LA BÉATITUDE
CONTRE LES ILLUSIOIIS DU QUIÉTISSTE.
▲ II01I8B1GKEVE
L*ARCH£yÊQU£ DE PÂRI3.
Prélat, qui des pasteurs vënéi'able modèle , Joins l'exemple au discours et la prudence au zèle ; Dont le mérite seul , digue du plus haut rang y N*a laissé rien à faire à la splendeur dit sang; Qui, donné par le ciel eii spectacle à rÉ|;lîsey Aux traits de la censure 6tes la moindre prise , Et I d'armes de lumière en tout temps revêtu , Ne Tois par aucun foible attaquer ta vertu ; La place où t*a conduit le clioix d'un grand monarque Est du ciel qui le guide une éclatante marque ; Un flambeau si brillant dans la maison de Dieu Devoit du chandelier remplir le premier lieu. Ton humble piété | qui f uyoît la lumière « Devoit au plus grand jour se montrer tout entière ; Et, dans un rang qui tint tous les yeux attachés , Exposer de ton cœur tous les trésors cachés. n falloit que partout l'Eglise fût remplie Du parfum que répand l'exemple de ta vie ; Et qu'en ce vaste champ ton zèle y ailleurs captif > De tes talens divers n'en laissât point d'oisif, ^uifre à ta modestie un peu de violence ;
2l8 POESIES FRÀNÇOISES
Je ne puis plus long-temps l'admirer en stlence.
La sagesse conduit ton zèle sans aigreur ;
Tu fais la guerre au vice en combattant l'erreur.
Ta vigilance assure un support au pupille ,
Le pain à l'indigent , à la veuve un asile.
Asservi le premier à dé sévère loil i
De tes devoirs nombreux tu soutiens tout le poids ;
Le mërite onbli^, que ton suffrage prône y
Trouve en toi le canal qui le conduit au trône.
Mais que j'aime à te voir avec force et douceur Démêler les d^ufs d'un dogme Séducteur ; Conserver le bon grain en arrachant l'ivraie , Et guérir dans ITgUse une profond&plaie ! L'esprit de vérité te guide en tes écrits ; Tu dépouilles le loup de la peau de brebis ; Ton cœur du pur amour enseigne la science , Que soutient de tes mœurs l'exemplaire innocence.
O vous ! qui , nous guidant par de fausses clartés, Nous tracez sur vos pas des sentiers écartés , Et qui y loin d'épurer l'amour saint dans nos âmes , Otez la nourriture à ses divines flammes , Dans ce guide éclairé reconnoissez la main Qui de la vérité vous montre le chemin ; Et y fuyant le poison d'une impure doctrine , Cherchez dans ses écrits une manne divine. Laissez un libre cours à nos chastes soupii-s : Otez-moi donc mon cœur en m'ôtant mes désirtf ; Cachez-moi de mon Dieu les bontés éternelles , Quand vous me défendez de soupirer pour elles. Quel fantôme d'amour bizarrement jaloux , Qui s'oppose lui-même à ses vœux les plus doux^ » Qui, dans le vain repos d'une tendresse oisive >
DE FLÉCHIEB. dl9
Tient de ses monvemens toute l'ardeur captiva y Et, d'un divin .objet î&u6ce»iueat épris , A n'y pas aspirer met sa ivoire et sou fitfix? Tous étales en vain les brillantes chtmères
D'un amour sans désirs ijtt'cAit igaorë nos pères ,
Qui tremlde de mêler, en voukttt être heuraux ,
Un intérêt terrestre â de ceintes feux ;
Qui fait de son bonheur l'horrible sacriQce y
Et d'un vrai dénspoir couvre le pr^ipiee.
Loin d'un si noir abîme un aaaour éprouvé ,
Dans les saintes terreurs de 9e voir réprouvée ,
Repousse avec horreur cette futie^te image >
Et s'adreasaat à Bieu lui tîendroit ce laugftge t
Je ne sais point ^ hélas! ^fuel doit être mon sort;
Mais si je dois attendre une étemeUe meft ,
Ha Tolonté , Seigneur , à la vôtre ««belle ,
En n'y rérisiant pas se croiroit criminelk;
Dnssiex-youe n'accuser d'un aveugle intérêt ,
Je ne saurois souscrire à ce fatid arrtt ;
De vos attraits divins mon âme est trop éprise
Pour être ear te point à v«s ordres isoutntse.
Si vous me condamaet à ne jamais vous voir.
De vous désobâr je me £ais un devoir;
Quand la foudre en vos anains à m'écraser s^apprête.
Loin de m'y présenter , j^eu délôurtie ma tête ;
Mon cœur (pii, mal|^é vous, voadityit vous possédef >
Quand vous m'ôtei l'espoir, s\)bèline & le garder.
Yoilà du pur ^mour la sainte résistance ; Il veut ravir à Dîeu le ciel par violente ; Cherchant à s'assurer de son bonheur douteux , n redouble sa loi, ses teuvres et ses vœux, n voit Minive en pleurs , qui y par sa pénitence »
2aO POÉSIES FRANÇOISE»
Du Seigneur irrité révoque la sentence.
En yain , dans les frayeurs dont il est agité , Il 8è croit aux enfers déjà précipité ; . D'un noir pressentiment il'combat la réponse. Et s'oppose à Tarrét que son trouble prononce* Fuyons le calme affreux des mystiques abstraits , Dont la perte de Dieu ne peut troubler la paix ; Ce pur amour qui n'a que des suites impures. Qui fait en caressant de mortelles blessures ; Cet abîme caché sovs une onde qui dort Est le sentier fleuri qui conduit à la mort. On voit tomber du ciel les brillantes étoiles ; L'erreur met sur les yeux d'impénétrables voiles. On veut goûter en paix les faux plaiûrs des sens ; Pour les trouver plus doux, on les fait innocens. Tout ce que fait la chair l'esprit le désavoue , L'on met l'un dans les cieux et l'autre dans la boue ; On veut des mains de Dieu recevoir la liqueur Que verse Babylone au fon,d de nôtre cœur. Un dogme, malheureux par ses noirs «artifices Ouvre en guidant au ciel la porte à tous les vices , Commence par l'écrit et finit par l/ei chair. Tient un pied dans le ciel et l'autre' dans l'^ifer ; Fait dans la créature un n^on^trueux mélange De crime et de vertu , de la béte et de l'ange ; Se joue impunémient de la religion , Fait un mérite au cœur de son inaction : Abominable paix , léthargique indolence t Du Seigneur irrité la plus rude vengeance , Où le cœur , insensible à tous les coups du ciel > , Comme l'eau , des péchés ava)e tofxX. le fiel ;
' Eucerbavit Domioam pcccator , io ira saA non requirct.
Paix y par où Von amasse un trésor de colère i , Dont la douceur trompeuse est une absinthe amère s ; Où les pécheurs y plongés dans un affreux sommeil , Attendent de la mort le funeste réveil. Alors d'un Dieu vengeur étemelles victimes 3 , Comme des traits perçans ils sentiront leurs crimes , Et leur ver, endormi dans une affreuse paix , Revivra dans leur cceur pour n'y mourir jamais 4. Combien en voyons*nous qui, perdait leurs lumières , Se sont déshonorés par des chutes grossières ? Quel noir embrasement , allumé dans nos jours ,
Au centre de l'Église alloit prendre son cours ,
Si sur ces murs sacrés des surveiUans fidèles
N'en avoient étouffé les vives étincelles ?
Ce n'est point.ee beau feu dont vous avez, Seigneur,
Fait descendre du ciel la pure et sainte ardemr ;
C'est du démon impur la fournaise allumée
D'où nous voyons sortir une noire fumée ;
C'est ce feu dévorant à la vertu fatal ,
Et sous un peu de cendre un brasier infernal. L'âme , dans ses terreurs à l'espérance ouverte ,
Ni ne peut ni ne doit consentir à sa perte. ,
Loin de prêter l'oreille aux menaces de mort , 1
L'amour pur le^ rejette avec tout son effort. I
Détester du salut ce sacrifice énorme ,
C'est être moins à Dieu rebelle que conforme.
n veut notre bonheur ; un décret, étemel
Nous a tous renfermés dans son cœur paternel.
' Peccator eùm io profandmii Tenerit, contempit.
* Tbetaariaas tibi iram in die ir».
* In pace amaritado mea amarissima.
* Vernit eornin non moritnr. * * ^
992 POÉSISS FEANÇOISES
David 9 qui d'Ab»aloiL vwt épargner la vîe,
La ]|ii soi% par Jçab ave» doolenr ravie.
Âbsaloo , Abfal^ii , s'écrioil ce saint rai ,
Qui pourra me donner que je meure pour toi ?
Je vois donc iiomoler par une maûn cruelle
Ce fiUqw m*éuM cher^ tout ingrat et rebcflk.
Reconnois , 6 pecbeur ! dan& ce père affligé ,
Un Dieu p9r ta malice à te perdre obligé ;
A qui te4 senU pécbëa mettent en main les armes , '
Qui prit des yeux mortelrponr te donner des larmes ;
Qui , par un fils rebelle aux enfers condamné,
Yoit le prix de son sang à regret profané ;
Et qui pour l'arrêter, quand il couil à sa perte ,
Youdroit subir encor la mort qu'il a soufferte.
Israël t tH, te pçrds quand Dieu veut te sauver ;
Brisant des vases d'ire , il les vent conserver.
Nous savons son amour, nous ignorons sa bakie ;
Suivons dans nos désirs sa yokMité certaine ;
Quand du juge irrité nous enteiidons la voix 9
Fuyons d'un Dieu vengeur v«rs un Dieu mort en croix
De notre deniier sort vi^e heureuse igaeranee
Nous doit faire espérer contre tonte espérance.
Puisque Dieu ne veut pas la perte du pécheur, *
C'est vouloir ce qu'il veut que vouloir son benhevr.
Pourrai-je d'une main aux autdb consacrée
Toucher du roi David la harpe rév>érée ,
Et peindre dans bms vers les transports enflammés
Qu'en ses eantiqufs saints l'amotur pur a semés 7
On y voit de son cœur la sainte inquiétude ;
Ce ne sont que d^irs de la béatitude.
Il en trace à nos yeux les plus t9uchans portraits,
Et de son cœur de flamme il sq^t f^rtout de9 traits*
I>E rLiOlIlBR. %^'i
i^ c'est à toi d'ètte «n digne interprète Aux inoaYemais sacrés de ce dîtin prophète ; PrètottS ici roreiUiQ à ceux dont ]# fais cheîx , Et da parfait amour reconncMSSons la voix. Quand verrai-je s'euTrir les sacres tabernacles > Qui me fout espérer d'infaillibles oracles ? * O long bannissement, que tu me semble affreux > ! Quand fetee yons tomber les voiles tén<9Mreux ' Qui me couvrent, S^neur, votre beauté divine. De toutes leslieautét ^étemelle origine ? Qui donnera , Seigneur , pour seconder mes vœux 4 , Des ailes de colombe à mon cœur amoureux , Pour voler an sommet de la montagne sainte ? Loin de vous, A mon IMeu, je m^abreuve d'absinthe ; Je me nourrie d'un pain tout trempé de mes pleurs 5 ; Mes tristes jours ne sont qu'un tissu de douleurs ; Mon âme, dans mon corps désolée et captive 6 , Ne pousse qu'une voix gémissante et plaintive ; Je compte les momena d'un doulout eux exil ; J'attends que de mes jours la mevt truiehe le fil. En vain contre l'ennui qui fait couler mes larmes Dans les cantiques saints je crois trouver des charmes , Je ne saurois former que de lngpdi»rea sons;
" QaAm dilecta tabemacola taa, Domivt, vîitQ|iwial ç/^n/W^i^ cit et déficit j^oinm mM îq 9im pQinini* P4^ $.
* Heo mibi , quia incolatas meut proloogatns est ! Ps» 119. .
' ^tivit apima nieaj ad fQnUm vivuip qmmdo Tesiim st SjppsrslK»
an te fiiciem Dd ? Pt. 4i •
* Qnis mihi dabit pennat ncut columbe^ et ^oUbo? p4. 54*
' Fileront mihi lacrjmn nies pane* die ac npcte , dam dicitur , mihi obi eat Deos tu os? Ps, ^i»
* Qoare tristis es anima mea, et quare contarbas me? Spcra in
aa4 POÉSIES FRAKÇOISES
L'accent de mes soapirs éloaffe mes chansons ; Je ne sais que pleurer dans un lieu de misère. Habitant malheureux d'une terre étrangère, Je pleure sur les bords de ces fleuves impurs x Que Babylone voit couler entre ses murs ; Gomme un arbre planté sur ces désertes rives « , Je regarde couler leurs ondes fugitives ; Je porte jusqu'aux cieux mes verdoyans rameaux , Quand tout est entraîné par le courant des eaux. Je me souviens de vous, 6 ma chère patrie ! Belle Jérusalem , cité sainte et chérie , Gonunent puis-je chanter dans ma captivité ^ Le cantique étemel de l'immortalité?
O céleste Sion, c'est toi que je contemple 4 ! Loin de tes murs sacrés , je regarde ton temple ; Les vœux impatie&s de mon ardent amour M'élèvent à toute heure à tan divin séjour. Quand verrai-je tomber le mur qui m'en sépare? Inutiles désirs où mon âme s'égare , Aveugles mouvemens de ma cupidité 5 , Ah ! cesseï de courir après la vanité.
* In talicibos suapeiidiniai oi^na uortrt* Ps. 1 36.
Super flunioa B«1^oni% illic sedimas et flevimns dam reoordarenrar tut Sion. Ps, i36.
* Tanquam lignum qaod plantatum est secàs decurs08>aqaaram. Ps. I.
* Qaomod^ cantabimas canticum Domini in teifâ aliéna ? memor ero tat de terrft Jôrdanis. Ps, i36.
4 Bbec recordatus sam et effadi in me animam meam qnoniam Cransîbo in locum tabemaculi admirabilis usque ad domum lèid.
* Utquid dilîgitis vauitatem et quKfitis mendacium. Ps. 117.
Je ne veux demander au Seigneur qu'une grAce f ;
Heureux dans sa maison si je trouve une plaoç I
Non j de vous , 6 mon Dieu , je ne veux rien q«e vous ;
Assures-vous d'un cœur dont Vous êtes jaljouji y
Et ne permettez pas qu'incertain et volage ,
n quitte un vrai bonheur pour en suivre Timage.
Tel qu'un d^rt aride , ouvrant son large sein s ,
Demande la rosée au ciel toujours d'airain ,
Et qu'un cer£ altéré pour les ondes soupire 3 ^
Ainsi, Seigneur, ainai mon âme vous désire.
Est-ce là cet amour délicat et craintif.
Qu'en des liens étroits oa veut tenir captif,
Et qui , sans action, sans vceux , sans espérance ,
Est moins ua feu sacré qu'une froide indolence ;
Cet amour inconnu , qui, par de vains efforts ,
S'attache à la beauté qui cause ses transports ,
Et qui , se repaissant d'une vaine chimère ,
Craint d'un uctAe intérêt la tache imaginaire ?
C'est un amour qui tend à la possession ,
Qui brûle d'arriver à la sainte Sion ,
Qui dans le sein de Dieu rapidement s'élance ,
Et qui par ses transports marque sa violence.
David , ce saint prophète et ce parfait amant,
' Unam petii à. Domino hanc requiram , ut inhabitem in domo Domini omniboft diebua vit» mute, Ps, ai.
* Sitivit anima meaad Denm vivam. Ps. ^i. Anima mea dcat ttrra tioe aquA tibi. Ps, t^^,
Sttio in pérégrinations, sitio in cnna, Mtiabor in advetttu. Au^.
* Qiiemadmodùm denderat oervns ad footae aqnanrm , ita desîdetat anima mea ad te , Deus. Ps, 4î •
Qui est nt cerma, non fit tardas in currendo.' Impigrc, currej impigre, desidera fontem. -^ug*
2a6 POÉSIES FRÀKÇOISES
Ignoroit de Tamoiir Le faux raiBnemeitt ; S'ileneût pénétré le dâBgefeux mystère, ^
Dans ses paumes divins aurok-*il pa s'en taire ? Quand il nous peint le ciel des plus vives coulears, Défend-il à l'amour d'en ^chercber les douceurs ? Cité sainte , de. toi l'on nous dît des merveilles * Qui n'ont jamais frappé les yeux ni les oreilles ; Il ne croit point d'i^pine au milieu de tes fleurs ; Tes heureux haUtans ae versent point de pleurs a ; D'un vin délicieux leur trcnqpe est enitroe $ De tous soins, de tous maux leur âme est délivrée; Ils désirent sans cesse et possèdent toujours ; La source de leur joie ea entretieot ]e cours 3 ; Le torrent des plaisirs qui 4oule dans leur Ame En éteignant leur soif en rallume la iamme \ tJn banquet merveilleux où l'on a toujours faim 4 , Une paix san^ alaroie, une gloire sans fin , Un printemps étemel, un soleil sans nuage 5 , Sont de ce règne heureux le tran^Ue héritage. Ainsi , pendant le cours d'un exil ernuyieux , Augustin sur la terre s^vpit son çqsur aux eienx. Honteux d'avoir brûlé pour des heautéamoadaînea Dont la grâce en son c^ur avp|t brîsé les chaînes > Ce mortel séraphin , par ces touchans tableaux ,
' Gloriosa dicta sunt de te, civîtas Dei* i?ji« 66.
* Absterget Deus omirem ImwfpmmA oeuliteonnn. ^péo. 7.
* Apud Deum est fdp» TiUé et îniioolbîlie, fous eut fonte Iteuriendo n^s interior in^rdeçeit* D> -^^fttg' in A* 4'-
4 In domo. DfiJL festiYÎItfB tempifterBS atf ^ laitîtîii eîne defiaotu , et dies illic festus iu eat , ut nec «perUtjHr iditiio, nec fine dàndaTiir.
* Non etit amplius neque frigus neqqe asUiia. id.
DE FLÂCHIER. tk^'j
Excjtoit dans son ccear des mouvemens nouveaux; ^
Et, d'un style embrasé de ces flamn^es si belles,
n en semoit partout les vives étincelles.
Quels vœux impatiens , quek désirs redoublés
De posséder en Dieu tous les biens rassemblés !
Craint-il , en s'animant par ces vives peintures ,
De mêler quelque tache à des ardeurs si pux^s ?
Seigneur, dans votre gloire il ne vous peint si beau
Qoe pour mieux de l'amour épurer le flambeau ;
Ses souhaits empressés sont la subtile flamme
Du céleste brasier allumé dans son âme.
Loin du rqpos fatal d'un sacHfice affreux
Que veut d'un faux amour le dogme dangereux ,
n ne vous croit aimer qu'autant qu'il vous désire ;
Dans son cœur gémissant la colombe soupire ;
n le redit cent fois , inquiet , agité,
Vous êtes seul son centre et sa félicité ;
Du vrai , du beau , du bon , il cherche en vous la source ;
S<Mi amour est son poids , son amour est sa course ;
Chaque instant de sa vie est un pas vers son Dieu ;
n le cherche sans cesse ,'il y pense en tout lieu ;
Ses désirs sont pour lui d'invincibles échelles ,
Et lui donnent des pieds , des rames et des ailes.
Votre beauté, Seigneur, peinte de toutes parts < ,
Allume mes désirs en frappant mes rega^^ds.
Cette terre maudite en épines féconde y
Ce gouffre de péchés où s'abtme le monde ;
Du ûèck qui s'enfuit le rapide torrent ,
Dana ses dérirt sané fin lltomme todjôuf!^ errant ,
Ses soupirs inquiets, ses plaintes éternelles ,
Toutes ses passions à sa raison rebelles ,
■ Haec miror, h«c laudo, sed eam qui fecit haec sitio.'I>. Aug,
Tous ses plaisirs semés d'amertume et de fiel ,
Par un chemin affreux le ramènent au ciel.
Éprouvant des saisons les diverses injures ,
Se voyant tout couvert de mortelles blessures ,
Il voit que par la cbair l'esprit appesanti i
Tel de la main de Dieu ne peut être sorti.
A ces signes honteux il se connoit coupable ;
Il se sent criminel , se sentant misérable ,
Et voit par son malheur de quel .rang descendu
Ce qu'il doit rechercher par ce qu'il a perdu.
Il gémit des péchés dont le funeste ouvrage a
A de son Créateur défiguré l'image ;
Attendant que ses traits en son âme effacés
Soient par son Rédempteur dans le ciel retracés.
Heureux , qui de la foi prenant en main les armes y
Soupirant pour le ciel dans ce séjour de larmes ,
De vertus en vertus y par d'éclatans degrés 3 ,
Monte jusqu'au sommet de ces palais sacrés I
Loin du monde et du bruit y dans ce profond silence
Qui fait des passions taire la violence ,
Par le charme divin d'un son mélodieux 4 y
L'âme se sent conduite à la porte des cieux ;
* Sab hâc came mortali , laboriosâ peccatrice , molestiis et scan dalis plenâ , èonoupiscentiis obnoziâ, damnatio qùaedam est de jadicio too , qaia diristi peccatori : Morte morieris. Aug» in Ps. ^i.
* Primitias spiritûs habentes, in nobismetipsis ingemiscimus adoplionemexfpectantes, redemptionem corporis nostri. Roman. 8.
' Atcenûones in corde suo disposait^ in valle lacrT-narum.... ibnnt de virtate yi virtntenii videbitar Deos deorum in Sion. i>j. i3.
4 De îUâ «temâ felicitate sonat nescio quid sonorum et dulce «uriboa cordis, si non pentrepat mondas. Z>. Aug, in P*. 4-
DE FLÉC01ER. 229
D'un câeste concert la douceur infinie j , Je ne sais quels accens d'une sainte harmonie , Passant comme un éclair qu W voit s'évanouir > , Ne laissent dans le cœur que la soif d'en jouir ; Ces gouttes de rosée en font chercher la source , L'âme \eut s'y plonger à la fin de sa course. Pleins de ce doux espoir, mille illustres amans , Se sont ouvert le ciel par l'effort des tourmens. . . .
Etienne ^ dont jadis l'héroïque ferveur Mêla presque son sang à celui du Sauveur 3 , A w les deux ouverts , et Jésus dans sa gloire Offrant à ses regards le prix de sa victoire. Ignace , saint évéque et martyr glorieux , Quand il entend rugir les lions furieux 4 9 Se livre tout entier aux trimsports de la joie ; Son cœur, impatient d'en devenir la proie , Ne Toit dans leur fureur que l'étemel éclat Dont il va se couvrir dansxe dernier combat. Je suis le pur faonient, dit-il j et mt>n envie 5 Est de me voir moulu pour être un pain de vie. Quand verrai-je approcher les lions et les ours 6?
' Aadito quodain interiore sono , ductus dulcedine, sequens quod sanidiftt, abgtrabens se ab omni strepitu carois et. saDguiuis , perreoit asqnead domumDeî. Aug,
* SaDgQÎiiein saom in aaDguine Christi fudit. D. Chrisol,
' Stephanus vidit cœlos apertos et Jesum stantem à deitris Dei.
4 Cùmque damnatus esset ad bestias , et ardore patieodi rugientcs aadiret Icônes , ait.
' Frumentum Christi suni , dentibua bestiarum molar , ut panis mandos tnveniar.
* Utinaiii fruar bestiis qun mibi auat praparata) ! quas et oro miht veloces csso ad interitum et ad supplicia , et allici ad comedca*-
23a POÉSIES FRANÇOISES
Ah I je crains qu'à mes vœux insensibles et sourds ,
Leur docile fureur, retardant mon supplice ,
Par un charme divia pour moi ne s.'adoucisse y
Comme on les voit souvent, en terre prosternés j
Baiser les sacres' corps des martyrs condamnés.
Tenez, apprpche^vous, monstres épouvantables M
Les plus cruels pour moi seront les plus aimables.
Que Tappareil affreux de la flamme et du fer.
Et de tous les tyrans inspirés par Tenfer,
Démembre tout mou corps, le brûle et le déchire ;
Heureux si je jouis de Dieu que je désire !
De la soif des tourmens le martyr altéré
De tout propre intérêt s'çtoit-il épuré?
Et quand du ciel d'avance il goutoît les délices ,
En faisoit-il h Dieu de secrets sacrifices?
O précieuse mort, dont le cie\ est le prix I
S'écrioit Cypriçm dans ses divins écrits.
Qui, des chrétiens d'Afrique animant le courage ,
Peuplèrent de martyrs l'Eglise de Carth^e !
Heureux saints que l'Agneau d^os sou sang a blanchis,
Qui de la loi du crime à jamais affranchis,
Remportant sur l'enfer une victoire entière ,
S'ouvrent jusques au ciel un sentier de lumière ,
Mettent en sûreté ces trésors précieux
Qu'en des vases d'argile ont renfermés les cieux.
Et trouvent dans la mort une heureuse impuissance
De se perdre aux écueils où périt l'ignorance!
dom me, ne ricut et alioram non audeant corpus attioger». Hierom^hb. de Seript, œeUs.
' IgniSy crax, bestial, confractio ossiam , iBembronim divirio , et totioi oorporis oontritio, et totatonaeati^diajMUiAiBe Teniaot , tantùm ut Christo fruar.
DE FLÉCHIER. 23l
Quelle force divine aniinoit ces héros?
Qui leur ^faisoit braver l'appareil des bourreaux ?
Qui les combloit de joie au milieu des supplices,
Sinon Tardent désir des célestes délices?
Quand ils sentoient brîser les liens de leurs corps,
Que du sacré rivage ils aUeignoient les bords p
Et qu'ils voyoient s'ouvrir les portes éternelles,
D'un héroïque amour victimes itnmorteUès ,
Tenant presque à la main la palme des martyrs,
Dans ces heureux momeus étoient-ils sans désirs?
Ils donnoient de l'amour la plus illustre preuve ,
Ik se purifioient dans la dernière epreuve^;
Mais cet amour, en eux craignant de se somller,
D'un intérêt divin pul41 se d^ouiller?
Perdoient-ik quelque prix des tortures souffertes ?»• . .
L'amour les rendoit-il alors indifférens
Pour des biens qui briUoient à leurs regards uioumns ?
Et fermoient-ils les yeux aux riches récompenses
Qui 9 dans les cîeux ouverts , Sattoient leui^s espérances ?
Raffinement abstrait, trompeuse illusion,
Qui fait d'un saint désir une imperfection.
La nef qui feud^les flots d*ùnÊ penchante rive
Du cœur fait pour le ciel est uue image vive ;
Le secret mouvement qui vers Dieu le conduit
Est le courant des eaux que le navire suit ;
L'amour pur lui fournit des voiles et des rames ;
Ses désirs sont ks venis qui font mouvoir les âmes;^
Mais le vaisseau , poussé par ce divin secours ,
Suit encore du fleuve et la pente et le cours.
L'amour qu'allume en lui la grâce U plus forte
N'6te pas le penchant qui vers le ciel le porte ;
Gomme ils viennent tous deux d'un principe divin ,,
333 POÉSIES FHÂIIÇOISBS
Ils tendent Tun et l'autre à leur commune fin. L'Esprit-Saint par la grâce élève la nature ; La flamme purge l'or d'une matière impure; Mais ce grossier limon, dont Dieu nous a formés y Retient toujours lés traits par son doigt imprimés. Rien ne peut emporter l'inefFaçaMe empreinte De ces traits immortels où son image est peinte ; Sa prodigue bonté, mukipliant ses dons , N'6te pas les premiers en faisant les seconds. Le désir d'être heureux vient de sa main divine^ Et doit être étemel comme son origine.
Ce penchant naturel à la félicité Est un rayon tout pur de la Divinité.
Un faux système en vain veut qu'on le sacrifie ; L'amour l'accrott en vous quand il le purifie. Plus la flamme céleste a de subtilité, Plus elle a dans nos cœurs de prompte activité. Cessez donc de troubler le repos des fidèles , Fantôme lumineux de doctrines nouvelles , Vains et foibles roseaux, prophètes inconstans. Au gré des vents divers agités et flottans ; Sous un pompeux amas de brillantes paroles , Yous déguises en vain vos maximes frivoles. Nous voyons le serpent sous ces belles couleurs Qui cache son poison parmi l'émail des fleurs ; Et de la vérité les organes célèbres Frappent de toutes parts cette œuvre de ténèbres. Que ne doit point l'Église à ces dignes prélats Qui signalent leur zèle en ces savans combats? O Seigneur ! c'est à toi d'achever ton ouvrage : D'une naissante erreur dissipe le nuage ; Fais que d'un feu sacré les divines ardeurs
Ëclaireut nos esprits en embrasant nos cœurs ; Toî-méme de l'amour apprends-nous la science > y Et nous rends éclaira par notre expérience !