SUR SES TRAVAUX DE LA GUERRE, L^AN
BLEGIE.
LiliLE venoit de voir foudroyer ses remparts , ïit l'Ibère vaincu fuyoit de toutes parts. L'invincible Louis y dans la Flandre alaruTée , Faisoit de tous côtés triompher son armée.
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Les villes , que MQ bras nmgeoit à leur devoir , Admiraient sa clémeace el craignoienl son pouvoir; Et la Lys et l'Bscavt , témoins de sa Taillance , Coaloîent sans munniirer sous son obéissance ; Quand Thérèse voyant que son époux vainqueur Avoit peine à donner des bornes à son cœur, S'exposoit anm fnreors'd'ane guerre cruelle, Et ne se lassoit pwit de combattre pour elle, Fit mille Tcsex pour lui , poussa mille soupirs , Tâcha de modérer de si pressens désirs , Et, redoublant pour lui sa tendresse et sa crainte , Loi traça de sa main cette amoureuse plainte.
Louis, unique objet de mes chastes amours. Qui, dans le champ de Mars t'exposes tous les jours, Et monliva Fait de vaincre aux plus grands capitaines , Tiens recueillir enfin le fruit de tant de peines. LoTsqne tu fais la guerre an gré de tes souhaits. Tu ne te souviens plus des douceurs de la paix ; Tu trouves les plaisirs dans l'horreur des alarmes , St tu n'<$coutes plus que le bruit de tes armes. L'amour n'adottok point ton généreux courroux , En toi le conquérant l'emporte sur l'époux, Tu consacres toa nom au temple de mémoire , Et ton cœur to«t entier s'abandonne à la gloire.
Tout cède à ton pouTOir, tout cède à ta grandeur. Et b victoire a peine à suivre ton ardeur. Inspirer la lenreur aux âmes les plus itères, Et joindra à tes états les provinces entières , Réduire en te meotrant des Tilles sous tes lois. Etonner l'univers du bruit de tes exploits , Assujettir la Flandre et confondre l'Espagne Sont pour toi des travaux d'une seule campagne.
l88 POÉSIES FRANÇOI SES
Tu maintiens réquité les armes à la main. Et le ciel favorise un si juste dessein. Quelque grand^que tu sois sur la terre et sur Tonde, Tu ne vas point braver tout le reste du monde, Et tu ne prétends pas, en méprisant les lois, T'ériger en tyran des peuples et des rois. Loin de vouloir troubler le repos de la terre , Tu conserves la paix lorsque tu fais la guerre, Et dans ces doux climats , que le ciel t'a soumis , Tu cherches des sujets, et non des ennemis. Sans aller sur les bords ni du Rhin , ni du Tage, Tu cueiUes des lauriers dans mon propre héritage, Et ta raison bornant les transports de ton cœur. Tu deviens conquérant sans être usurpateur. Quoi qu'aux. Flamands vaincus ta puissance ravisse , Tu ne leur ôtes rien, mais tu te fais justice;. Et, malgré leur orgueil et leur témérité , Ils auront du repos s'ils ont de l'équité.
J'aime à te voir, chargé de palmes immortelles, Marcher sur les remparts de Gand et de Bruxelles , Et par tes grands exploits triompher en des lieux Où repèrent jadis mes iUustres aïeux.
J'aime à te voir courir où l'honneur te. convie ; Mais tu n'as pas le soin de conserver ta vie; Les plus rudes travaux te paroissent légers , Pour soutenir mes droits tu cours mille dangers ; Et dans les mouvemens de ton ardeur extrême. Quand tu combats pour moi , tu t'exposes toinneme. Ton courage m'étonne , et mon cœur agité N'ose plus désirer tant de prospérité.
Je fais des vœux pour toi plutôt que pour ta gloire; Je crains pour le vainqueur plus que pour la victoire ;
DE FLÉGHIER. 'igg
Et j quelques grands succès qui puissent arriver,
Je ne demande au ciel que de te conserver.
J'écoute tout le bruit que fait ta renommée ,
Je crois te voir toujours conduire ton armc% ,
Disposer un assaut, méditer un combat,
Faire le capitaine, e^ faire le soldat ,
Tout couvert de poussière au pied d'une muraille.
Tout prêt à décider du sort d'une bataille.
J'ai tremblé mille fois, et je t'ai souhaité
Un peu moins de succès et plus de sûreté.
Ta gbire avoit pour moi des douceurs et des charmes ,
Mais elle me coûtoit des soupirs et des larmes.
Dans les oocadons où tu te hasardois,
J'admii^oîs ton grand cœur, mais je l'appréhendois.
Si je gagnois beaucoup par ton ardent courage ,
Hélas ! je pouvois perdre encore davantage.
Je sais que les grands cœurs ont de grands mouvemens ,
Et que la belle gloire a ses emportemens ;
Que le plaisir de vaincre est un plaisir extrême;
Qu'il est plus glorieux de vaincre par soi-même;
Et que rien n'est si doux , quand on a combattu ,
Qu'un triomphe qu'on doit à sa propre vertu.
Mais, sans nous exposer à ces tristes alarmes , Louis, tu peux jouir du bonheur de tes armes. Lorsque par ta valeur les François excités Auront forcé les murs des plus fortes cita. Et que nous régnerons dans la Flandre soumise , Ce sera toujours toi qui nous l'auras conquise. Ta prudence conduit tes glorieux projets , Ta valeur entretient celle de tes sujets ; Et, si l'on voit en eux des vertus héroïques, Ce sont de tes vertus que tu leur communiques.
IQO POÉSIES FRAlfÇOISES
Apprends-leur à ranger cent penpies sont ta loi , Mais IaUse4eur l*bonneur de s'exposer pour toi.
Les rois doivent aimer leur dignité saprétne. Et ménager e% eux l'honneur du diadème ; Us triomphent assez en soutenant leur rang » Ils sauvent leur l^tat en épargnant leur sang; Leur grandeur les élève au-dessus des tempêtes , ils tracent en secret le plan de leurs conquêtes; Ils gardent dans la guerre un pouvoir absolu , Pour faire exécuter ce qu'ils ont résolu. Que si» dans les ti*ansports de ton ardeur guerrière » Tu veux -à ta valeur choisir quelque matière , Et donner à' ton bras quelque emploi ^^ieax. Choisis des ennemis qui le méritent mieux ; Attends que pour rivaux la fortune te donne Des conquérans armés, ou des rois en personne; Tu cueilleras alors toi-même tes lauriers ; Ton bras renversera les plus fameux guenisn; Tu verras à tes pieds des têtes couronaëes; Tu rempliras alors tes grandes destinées. Tiens jouir cependant d'un honnête repos, Et réserve ton cœur à ces coupe de héros.
Dans le charmant séjour de tes provinces calmes , Tu te délasseras à l'ombre de tes palmes , Et, sans rompre le cours de tes faits ëclatans, Tu vaincras un peu moins pour vaincre pins long-temps.
Ce fils de qui le ciel rè^e la destinée, Ce fruit de nos amours et de notre hyménée , En te voyant si juste , et si sage , et si grand, Apprendra le secret d'être «m jour conquérant. Prêt à suivre bientôt les traces de son père , En tout ce que tu fais il voit ce qu'il doit faire ;
DE PLÉCHIKR. igt
n admire déjà te» exploits triomphans, El vottdroit que les rois ne fussent point eiifans. Au récit d'une attaque, an bruit d'une tiotoire, n commence à pousser des soupirs pour la gloire; D aspire à te suiyve «u miUeu des combats, Et se plaint dans sim ccMur que tu ne Taoends pas. Que si la noble ardeur qui règne dans ton âme Te peut laisser pouar moi quelque reste de flamme , Tiens goûter les- douceurs de ta paisible cour , Je te conrunneraî moî-meoM à iou vetour. Après ces grands suceès dont non âme est diarmée » Laisse à tes généraux le soin de ton armée , Souviens-toi de l'époux aussi bien que du roi. Et partage ton ccear entre la gloire et moi.