‹ Œuvres completes de Fenimore CooperChapitre 98 sur 253 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Louisa Grant était restée environ une heure à attendre le retour de son amie. Mais, ne la voyant pas revenir, elleavait conçu une inquiétudequi s'était graduellement augmentée. Cependant, malgré l'épaisse fumée dont le ciel était obscurci, miss Grant n'eut aucune idée du danger qui menaçait Elisabeth. La fille du ministre ne songeait qu'iiux panthères que lui représentait sans cesse son imagination troublée. Elle vit passer plusieurs vilhigeois qui s'entretenaient avec animation, et levaient souvent les yeux vers la montjgne. Leurs mouvements étranges accrurent son trouble; toutefois elle n'osait quitter sa place. Elle hésitait encore à fuir, lorsque Nathaniel sortit brusquement du taillis. Le vieillard lui serra amicalement la main qu'elle lui abandonna passivement, et lui dit en souriant :

— Je suis charmé de vous trouver ici mon enfant, caria montagne est en feu, et il serait dangereux d'y monter à présent. 11 y a sur le versant oriental un fou qui creuse un trou pour y chercher du minerai. J'ai averti cet imbécile du danger. Je lui ai dit que ceux qui m'avaient poursuivi hier au soir avaient eu l'imprudence de jeter dans les broussailles des torches de résine enflammée, et que la forêt avait pris comme de l'amadou. Mais il était tout occupé de son affiire; et s'il n'est pas brûlé et enterré dans sa fosse , il faut qu'il soit de la nature des salamandres. Mais qu'avcz-vous donc, mon enfant? Vous avez l'air troublé comme si vous voyiez encore des panthères. Je voudrais bien en trouver, elles me rapporteraient plus que les castors. Oii est la bonne fille d'un mauvais père? A-t-elle oublié la promesse qu'elle avait faite au vieux chasseur?

Louisa , qui tremblait , et dont le visage était devenu d'une pâleur livide, eut à peine la force de répondre :

— Elle est sur la colline; elle vous cherche pour vous remettre la poudre.

Aathaniel recula à cette nouvelle inattendue.

— Que le Seigneur ait pitié de nous! s'écria-t-il. Enfant, si votre , amie vous est chère, courez au village et donnez l'alarme : les hommes sont habitués à combattre le feu, et il peut y avoir encore des moyens de salut. Allez vite, ne vous arrêtez pas même pour respirer.

Après cette reoommandiition, Bas-de-Cuir disparut dans les bi'oussailles, et gravit la nioiit;igne avec la rapidité d'un homme habitué à ce pénible exercice. Il s'élança hardiment a travers le brasier, et parvint, comme nous l'avous vu , auprès d'Elisabeth et d'Olivier.

— Dieu soit loué! s'écria-t-il, je vous retrouve! suivez-moi, nous n'avons pas le temps de causer.

— Je ne puis approcher des flammes avec ma robe, dit Elisabeth.

— Je vais y pouvoir, dit INalhaniel en enveloppant la jeune fille d'une peau de daim qu'il poriHit sur son bras; maintenant suivez-moi, c'est une question de vie ou de mort.

— Mais John, que deviendra John? s'écria Edwards, pouvons-noa: laisser périr le vieux guerrier ?

Nathaniel jeta les yeux sur l'Indien qui restait assis avec un calme extraordinaire, quoiqu'il eût la plante des pieds dévorée par le feu qui brûlait la terre.

— Debout, Gros-Serpent, lui dit-il en delaware, voulez-vous brûler ici comme un Mingo à son poteau ? Avez-vous oublié-les leçons des frères Moraves? Dieu me pardonne, la poudre lui a éclaté entre les jambes et il a le dos criblé de brûlures !

— A quoi bon quitter ce lieu? répondit l'Indien d'un air sombre, les yeux de Mohican se sont obscurcis, il regarde la vallée, le lac, les territoires de chasse, et il n'y voit que des pe.aux blanchei. Les Delawares sont tous dans le pays des Esprits; mes pères ine disent: Venez; mes femmes, mes jeunes guerriers m'appellent; Mohican va mourir ; c'est l'ordre du Grand-Esprit.

— Mais vous oubliez votre ami I s'écria Edwards.

— 11 est inutile de chercher à détourner un Indien de l'idée de mourir, interrompit Nathanitl; et saisissant les lambeaux de la couverture, il s'iittacha sur le dos le vieux chef qui ne fit aucune résistance.

Ce fardeau ne ralentit point la marche de Bas-dc-Cuir, dont les forces semblaient triompher îles années, et il dirigea Olivier et Elisabelh par l'endroit oii il était arrivé. Un arbre mort, qui chancelait depuis que! ques minutes, tomba sur la place qu'ils venaient de quitter et remplit l'air d'étincelles. Un pareil accident était de nature à hâter les pus des fugitifs. — Marchez sur le terrain humide, cria Bas-dc-Cuir, et suivez la ligne de la fumée blanche. Serrez bien la peau de daim sur le corps de la jeune fille, Olivier ! c'est une femme rare, et l'on en trouverait difficilement une semblable.

Eu suivant les instructions du chasseur, Olivier et Elisabeth parvinrent à se frayer un passage au milieu du brasier. La fumée leur ôtait l'usage de la vue, et rendait leiw respiration pénible; mais Nathaniel, depuis longtemps accoutumé à la vie des bois, savait trouver une route praticable à travers le feu , la fumée et les charbons ardents. Ils parvinrent ainsi , gr.lce à son expérience , à atteindre une plate-forme inférieure, où ils étaient en sûreté.

Il serait difficile de peindre les sentiments qu'éprouvèrent Edwards et Elisabeth, mais leurs transports n'étaient point comparables à ceux de leur guide. Sans déposer sou fardeau, il se mit à rire à sa manière, et dit : — J'ai reconnu la poudre de M. Le Quoi, elle éclate tout d'un coup. La mauvaise poudre fait long feu; c'était la seule que connussent les Iroquois lorsque je faisais la guerre dans le Canada. Vous ai-je conté, mon garçon, l'histoire de cette fâcheuse escarmouche...

— Au nom du ciel, Nathaniel, ne me dites rien avant que nous soyons complètement à l'abri. Où allons-nous maintenant?

— Auprès de notre grotte, où vous pourrez entrer si vous en avez envie.

Le jeune homme tressaillit et parut agité ; il promena autour de lui des regards inquiets, en disant : — Etes-vous bien sûr que le feu ne pourra nous atteindre?

— Sans doute ! dit Nathaniel, qui jugeait du péril avec un admirable sans-froid. Si vous étiez restés dix minutes de plus là-haut, vous seriez réduits maintenant en cendre; mais, devant la caverne, vous n'aurez rien à craindre, à moins que les rochers ne prennent feu comme les bois

Cette assurance était basée sur l'observation. Nathaniel déposa Mobican devant la caverne, le dos appuyé contre un quartier de roc En arrivant au but de sa course hasardeuse, Elisabelh tomba sur le sol; accablée d'émotions, elle se couvrit la figure avec les mains.

— Vous allez vous trouver mal , miss Temple , dit Edwards d'un ton respectueux, permettez-moi de vous oITrir quelque boisson fortifiante.

— Laissez-moi, laissez-moi, dit-elle, je ne puis exprimer ce que je ressens; je rends grâce au ciel de cette miraculeuse délivrance, c'est à lui que je la dois... et à vous.

Olivier s'approcha de l'entrée de la grotte , et cria : — Benjamin ! Benjamin ! où êles-vous ?

— Par ici ! répondit une voix qui semblait sortir des entrailles de la terre; je suis arrimé dans ce trou, où il fait diablement chaud; j'y suis fort mal à mon aise ; et si Bas-de-Cuir ne met bientôt à la voile pour attraper des castors, je vais rentrer au port, et subir sans murmurer ma quarantaine.

— Apportez-nous un verre d'eau de la source, dit Edwards , et mettez-y un peu de vin.

— Quelle mauvaise boisson! reprit le majordome en exécutant cet ordre, mieux vaudrait du rhum de la Jamaïque, mais j'ai achevé la bouteille avec Billy-Kirby.

En disant ces mots. Benjamin la Pompe parut sur le rocher avec la boisson demandée; il portait encore sur sa physionomie les traces de ses récentes dibauches. Elisabeth prit le verre de la main d'Edwards, et après avoir bu elle lui fit signe de la laisser; il rejoignit Nathaniel auprès de Mobican , qui lui dit avec douleur :

LES PIONNIERS

Son heure esl venue, mon ami , je le vois à ses regards; lorsqu'un

Indien a l'œil fixe, c'est (pie ses penst'es se portent vers le tombeau.

Kilwards se pn'parait à n'pondre, lorsque, au grand tHonnement de tous, on vit M. Grant monter pénililenunt le versant de la montagne. Olivier courut à sa rencontre, et l'aida à atteindre la terrasse.

— (Juel hasard vous amène parmi nous? lui demanda-t-il.

— On m'avait dit qu'on avait vu ma fille de ce côté, répondit l'ecclésiastii|ue. je me suis rendu immédiatement sur la route, et j'y ai trouvé Louisa, qui m'a donné des nouvelles de miss Temple. Je venais la chercher ici et sans les chiens de Nalhaniel j'aurais péri moimême dans les flammes.

— Ah ! dit Bas-de-Cuir, vous n'avez qu'à suivre les chiens, ils ont bon nez ,*et leur instinct les guide plus sûrement que la raison humaine.

— Aussi, répondit M. Grant, ils m'ont conduit jusqu'ici ; et , Dieu soit loué, je vois que vous êtes tous en sûreté et bien porlints.

— Excepté un, répliqua le vieux chasseur; John est loin de se bien porter, car il est sur le point de jeter son dernier coup d'oeil sur la terre.

— Est-il possible, répliqua le ministre en s'approchant du moribond avec un pieux respect; j'ai assisté à trop d'agonies pour ne pas m'apercevoir que celle de ce vieux guerrier louche à son terme. Il est consolant pour moi de penser que ce descendant d'une race de païens n'a pas rejeté la parole divine à l'heure de sa force et des tentations mondaines. John, m'enlendez-vous, voulez-vous en ce moment suprême écouler les prières de l'Eglise?

L'Indien fixa des yeux égarés sur son interlocuteur, mais il n'eut pas l'air de le reconnaître; il se remit à chanter son hymne funéraire, et sa voix s'éleva par degrés aux notes les plus hautes de la gamme.

— Je viendrai, je viendrai, disait-il en delaware, je vais entrer dans la terre des justes. Les Maquas que j'ai tués me serviront d'escorte, et j'en ai tué beaucoup. Le Grand-Esprit m'appelle dans les heureux territoires de chasse.

— Que dit-il, Bas-de-Cuir? demanda le prêtre avec un tendre intérêt, chante-t-il les louanges du Rédempteur?

— Non , ce sont les siennes propres, répondit Nathaniel , il se vante de ses exploits, et ne dit rien, d'ailleurs, qui ne soit conforme à la vérité.

— Que le ciel le garde de présomption, dit M. Grant; l'humilité et le repentir sont le cachet du chrétien, et sans ces deux sentiments, profondément enracinés, tout espoir de salut est illusoire. Comment! il se loue lui-même, lorsque son âme et son corps devraient s'unir pour glorifier son Créateur! John, vous avez été choisi entre une multitude de pécheurs et de païens pour entendre la bonne nouvelle; sentez-vous maintenant le néant de l'orgueil humain, et Us mérites de notre Sauveur ?

Le vieux chef ne daigna pas regarder le ministre, mais il poursuivit k voix basse :

— Qui peut dire que les Maquas aient jamais vu le dos de Mohican ? Quel est le Mingo qu'il ait poursuivi sans l'atteindre? Quel est l'ennemi qui lui a demandé l'hospitalité sans la recevoir? Mohican a-t-il jamais menti? Non! la vérité vivait en lui. Dans sa jeunesse il combattait en vrai guerrier, et ses mocassins laissaient des traces de sang. Dans sa vieillesse , il était renommé pour sa prudence ; il siégeait auprès du feu du Conseil , et ses paroles n'étaient pas jetées au vent.

— Je n'entends pris son lang.ige, reprit M. Grant. Que dit-il? A-t-J abjuré tout reste d'idolâtrie? Est-il sensible à la perte de la vie?

— Il sait, répondit Nathaniel, que sa fin est proche; mais, loin de regretter l'existence , il la quitte avec une joie sincère. 11 est vieux et cassé, et vous avez rendu le gibier si rare et si farouche que iMohican ne peut plus vivre des produits de sa chasse. 11 croit qu'il va partir pour un pays oii se rassemble l'élite de sa nation, et oii il trouvera des daims en abondance. C'est une heureuse perspective pour un homme dont les mains pouvaient à peine tresser un panier; moi seul je perdrai quelque chose à sa mort, et lorsqu'il ne sera plus je ne tiendrai pas à rester sur la terre.

— 11 (aut tâcher de sanctifier sa fin, répliqua M. Grant. John, voici l'instant où l'idée, que vous n'avez pas rejeté la médiation du Sauveur, peut verser un baume salutaire sur les blessures de voire âme. Ne vous occupez plus des actions de votre jeunesse, déposez aux pieds de Dieu le fardeau de vos péchés, et vous êtes sûr qu'il ne vous abandonnera pas.

— Tout ce que vous dites peut être très-vrai, s'écria Nathaniel, et vous avez pour vous l'autorité de l'Evangile; mais vous ne ferez rien de cet Indien. Il n'a pas vu les frères Moraves depuis la dernière guerre; il est impossible d'empêcher un indigène de retourner à ses premières idées. Tout ce que vous avez de mieux à faire , c'est de le laisser mourir en paix; il est heureux, maintenant; c'est la première fois depuis que les Delawares ont quitté la source de leur rivière, ])our «'enfoncer vers l'occident. Ah! il y a bien longtemps de cela, et depuis, nous avons essuyé ensemble bien des traverses!

— C)l'".il-de-Faucon, dit Mohican animé d'une dernière étincelle de vie, OEil-de-Faucon, écoutez les paroles de votre frère?

— Oui, Gros-Serpent! répliqua le chasseur avec émotion, nous avons vécu en frères, qu'avez-vous à me dire?

— OLil-dc Faucon, mes pères m'appellent aiu heureiu territoires

de chasse. Le sentier est libre, et les yeux de Mohican redeviennent jeunes. Je regarde, mais je ne vois plus d'hommes blancs; il n'y a que d'honni'tes et braves Indiens. Adieu, mon camarade, vous irez avec le Jeune-Aigle et le Mangeur de Feu dans le paradis des blancs; moi, je vais rejoindre mes pères. Que l'arc, le tonialiauk, la pipe et les colliers de Mohican soient déposés sur sa tombe ; il fera nuit lorsqu'il partira, et il n'aura pas le temps de s'arrêter pour les chercher.

— Que dit il, Nathaniel, s'écria M. Grant avec animation, se rappelle-t-il, enfin, les promesses du Médiateur?

Les idées religieuses du vieux chasseur s'étaient affaiblies dans le désert. Toutefois, il croyait à Dieu et à une autre vie. Les dernières paroles de son vieux compagnon excitèrent en lui une émotion qui contracta tous les muscles de son visage, et lui ôta un moment l'usage de la parole; il répliqua enfin :

— John a oublié les leçons des Moraves, il n'a de confiance que dans le Grand-Esprit des sauvages; il croit, comme tous ses compatriotes, qu'il va redevenir jeune, et qu'il chassera à son gré pendant toute l'éternité. Je voudrais pouvoir partager son opinion , et me figurer que je retrouverai dans un autre monde mes chiens et ma carabine. L'idée de les quitter pour toujours fait que je me cramponne a la vie, et que je n'ai pas la résig4iation qui conviendrait à mes soixante-dix ans.

— Que le Seigneur, s'écria le ministre, garde d'une pareille mort un homme qui a reru le baptême!

Cependant les sombres nuages qui s'entassaient à l'horizon étaient parvenus à se réunir en masses imposantes; le silence solennel qui régnait dans les airs présageait une crise salutaire; les flammes qui sillonnaient encore les flancs de la montagne ne tournoyaient plus au hasard, mais elles montiient droites vers les cieux; l'élément destructeur ralentissait sa marche comme s'il eût prévu qu'une main puissante allait enfin lui imposer une barrière; les lourdes fumées qui planaient au-dessus de la vallée s'élevaient graduellement, et se dispersaient avec rapidité; de longs éclairs rayaient les nuages, et, pendant que M Grant parlait, une clarté soudaine, qui illumina l'horizon, fut suivie d'un coup de tonnerre épouvantable. Mohican se leva comme pour obéir à un signal de départ, étendit vers l'ouest ses bras mutilés, un rayon de joie brilla sur sa sombre figure, ses muscles se roidircnt, une légère convulsion agita ses lèvres frémissantes, puis tout son corps s'affaissa; il tomba inanimé, mais ses yeux vitreux restèrent ouverts et fixés sur les collines lointaines comme s'ils eussent suivi la fuite de l'âme vers sa nouvelle demeure.

M. Grant contempla en silence la fin du vieux chef; et lorsque les échos eurent cessé de répéter les roulements de la foudre , il joignit les mains avec énergie et dit d'une voix émue :

— Seigneur, tes jugements sont impénétrables!

Le vieux chasseur s'approcha, prit la main glacée de son ami, et s'ecria avec l'accent d'une douleur profonde :

— Peau blanche ou peau rouge , nous arrivons tous au même but; mais nous sommes jugés par un maître équitable, dont les lois ne se plient pas aux circonstances. C'est encore une mort de plus, et il ne me restera bientôt que mes chiens. Ces arbres que j'ai vus grandir ont disparu; je cherche vainement ici- bas les figures que j'ai connues dans ma jeunesse. Hélas! l'homme doit attendre le bon plaisir de Dieu, mais je suis bien fatigué de la vie.

De larges gouttes de pluie commençaient à tomber et se répandaient sur la roche desséchée, qui les absorbait avidement. On porta le corps de l'Indien dans la grotte, et il y fut suivi par ses chiens qui poussaient des hurlements plaintifs et cherchaient en vain ce regard d'intelligence, que le vieux chef leur accordait toujours quand Us le rencontraient.

Edwards s'excusa à la hâte , et d'une manière confuse , de ne pas conduire Elisabeth et M. Grant dans la grotte; il allégua que cette retraite était sombre, et que la présence d'un cadavre aurait, pour la jeune fille, quelque chose de répugnant.

Miss Temple et le ministre trouvèrent un abri, contre la pluie qui tombait à torrents, sous un quartier de roche proéminent; mais bientôt plusieurs habitants de Templeton se frayèrent une route à travers les décombres encore fumants, et appelèrent à haute voix la fille du juge. Olivier la conduisit jusqu'à la route, et lui dit avant de la quitter :

— L'heure du mystère est passée, miss Temple; demain matin je soulèverai le voile qui me cache, et dont j'aurais du peut-être ne pas m'envelopper si longtemps : que Dieu vous garde! J'entends la voix de votre père; il approche, et je dois vous quitter. Dieu merci, vous êtes encore une fois sauvée !

A ces mois il s'élança dans les bois. Elisabeth, quoiqu'elle s'entendît appeler à grands cris par son père, suivit des yeux le jeune homme jusqu'à ce qu'il eût disparu au milieu des décombres embrasés; puis elle se jeta dans les bras de i^Iarmaduke.

On avait amené une voiture, où miss Temple se hâta d'entrer. Lorsque le bruit de son retour se fut répandu, les habitants de Templeton re tournèrent chez eux déguenillés et couverts de boue, mais ravis de voir la fille de leur seigneur arrachée à une aussi lerfible mort.

LES PIONNIERS

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