PIÈGES D ÉLOQUENCE
surprise ni de prévention, sa capacité vous est connue.
Il ne se fonde pas sur des recommandations étrangères, ni sur une réputation qui vient de loin. Il est sa recommandation lui-même , et porte sa preuve d'éloquence et son titre de bel-esprit. 11 ne vous demanderoit pas vos suffrages aujourd'hui s'il ne vous avoit forcés hier de lui donner vos applaudissemcns , et il a voulu vous convaincre de ses droits avant que de vous déclarer ses prétentions.
Savant, pieux, éloquent, modeste dans une extrême jeunesse, dans la saison des fleurs il porte des fruits*, son esprit semble être venu dans le monde tout cultivé. Un heureux naturel l'a mis au-dessus de la longueur des études, et de la nécessité des expériences , en sorte qu'on a tout à louer en sa personne, et rien à pardonner à son âge.
Recevez donc avec plaisir un sujet si digne de votre estime, et si propre à relever votre gloire dans les premiers théâtres du monde.
HARANGUE
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Madame,
Le clergé de France se présente aujourd'hui à votre majesté avec tous les sentimens que le respect, l'ad-
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miration et la religion lui donnent pour elle. L'honneur quHl a d'être assemblé presque sous vos yeux, et (le voir de près ces grandes qualités que la renommée n apprend d'ordinaire que foiblement, le fait acquitter avec plaisir d'un devoir qu'il vous rend avec JDStice.
Que ne devons-nous pas, ministres du Seigneur que nous sommes, à une reine que sa naissance, son esprit, ses vertus, et, si je l'ose dire, ses malheurs même rendent vénérable à toute l'Eglise -, et qui, fidèle à la loi de Dieu , malgré les tentations du siècle les plus touchantes , a su faire à sa religion un sacrifice de sa grandeur.
Mais, madame, en renonçant à cet éclat, dont l'orgueil du monde se flatte, vous n'avez rien perdu de votre gloire \ votre foi ne brille pas moins que vos couronnes; rien ne fait mieux coimoitre le droit que vous avez de les porter , que le courage que vous avez eu de les abandonner pour Jésus-Christ. Cette espèce de nouveau zèle , qui ne peut tomber que dans un cœur aussi grand et aussi pieux que le vôtre , vous fait autant d'admirateurs qu'il y a dans le royaume de Dieu de véritables fidèles. Partout où règne la pieté vous régnez indépendamment de la fortune-, et il n'y a point de cœurs chrétiens où la justice et la religion ne vous élèvent un trpne invisible , inaccessible aux usurpateurs.
Aussi le ciel a-t-il versé dans votre âme ces bénédictions de douceur qui sont les sources ouïes récompenses de la vertu ^ ce goût de la parole de Dieu et
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de ses vérités ëvangéliques -, cette profonde vénération de ses mystères ; cette respectueuse déférence à ses ordres , qqelque rigoureux qu'ils puissent être; cette droiture qui vous porte naturellement au bien , et ne vous laisse jamais sortir des voies de la vérité ; cette bonté qui vous fait pardonner aux uns, compatir aux autres , utile à plusieurs, honnête et charitable à tous -, ces retraites où , loin du bruit et du commerce du monde , vous tirez du fond d'une solide dévotion et d'une tranquille conscience vos consolations secrètes.
De là vient, madame, que vous n'avez été ni éblouie par la gloire , ni abattue par l'adversité. Vous avez séparé dans une élévation suprême ce qu'il y a de la grandeur de Dieu d'avec ce que la vanité des hommes y mêle. Vous avez discerné dans les afflictions, parmi ce qu'elles ont de triste, ce qu'elles ont de salutaire*, et, dans ces états ditférens toujours égale à vous-même, vous avez pratiqué cet art si ditlicile et si peu connu' de mettre à profit pour l'éternité les prospérités et les tribulations de la vie.
Dieu a permis , madame, que vous ayez porté de si grands exemples dans ce royaume où l'on fait gloire de les respecter, et où la piété du roi nous accoutume depuis long-temps à reconnoître et à louer des vertus royales. Que ne pouvons-nous, madame, par nos discours et par nos exemples inspirer la fidélité et la reconnoissance à ceux qui vous la doivent par tant de titres. Mais, si nos vœux peuvent être exaucés, les nuages que la confusion et l'erreur ont formés se dis»
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siperont bientôt -, on verra vos couronnes refleurir sur vos têtes sacrées. Dieu vous rendra le sceptre qae TOUS avez mis en dépôt entre les mains de sa providence; et vos peuples éprouveront qu'il ny a point (le joug plus pesant que celui d'une domination injuste, et qu'ils ne peuvent être heureux que sous leurs princes légitimes.
HARANGUE