ÉLOGE
DU ROi A M. GOLBERT, 1667*
Digne cboîx de Louis, ministre miatigabley Je trace de ton roi le portrait admirable ; Suspens un peu le ooura de tes emplois divers, Et laisse-toi cbarmer au 4ujet de mes vers. Rien ne sauroit flatter ton ccsiur et tes mailles Que le bruit éclatant de ses grandes merveilles. Ton maître Mt lui aeul toute ta passion ; Et ce qui peut remplir ta noble ambition , Ce n'est pas d'élever des palais magnifiques. De régler les destins des affaires publiques, De raincre des jaloux les injustes efforts^
iga POÉSIES PRANÇOISES
Et d'unir les honneurs ayecque les trésors ;
C'est d'approcher souvent du plus grand roi du monde,
De le voir. triompher sur la terre et. sur Fonde ;
D'obsei*Yer de plus près que ses autres sujets
Et son vaste génie, et ses vastes projets;
D'admirer ses vertus dont la France est ravie ,
Et d'être le témoin d'une si belle vie.
Tu vois par quels ressorts son esprit agissant Affermit tous les jours son règne florissant ; Tient dans un doux repos ses province charmées , Eclaire ses conseils, anime ses armées.
Porte ses alliés à d'illustres exploits , Et fait mouvoir lui seul tant de corps à la fois. Des climats éloignés où triomphe le crime , Il entend les soupirs des peuples qu'on opprime ; Et, relevant l'espoir de ces timides cœurs, n punit les tyrans et les usurpateurs.
Rien ne peut échapper à son intelligence ; Tous ses heureux succès sont dus à sa prudence ; A cent emplois divefs il partage ses soins ; Il s'applique à pourvoir jusqu'aux moindres besoins ; Et, suimontant lui seul toutes sortes d'obstacles , 11 rend à ses sujets lui-même ses oracles.
De jeunes conquérans que la gloire a charma Savent l'art de ranger des bataillons armés , Et de forcer les murs des plus superbes villes ; Mais il faut des Nestors à ces jeunes Achilies , Pour régler les transports de leurs cœurs généreux , Et souvent pour régner et pour vaincre plus qu'eux. Ton prince fait lui seul toutes ses destinées ; Il fait régler le cours de ses belles années; Lui-même est son conseil , lui-même est son appui ;
DE FLiCHlER. igj
Genx qui donaent des lois en reçoivent de lui ;
Il s'ouvre sans secours les portes de la- gloire ,
n se trace lui seul le plan de son histoire ;
Et y méprisant cet art que Ton peut enseigner, '
n apprend de lui seul le secret de régner.
Sons les titres pompeux d'une illustre fortune '
Souvent les plus grands rois n'ont qd'une âme commune ;
Le destin les élève 4 ce superbe rang,
Et ne les y maintient que par le droit du sang.
On aime leur grandeur sans aimer leur personne ;
Ils n'ont que cet éclat qui vient de la couronne;
Et, connus par leur nom plus que par leurs exploits,
Ils ne seroient plus rien s'ils cessoient d'être roisv
Mais le prince fameux qui règne dans la France
Joint les droits du mérite aux droits de la naissance ;
Par lui-même il est grand plus que par ses aïeux ,
Le trône qu'il remplit en est plus glorieux ;
Son âme est au-dessus de sa grandeur suprênie ,
La vertu brille en lui plus que le diadème ;
Et , quoiqu'un vaste Etat soit soumis à sa loi ,
Le héros en Louis est plus grand que le roi.
Après avoir r^lé les fortunes publiques, Et donné des leçons aux plus grands politiques , Il se plait à ranger ses nombreux bataillons ; Tantôt il fait-dressev ses riches pavillons. Et sur le tendre émail des campagnes fleuries Lui-même fait camper ses troupes aguerries ; Pour soulager le feu de ses désirs pressans, Tantôt- il fait donner des combats innocens , Ou sa royale ardeur cherche à se ^satisfaire , Et son cœur fait déjà ce que son bras doit faire.
On a vu des héros par mille beaux exploits
tjC)4 POÉSIES PHAUÇOISES
Dompter le noble ovgueil des plus siipeH»es rois , Inspirer la ternenr auat Ames les; plus <ièi*es , Marcher sur le débris des provinces entières , Attacher à leur char des peuples obstinés, Et tirer après eux des tyrans enchaînés. Mais dans les doux plaisirs qu^inspire la victoire , liasses ds leurs travaux , trop contens <le leur gloire , Et passant leurs beaux jours dans un lâche i*epos/ Ils perdoient et le cœur et le nom de héros.
Louis porte plus loin son courcige inéompCaMe ; Tout paisible :qu'tl est , il est infatigable ; Son repos le dispose à de nouveaux combats ; n se prépara à vmacre en ne combattant pas. Ses plaisirs dans la paix soMt les arts de la guerre ; Ses jeux sont la terreur des princes de la terre ; Dans sa magnificence il se montre paissant , Et fait trembler l'Europe en se divertissant. Un feu que la ivakar répatnd sur sq^ visage , Vue noble fierté que donne le courage Inspire à ses soldats de glorieux projets y Et passe de son ciBUr au cœar de ses siqets. Ainsi réglant le sort de ses provinces calmes , Il forme des héros à l'ombre de ses palmes ; Et , donnant des leçons à ses braves guerriers , Dans le champ de la paix il sème deslauriers. Tel jadis l'invincible et le jeune Alexandre S'cxerçoit aux combats qu'il devoit entreprendre y Quand, formant le dessein de ses M^les travaux , Il demandoit aux dietfx de superbes rivaux ; D'une héroïque ardeur r^on Ame étoit saisie , H renversoit déjà les trônes 4e l'Asie ; Et , rassemblant souvent ses escadrons divers ,
DE FLéCUIER. IpS
n essayoît son cœur à vaincre TuDivecs.
Le plus sage des rois ^ le plus grand des monarques ,
Donne de sa valeur de plus brillantes marques ;
Après avoir vaincu les plus fiers potentats ,
Et travaillé lui-même aux lois de ses Etats ,
Oans les nobles transports de son ardeur guerrière ,
Il se plaint au destin de manquer de matière ;
Et , près de vaincre encor d'illustres ennemis,'
n murmure de voir le monde trop soumis.
Lorsque son sort rélère au-dessus des tempêtes , Qu'il jouit en repos du fruit de ses conquêtes , Et qu'il a loin des siens écarté les dangers , Il s'cKcupe à calmer les troubles e'trangei's. Gonune l'astre éternel qui fournit sa carrière , Sur son char de rubis entouré de lumière , Et qui roule un beau jour dans un ciel pur et clair , IMssipe les vapeurs qui se forment dans l'air; Ses rayons, pénétrant les plus sombres nuages, Tout chercher dans leur sein la source des orages , De mille traits de feu percent l'obscurité , ^
£t répandent partout le calme et la clarté. Ainsi règne Louis dans une paix profonde ; n invile au repos tout le reste du monde. Les tyrans ne sont plus , ou sojit humiliés ; n répand son bonheur sur tous ses alliés ; Et maintenant les droits de leurs riches provinces , Il est le protecteur et l'arbitre des princes..
Quand \fi Scythe barbare et le Thrace inhumain Épouvantoient les bords du Danube et du Rhin , Et y traînant après eux la crainte et les alarmes, Faisoient couler partout et du sang et des larmes^
196 POÉSIES FHANÇOISES
Le seul nom de Louis , redoutable aux tyrans ,
Arrêta la fureur de ces fiers conque'rans.
Fit flotter sur le Ràb leurs dépouilles captives ,
Et rendit la victoire aux aigles fugitives.
Lorsque y dans la chaleur de leurs ressentimens,
Les Hollandois hardis et les fiers Allemands
Allumoient les flambeaux de leurs tristes querelles,
Et sembloient commencer des guerres cternelles,
Il a su de'saiTner ces peuples irrités ;
Lui*-même a confirmé la foi de leurs traités ^
Et y rangeant à la paix leurs troppes échauffées.
Leur a fait mépriser de si sanglans trophées.
Quand deux peuples armés sur l'empire des flot»
Animent aux combats soldats et matelots,
Et dans le cours fatal de leurs cruelles guerres
Étonnent l'Océan du bruit de leurs tonnerres,
Ses guerriers pleins d*ardeur triomphent sur les eaux ,
La victoire s*apprête à suivre ses vaisseaux ,
Et, malgré la fureur des vents et des orages,
Prépare aux ennemis d^effroyables naufrages.
•Snfin , comblé de gloire, il comble nos souhaits, n veut joindre en nos jours l'abondance et la'paix \ Et ses nochers fameux sur les plaines de l'onde Vont chercher les trésors de l'un à l'autre monde.
Que ton destin, Golbert, meparott glorieux^ Auprès d'un roi si juste et si victorieux! . Observe tous les jours le beau feu qui l'anime , Les mouvemens secrets de son cœur magnanime. Les desseins qu'il conçoit, les oracles qu'il rend; Les héros comme lui ne font rien que de grand. Pour consacrer son nom au temple de mémoire , Tu fourniras un jour de matière à l'histoire ;
DE FLÉGHIEB. lOn
Et, dans les .doux récits de ses exploits dÎTers , Ce qai t*aara charité chaimeira runivers.