‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 36 sur 292 · CONCERNANT LE QUIÉTISME · texte numérisé non relu

CONCERNANT LE QUIÉTISME

Ob s'ëlonnera pent'-étre de ee que , m'ëtant appliqué pendanl filusienré afmiëe» à des occupatious d*uti caradère bien diOfêrent de celle^i , }e semble rabaisser le titre de prédicateur en reprenant celui de poëte. Je n'ignore pas qve la poë»e esl uo peu déchue de ce qu'elle étoit , et que c'est se dégrader^ en qœtque Bamire, que de mêler des ver» paniit de& trayaux auMÎ grave» que ceux de la chaire.

Cependant) comme le sujet de ce poSme a été traité en prose par les plua éloquentes plumes de notre siècle , d'une manière qu'on n'y peut rien ajouter, et qœ d'aittenrs la matière m'a paru propre à recevoir les plus belles couleurs de la poésie , j'iai cm que le public me pardonneroit ce mélange passager d'une lyre chrétienne avec la trompette évangélique, et qoe cet agrément de la diversité , semée parmi mes ouvrage», serviroit à réveiller h goût des lecteurs.

Je ne dirai pas, pour relever la gloire de la poésie^ qu'elle a été apportée du ciel en terre, que les écrivains sacff^ ont été ta {dupart des poètes divins , qui , animés d'une sainte fureur, ont rendu des oracles; que Saloinon prononça cinq mille vers^ que plitsiéurs

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des livres saints ont ëtë écrits dans ce genre ; et qae les irruptions de Tesprit de Dieu , qui saisissoit David quand il tOHchoit la harpe , tenoient fort de Tenthousiasme d'une poésie divine. Il suffit de faire remarquer au lecteur que les plus vénérables d'entre les pères ont fait des vers *, que saint Prosper et saint Paulin en ont composé des volumes entiei*s, sans parler de. saint Grégoire de Nazianze, qui a été. nommé le théoldgien par excellence , dont les écrite ne cedent en rien pour la beauté à ceux des orateurs grecs et romains les plus célèbres, et qui, d'un commun aveu y a surpassé tous les autres par Féléganoe et la gravité dé son stylé.

Mais, sans remonter si loin^ le cardinal Dnperron, ce fléau des hérétiques, a-t-il cru ^éshoHorér la pourpre par la poésie? Personne n'ignore que le cardinal de Richelieu eh faisoit ses délices, et qu'il adoucissoit, au son d^une lyre délicale, les saillies de ce grand et yaste génie , qui donnoit le mouvement à toute TEurope. Puis-jé oublier M* Godean^ dont Voiture lisant les ouvrages à l'ombre des palmes, les lui souhaitoit toutes ? €e saint évéqiie , dont la paraphrase sur saint Paul est un des plus riches trésors que notre siècle ait donnés à l'Église , a composé une infinité de beaux vers , qui seuls auroient été snffisans pour rendre son nom iliu^re^ on assure même que la mitre fut le. prix de ces stances , toutes admirables, qu^il composa sur le BenedicUe, et qu'il n'eut jamais tant d'occasions de le dire qine pour l'avoir fait.

PRÉFACE DE l'aCJTVUB. 2l3

Après ces grands exemples , il seroit à sonbaîter que tous ceux qui oui quelque talent pour la poésie fissent leurs efforts pour la User de cet auUi injurieux où notre siècle semble rabaodopnér ; ce 4:alent ne laisseroit pas d'être fort estimable , quand x>n ne le considèrerok que comme un honnête amusement de laVie civile^ 11 y a plusieurs choses dans la nature qui' paroisaent n*aToir été faites [que pour le plaisir, des hommes et rembellissement de Tunivers: les fleurs, les. perles , les diamans ^ les belles voix ; 'cependant personne ne s'est encore avisé de les vouloir bannir da monde. Les ouvrages d'un poète excellent peuvent £nre les délices inbocens de l'esprit, comme lesfleiirs> d'un- parterre et lé chant des rossignols font le plaisir des yeux et des oreilles. IMfais ce ne seroit pas bien, louer la poésie que & la mettre an rang des choses* inutiles qui sont, agréables. Comme ce qu'il y a de beauf dans la nature vient de Dieu , nous devons luiconsacrer,* par de saînts usages , tout ce que nous recevons de sa libéralité, et nous sommes particulièrement obligés de lui rendre l'hommage d'un talent qui est connu pojur le plus divin de tous. La piété iait servir à la parure du temple et à l'ornement de& autels les mêmes choses dont la vanité pare les idolea dn monde.

C'est se rendre fort^oupable que de faire de la> poésie le souffle du démon impur, pour allumer les passions, criminelles^ mais c'est les sanctifier heiareusèment que de s'en servir pour chanter les grantr*

2l4 PEAFACE DB L^ACTEUlt.

ci6«i!$ 4e Dieu^ «t pour r^andre It&tétinœUes'de son amour.

Les jxoésîestiaîntes, qaahd elles sont biaii faien , ont Une je me sais qneUe hariaoïite, dont la douceur, eii atteadrisfioint Tâme, y rëpaiidronction<le la prière ; confore les ohansons profiines font passer le potion le plus subtil de rimpuretë jusqu'au fondpdes cœurs, lesi icantîques sacnfe apirisobt^ dît saint Augustin, la violence des passions , et sont comme niie rosëe ceteste iqui tempère les ardeurs de b conoopisoence. • C'est ia ^uarqiaé d^un gënie boro^ de renfiMwer toute son estimée tkans les bornes d\ine sorte de mëriie qvi lui revkiit, et de laiseer tous les autite taiens dans i'o«bli ^ quelque rares (et otites qo^k pcôssent ét«>e« Rien ne ne donne une plus iieute idée do car* dinol de Rîchelieii , et fie découvre mieux la gnm«deur immense de son vaste génie, que d'avoir rëpeiid» ses faveurs sar tous les sujets où, il vit briller quelques rayons de ce mévitè dont il ëiqît adorateur : de ia mène main dont il i^evoit des tftm(des augustes à la peiigien ^ et «n asiie glorieux à cette société vénëmble , reptësentée par la tour mystërieuse de David » où pendent mille boucliers pour défendre FÉglioe^ il dressoit des couronnes anx muses françaises ^ et il les mettoit lui-même sur le front de leurs fa /orîs^ en ks comblant de ses bienfaits et de ses louanges. .

On ne saurait disconvenir que la poésie neisoit ma don die Dieu , et même nn des plus précieux ; aâmi ie bon xisage endoit dtni aossi estimable que rcxcellence

PRÉFACE DE L AUTE«R. ' ai5

en est smgiiiière. Je révère un hMime qui explique l'ÉYangtle aux peaples avec nettett^, dans les homélies chrétiefines, dont le principal ornement est d^en pâ* roltre tontes dépouillées ; mais k goât que j'aaral pour la simplicité de son style ne me fera pas rejeter ceux qai annoncent les orades du Dieu vivant avec ane majesté let une dévotion dignes de leur ministère ; puisque , laissant à Dieu le jugement des intentions secrètes, qm font le mente des tmvtiut chrétiens, les discours odk il y a de Tornement et des grâces peuvent être aussi utiles que \m autres , ti que toutes les beautés de Téloquenoe répandues dans les écrits desCyprien, des Ambroîse, desGréjg^ir^ delfa2ian%e, n'en Aient pas rotction ni la ptëté> Je me souviens^ toujours de œtte parole de saint Paul , modo Chrislui annunUeiur, pourvu que J<$sus*Chrtstëoit annoncée; soit avec éloquence, soit avec simplicité^ dkns d^^ cantiques saints ou des livres pleut , pir «èès hobclies d'or oa par des canaux de terre , tout est' égnl à eeu« qui ont un véritable sèle pour la religion ; bienhéureftt MM les pieds de ceux qui évangélisent ! 11 faut honorer tons l&s ouvriers de rÉvangile , surtout ceux qui travaillent dans le nuntstère de la pavole ] mais s il y en avoit quelques-uns dignes de mépris, ce seroient ceux qui s'efforcent de rabaisser leurs confrères, au lieu d'inspirer à leurs nuditeurs une vénération commune pour tout ce qui porte le caractère d'une mission apostolique. Puisque l'occasion sç présente de le dire, j'avoue que j'ai eu quelquefois de

2l6 • PRÉlFAGE DE l'àUTEUB.

la peine à retenir mon indignation , en entendant des hommes qui , dans des discours d'ailleurs ëdifians , s^mbloient vouloir mêler des satires contre des ora<* teurs oniés et éloquens ^ et , à dire le vrai , ce n'est pas Tex^tërieur du ministre qui en fait le dëtachement *, et les motifs de ceux qui parlent avec politesse sont souvent aussi purs , pour ne rien dire davantage, que ceux de^ autres.

Le lecteur me pardonnera cette digression , qui ne laisse p^.d'étrei liée à mon sujet, quoiqu'elle semble m'en éloigner , puisque je mets peu de difiërence entre de be^es poésies saintes et des discours chré* tiens élocpiens, et qu'ainsi l'on peut appliquer à la défense des une$ ce- que j'ai dit pour autoriser les autres, ^e Père céleste voit , dans le secret du cœur, ceux qui méritet^t récompense. Fasse le ciel que nous ne soyons pas du nombre de ces malheureux ouvriers dont il est dit qu'ils ontreçu leur salaire dès ce monde! Ayous;pour les avtres cet esprit d'indulgence que nons demandons. poui: nous, et jugeons favorablement tout ce qui a l'apparence de. bien, jusqu'à ce que le temps de la moisson sépare la paille d'avec le graio, et que le souverain juge rende à chacun selon ses œuvres*

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