ÉLÉGIE
L'astre qui fait les jours sortoit du sein de l'ondé, Les zëphirs reteuoient leur haleine féconde , Et les flots agités du liquide élément Par un instinct secret couloient plus doucement ,
%o6 POÉSIES FRANÇOISES
Lorsqu'Amour^ traofportë d'une juste colère , Fit UD jour en pleurant cette plainte à sa mère : Quel destin rigoureux , ou quel astre jaloux Obstine aveuglement Alcandre contre nous ? Qu'il me coûte de soins , qu'il me coûte de larmes ! Il se rit de mes feux, il résiste à mes armes ; Et d'un charme puissant son esprit enchanté Contre tous mes efforts soutient sa liberté. Il soupira jadis ison amoureuse peine , Et ne put s'affranchir de ma première chaîne ; Mais, après cette cliaîne et ce*^ liens rompus , IL a repris son cœur et ne l'engage plus. De mon flambeau sacré les flammes plus subtiles Pour enflammer ses vœux se trouvent inutiles. Je lui lance les traits qu'autrefois je lançai , Je sonde les endroits par où je le blessai ; Mais de tous les côtés son cœur est inflexible , Et je n'y trouve plus d'endroit qui soit sensible. Je tâche à rallumer le feu de ses désirs , Je ranime l'ardeur de ses premiers soupirs : Je m'obstine moi-même à verser dans son âme Des principes d'amour, des semences de flamme ; De toutes mes douceurs je combats sa fierté, Et je ne saurois vaincre un cœur si révolté. Je n'ai point de liens dont il ne s'affranchisse , Le plus pompeux éclat n'a lien qui l'ébLoutsse. Si j'expose à ses yeux l'objet le plus charmant , 11 le regarde en juge , et non pas en amant ; Et , si j'offre à ses feux quelque illustre matière, A son peu de chaleur il joint trop de lumière » Il examine trop les lois de sa prison , Et veut joindre à l'amour un peu trop de rai$on.
DE FLÉGHIER. 207
Cent ininisties seicrêti de Tliëmis et d'Astrëe , Qoi sentent de mes feux leur âme pe'i^ctree , Soupirent à Tenvi leur amoureux ennui , Et je perds tons les feux que j'allume pour lui. Mille fameux héros , devenus mes conquêtes , De nos mirtes sacrés ont couronné nos têtes ; Et Loub, le plus fier et le plus grand des rois, Lui-même a ressenti la rigueur de meâ lois. Au milieu des combats ce héros inflexible , Tout vainqueur qu'il étoit, n'étoit pas invincible ; Son cœur contre son cœur rebelle s'élevoif ; Lorsqu'il dôntioit des lob , lui - même en recevoit.
Thérèse -sutpcndit les feux de sa colère , La fille le vainquît lorsqu*il vainquôit le père ; Aux dépens de sa gloire il aima son repos , Et l'amant dans son cœur triompha du héros. Ijorsque , par nue doqce et forte violence , Je range les plus fiers sous mon obéissance , Alcandre fnira-t-*il mes aimables appas ? Et sera*t-tl le'seul qui ne me craindra pas ? Renonçons M pouvoii de nos divines flammes , Et ne prétendons plus aucun droit sur les âmes ; Eteignons nos flambeaux , renversons nos autels, S'il faut être vaincus par de foibles mortels. IL soupira , touché d'une douleur profonde , Lui qui fait soupirer tout le reste du monde ; Dans l'excès douloureux de son ressentiment , On vit pleurer l'Amour comme pleure un amant ; Et ce vainqueur, jaloux de son pouvoir suprême, Se plaignit à son tour d'être vaincu lui-même. Après qu'il eut fini ses pleurs et son^discours , D'un air doux et flatteur la mère des Amours
Apaisoit sa douleur, dissipoit ses alarmes ,
Et lui disoit ces mots en essuyant ses larmes :
Modère ces transports , cesse ^e t'émouyoiri
Et connois mieux , mon fils, ton absolu pouvoir.
Cet esprit obstiné , qui nous fuit et nous brave ,
Ya perdre sa franchise et devenir esclave ;
Mais cherche à ce captif une illustre prison ;
Pour gagner son amour contente sa raison ,
Et reconnois enfin que son cœur équitable
Ne peut être amoureux que d'un objet aimable.
N'espère jamais voir ses désirs abattus
Sous des charmes trompeurs ou de fausses vertus :
Cet éclat enchanteur qui séduit et qui trompe ,
Ces attraits affectés, cette orgueilleuse pompe.
Cette vaine apparence et ces foibles appas
Sont des illusions qui ne le charment pas.
Mais à ces faux brillans son cœur inaccessible
Aux solides beautés n'en est pas moins sensible ;
Plus ses vœux sont tardifs, plus ils seront constans;
n diffère d'aimer pour aimer plus long-temps^
Et sa chaîne , mon fik , qu'il tralnç de la sorte ,
En sera quelque jour plus durable et plus forte.
Relève ton espoir , et choisis seulement
Une parfaite amante à ce parfait amant.
Près de ces bords fameux qù la Seine profonde
Travei'Se la cité la plus vaste dii monde,
Et roule avec orgueil dans son riche canal
Sur un sable doré son mobile cristal ,
Une jeune merveille , aussi chaste que belle ,
Peut ranger sous ses lois le cœur le plus rebelle.
Et, par ses traits vainqueurs et ses charmes puissaus ,
Captiver la raison aussi bien que les sens.
DE FLÉGHIER. 200
En elle les vertus et les grâces unies
•Etalent à Tenvi des beautés infinies.
Les plus vives couleurs dont la terre se peint
N'ont rien de comparable â celles de son teint;
Sur un beau fond de lis une rose ëpandue ,
A demi relevée, à demi confondue ,
Mêle à son vif éclat une vive fraîcheur ,
Et confond la rougeur avecqiie la blancheur ;
De ses cheveux dorés les tresses vagabondes
Se recneOlent en nœuds, se répandent en ondes,
Et leurs flots précieux à longs plis épandus
Semblent des filets d'or cpie nous ayons tendus
Pour y lier les vœux des Ames fugitives ,
Et pour y retenir des libertés captives.
Le clair flambeau du jour , le bel astre des cienx
N'a point de feu plus pur quis celui de ses yeux ,
LoTsqu^l verse à longs traits dans sa ndble carrière
Ses rayons tempérés de flamme et Ae lumière.
Son visage riant , sans contrainte et sans fard ,
Montre que la nature est plus belle que l'art ,
Et fait voir, en luisant d'une flamme céleste ,
Que rien n'est plus puissant qu'une beauté modeste ;
Et que , pour exciter une innocente ardeur.
Les plus charmans attraits sont ceux de la pudeur.
Cette chaste couleur, cette divine flamme
Au travers de ses yeux découvre sa belle âme ,
Et l'on voit cet éclat qui reluit au dehors
Comme un rayon d'esprit qui s'épand sur le corps.
La savante Pallas , les filles de mémoire ,
Ses plus chères amours, la combleroient de gloire ;
Mais , sans faste et sans bruit , son esprit trop discret
Avec elles ne veut qu'un commerce secret.
!)iO POÉSIES FR\NÇOISES DE FLÉCHIER.
Ya , mon fils , va gagner cette beauté channaate,
Et , pour faire un amant, aoMge à faire une amante -,
Et, réduisant Aleandre «t Boris sous nos lois ,
Allume adroitemeatt deux flammes à la fok.
Quoiqu'il semble ct'ah&rd que nos feux les offensent ,
Ils aimeront un jour, et plus tât qu'ils ne pensent.
A nos puissans efforts nul ne peut réiâster,
Et nous avons des coups qu'on ne peut éviter.
Le décret du destin s'accorde avec le nâtre ;
Qu'ils apprennent, mon fila, qu'ib sont faitsl'un pou* l'antre ,
Et qu'un ordre fatal k leur postérité
A noué dans le ciel cette nécessité.
L'impatient Amour, que ce discoHft enflaniine,
Choisit sa plus subtile et sa plus pure ianoone ;
D'un mouvement rapide il trav^rae les aîra ,
Et , laissant dans sa ronle une suite d'éclairs ,
Il vole cbea Doris ^ il voIie cb^ Akandre ^
Il redouble ses coups et les force à se rendre ;
Et , par un sort plns doux qu'il ne s'étoit piomt^ ,
Il n'a point aujourd'hui de s«jets plus sonmîs.
B9«aB«fiiç«SBp^:«4a«9«apaB*
PRBFAGE DE L'AUTEUR,
SUR SON POËMf.