‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 14 sur 292 · PIÈCES J> ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

PIÈCES J> ÉLOQUENCE

valeur et sa piëtë , et que le même ieu qui alioit animer son courage devoit animer votre zèle.

En effet, messieurs, qui peut découvrir mieux que vous toutes les sources de cette guerre ? Qui peut don. ner plus d'horreur de Tinsolence de ces peuples qui violoient impunément la foi des traités , ,et qui soulevoient par des négociations secrètes toutes les cours de l'Europe contre un roi à qui ils n'avoient rien à reprocher, sinon qu'il leur avoit paru trop puissant. Ne pouvant décrier les actions d'un prince si juste ib tichoient de rendre ses intentions suspectes. Ils s'érigeoient en . arbitres de la paix et de la guerre , et ne pouvoient s'accoutumer ni à craindre la colère des rois, ni à reconnoitre leurs bienÊdts. Ils s'élevoient enfin contre leurs alliés comme ils s'étoient soulevés contre leurs maîtres ^ et , donnant le nom de politique à leur perfidie , ils croyoient pouvoir se maintenir par l'ingratitude , comme ils s'étoient établis par la révolte.

Une âme moins élevée que la sienne eut suivi l'impétuosité de son ressentiment; et, faisant servir tout son pouvoir à l'éclat d^ son indignation , elle eût immolé à sa haine ou à sa vengeance tout ce qui attaquoit sa réputation ou sa grandeur. Mais ce prince modéré a vu croître l'orgueil de ses ennemis sans s'émouvoir et sans se plaindre ; et , par une espèce de fière clémence tenant la foudre suspendue , il a méprisé pendant trois ans leurs insolentes railleries.

Vous seuls, messieurs, pouvez exprimer noblement ce^ teitipérament héroïque de puissance sans

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orgaeil , de fierté sans emportement , de resfintiment sans aigreur, de justice sans passion, de prudence sans foiblesse , de valeur sans tëmëritë.

Toute la postérité le verra dans vos ouvrages, comme nous l'avons vu , pourvoyant à tout sans interrompre son repos, réglant les mouvemens de toute TEorope sans se mouvoir, agissant sans relâche et toutefois sans empressement, présidant aux agitations da monde et jouissant de sa propre tranquillité. On eût dit qu'il ne pensoit qu'à se reposer dans ces palais enchantés où Tart a mis toutes les grâces de la nature. Cependant il méloit ses soins avec ses divertissemens , et même en se délassant il effacoit les mau- ▼aises impressions qu'on avoit données de sa puis^ sance -, il retenoit ses voisins tant par la crainte de ses armes que par Fadmiration de ses vertus ^ il rompoit ces ligues qu'on croyoit éternelles , et il ôtoit l'alliance de tous les princes à ceux qui n'avôient pas assez révéré la sienne.

Mais, lorsque la vengeance a été non -seulement juste, mais encore nécessaire, avec quelle ardeur est-il allé partager les fatigues et les dangers mêmes de la guerre avec les moindres officiers de ses armées t Quelques-uns ont cru que la sagesse éloit la vertu des rois, et que la valeur n'étoit que la vertu des particuliers ; que c'étoit un droit de la royauté de jouir du fruit des victoires , et de laisser à d'autres la peine de vaincre-, qu'an prince devoit être immobile dans le centre de son empire , sans commettre sa réputation à la fortune des armes-, qu'il sufiisoit qu'il se réservât

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le comiQjUidement et Tautorité , et qu'il fit mouvoir de loin tous les ressorts dû la guerre.

Notre héros ne connoît pas cette timide politique. Four affermir le repos de ses peuples, il va combattre lui-même ceux qui le troublent. Il croit que c'est une justice qu'il doit à ses sujets que de leur montrer le chemin de l'honneur, de reconnoître leur valeur par lui- même, et de récompenser le mérite après en avoir été le témoin. 11 sait que les yeux du prince répandent je ne sais quelle influence de courage et d'ardeur dans ses armées, et que ses grands corps sont d'autant plus forts et plus agissans qu'ils reçoivent de plus près les impressions de leurs mouvemens et de leur force. 11 connoit enfin que ce n'est pas tant la pompe et la majesté qui fait les rois que la grande et la suprême vertu; qu'il y a un honneur qu'ils se doivent à eux-mêmes , et qu'on ne sauroit jamais leur rendre -, et que leur véritable gloire est celle qu'ils vont chercher jusque dans son principe par les travaux et par les difficultés qui l'environnent.

Que n'ai -je, messieurs , la délicatesse, la facilité, le tour d'esprit de celui de qui j'ai l'honneur de remplir la place », pour décrire les marches d'armées , les prises des villes, les passages de rivières, la rapidité des victoires de ce conquérant qui se partage et se multiplie en autant d'endroits qu'il a d'armées différentes, et qui parcourt les provinces de ses ennemis avec tant de vitesse qu'ils ne savent presque jamais où il est, et qu'ils savent toujours qu'il vient de vaincre!

' M. Godeau, évéque de Vence.

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Que ne puis-je exprimer , comme vous feriez , ce que son nom seul vient de faire sur nos frontières ! Les vaincus sembloient avoir repris courage. Ils escient attaquer nos places , eux qui n'avoient osé défendre les leurs. Le roi part. Au seul bruit de -sa marche les assiégeans tremblent commç s'ils étoient assiégés eux-mêmes. Ces desseins si infaillibles et si concertés , ces secours si puissanj et si invincibles se dissipent avec eux , et il ne leur reste que la misérable consolation d^avoir montré avec beaucoup de foibiesse au moins un peu de témérité.

Mais j'élève ma voix insensiblement», et je sens ({u'animé par votre présence , par le sujet de mon discours, par la majesté de ce lieu, j'entreprends de dire foiblement ce que vous avez ^éjà dit , ou ce que vous direz avec tant de force. C'est à vous , messieurs, i Élire les couronnes de ce vainqueur. Je ne puis que semer quelques fleurs sur la route de son triomphe. C'est à vous à tirer ces^traits hardis qui le représentent et qui lui donnent son air de grandeur; je ne puis que mêler de foibles couleurs , et faire d'une main tremblante quelques copies de ces parfaits originaux. Mais, si je ne suis pas assez heureux pour soutenir lliomieur que me fait aujourd'hui cette savante compagnie , je puis dire que je sens en moi quelque chose qui n'est pas indigne d'elle , une vénération profonde pour tous ceux qui la composent, et un zèle très-ardent pour la gloire du plus grand roi du monde qui la protège.

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