — Allons, monsieur Doolitle, répétez votre ordre, je me charge de l'cséculer.
Mais il n'y avait plus de magistrat; au seul aspect de l'arme à feu, liiram et Jotham avaient disparu, et i^s coe.raieui vers le village avec une vitesse qui prouvait suffisamment qu'ils calculaient la portée d'une carabine.
— "Vous avez effarouché ces capons, dit Kirby d'un air dédaigneux, mais vous ne m'épouvanterez ]ias; ainsi donc, monsieur fiumppo, baissez votre arme, ou nous allons nous quereller.
ISathaniel abaissa sa carabine et répondit :
— Je ne vous veux pas du mal, Billy-Kirby, mais je vous demande s'il est possible de laisser entrer chez soi un pareil coquin. Je conviens avec vous que j'ai tué un daim, et, pour preuve, vous pouvez en emporter la peau. J'abandonne la prime pour payer l'amende et je pense que tout le monde sera content.
— Sans doute , dit Kirby en se radoucissant, c'est un marché d'or, un arrangement tout naturel, passez-moi donc la défroque, et la loi n'aura plus rien à vous réclamer.
IVathanicl entra dans sa hutte et revint bientôt en rapportant la peau demandée ; le bûcheron se retira parfaitement réconcilié avec le chasseur et retourna au village en s'abandonnant de temps en temps à des excès d'hilarité iio/oquéspar le souvenir de la chute de Doolitle.
La nouvelle l'io -jette aventure s'était déjà répandue et des groupes en causaient au m-iicu des rues, le retour de Kirby avec la peau rendait toute perquisition inutile, et, comme la plupart des colons obser valent strictement le dimanche, il fut décidé que les hostilités seraient eiisnrndiii-^ iM*.(|ii':iii mtrb n-leinK m .