AU ROI
SOtl SA DERNièRE MALADIE, AVANT 1666.
ODE
Grand roi, le destin rigoureux , Dont la fatale et noire envie ' Meuaçoit votre belle vie, N'a pu résister à nos vœux.
Mille dangereuses tempêtes . .
Alloient éclater sur nos têtes, S'il eût trahi notre souhait;
DE FLÉCHIKR. l8l
Et le sort qai vous fut contraire ÂToit miUe crimes à faire Dans un crime qu -il auroit fait.
Ces astres , qui tirent leur jour De l'éclat qui vou9 environne Et des rayons de la couronne , . :
Ne luisoient plus dans votre cour* Tous vos peuples , saisis de.craîute^ •• Dans une jA mortelle litteinte , Se plaignoient du destin jaloux ; .
Et, dans cet exçèa.de souffrance, .
Nous avons. vu toute la Frauce ^ - Aussi lauguissaotp.que vous. ^
Ainsi , quand le père des jours Sous un noir amas de nuages Cède à la fureur des orages Dans le plus brillant de son cours, .
Tous les astres confus et sombres S'étonnent de voir sous 1^ ombres Pâlir son visage vermeil ; L'air n'a qu'une lumière obscure , Et l'on voit toute la nature Aussi pâle que lesoleil.
Les soins et les nobles transports De la gloire qui vous enflamme Sont de grands mouvemens de l'âme Qui troublent la santé du coi*ps. Epargnez nos vœux et nos larmes;^ N'excitez plus de ces alarinea
l82 POÉSIES FRANÇOISES
Par tant de travaux obstinés ; Modérez cette anlear eztréiM »
Et prenez eufiji pour Toa^-màiiie Le repos que vous nous donnez.
n est un gloriMix repos Qui n'a rien da Csflik et àê làcbe.
Et souvent un peu de telAcbe Est une vertu des héros.
Vous n'y perdrai rien d» la gloire Qui doit au temple de némoire Consacrer vos faîta éclalatts s Vous ferez I en réi^Ant v^aveiUety Peut-être un peu mokm de merfeilfes , Mats vous en ferez plus long-temps. .
Dans nos tristM dû La France vit son jeiuie prince AUer de province «n proviaee Pour étouffer ses factîoiis.
Les ennemis et les rebelles Ëprouvoient les forces iK>uveUes De votre règne tfiompliaut ; Et, près d'être rëduitff ttt poudre , Ils craignoient ces grtods coups de foudre Que lançoit la main d'un enfant.
Vous allie» par mille travaux Jusqu'au-delà de vos frentièrea Gagner des ptovioces entières , Et triompher de vos rivaux ; Votre généreuse préaenfre
DK FLKCIIIËR. l83
Animoit l'ardente viûUanfie De vos iovîncibles guerriers; Et, par la main àe la victoûre, Vous alliez au cban^» de la gloire
Cueillir Ton»*inénie yos lauriers. ^
Ces redoutables conquéraits Qui, jadis si fiers et si braves, Firent mille peuples esclaves, Et domptèrent mifle tyrans , Dans leurs e'tats heureux «t calmes , Dormoient à l'ombre de leurs palmes , Dans la paix et dans le repos ; Ik devenoient ce que nous sommes , Et ne faisoient plus <pie les hommes Après avoir fait les héros.
Mais la paix ne vous change pas , Et l'on voit encore paroître Cet air de vainqueur et de maître Que vous aviez dans les combats.
Le Tibre , le Rhin, et le Tage Redoutent ce noble courage Dont ils ont ressenti les traits ; Et vous faites craindre la guerre A tous les princes de la terre Au milieu même de la paix .
Le crime à vos pieds abattu
SoaCfre «me ioste vîolem^^ Et vous rete««B l'cBpécance
i84 POÉSIES frauçoises
Des muses et de la yertu.
Yoas êtes l'arbitre des princes ,
Dans Tos pacifiques provinces
Tout se gouverne par vos lois ;
Et, <{uel€[ues grands travaux que donne
La pesanteur de la couronne ,
Vous seul en soutenez le poids.
Qnel bonheur ne seroit pas joint A cette agissante conduite, Si par une fâcheuse suite Tant de soins ne vous nuisoient point; Si les cruelles destinées Respectoient vos belles années Et vos admirables projets ; Et si leur aveugle puissance Savoit faire la diflPérence Des rois d'avecque les sujets?
Mais^ hélas! l'immortalité N'est pas un droit de la couronne , Et ce n'est pas un bien que donne Ni le sang ni la royauté.
Le sort jaloux du diadème N'épai^ne pas la vertu même ^ Ni les trdnes, ni les autels ; Et les impitoyables parques Attaquent les plus grands monarques Comme les moindres des mortels.
Mais vous pouvez braver les lois Du destin qui nous fait la. guerre ;
DE FLÉCHIER. l85
Les dieux obseryent sur la terre Tout ce qu'ils ont promis aux rois; Le ciel qui réserve le trône , De Memphis et de Babylone A votre généreux courroux , N'a point accompli ses oracles , Et n'a pas fait tous les miracles Qu'il promit de foire pour vous.
De mille triomphes divers Vous devez grossir votre histoire y Monter au comble de la gloire ^ Et r^er sur tout l'univers.
Quand les héros tels que vous êtes N'ont pas achevé, leurs conquêtes, Ik n'ont jamais assez vécu ; Et 9 quoique le destin en gronde , Tous ne devez sortir du monde Qu'après que vous l'aurez vaincu.
Mère du plus puissant des rois , Princesse que la Pix>vidence Tient , pour le bonheur de la France , De rendre aux soupirs des François !
Vous avez, par vos larmes saintes.
Détourné ces tristes atteintes Des jours du monarque des lis; Et le ciel juste et débonnaire Semble avoir conservé la mère Afin de conserver le fils.
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Vous de qui les rares vertus Ornent la beauté sans pareille, Auguste et féconde merveille »
Grande reine , ne craigaez pluSt Lorsque la fièvre violente Porta son ardeur insolente Au cœur de votre iUusire époux , Le ciel fit connoUre à la parque Que le cœur de ce grand monarque Ne de voit brûler que pour vous.
Et vous , 6 précieux enfant , A qui nous destinons des temples.
Croissez pour suivre les exemples De ce monarque triomphant.
Dauphin , charmes toute la France , Jusque sur les tours de Byzance Arborez vos lis ëdatans. Que tout l'univers vous révère , Triomphez avec votre père , Mais ne régnez pas de long-temps.