‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 42 sur 292 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LE QUIÉTISME

CLARICE, guiétiste; FLAVIE, nouveïie convertie»

CLARICE

Ah ! ne méprisez pas ce langage sublime Par qui dévotement le pur amour s'exprime.

DE PLÉCHIER. 2^3

Ces termes si touchaos , si teadres et si doax , Qui furent inventés aux noces de l'Epoux , Servent de fondement aux grâces extatiques , Et sont comme la clef des vérités mystiques.

Non , je n'approuve point ce langage amoureux , Ces unions, ces airs passifs et langoureux j\ Ces cœurs qu'anéantit l'amoiu' qui les enflainme , Tous ces embrassemens, tous ces baisers de l'âme , Ces durables ardeurs , ces tranquilles plaisirs , Cet amour jouissant qui n'a plus de désirs , Ces tendres entretiens , ces douceurs conjugales , Cet heureux appareil de fêtes nuptiales ^ Cette stabilité d'aimer et d'être aimé.

Ce mariage eu6n complet et consommé.

Ce style composé d'expressions mondaines , Et de comparaisons des passions humaines , Madame , convient -il à votre piété ?

CLARICE

Il n'a rien qui ne soit pr<^re à la charité. Comme l'amour humain » l'amour divin s'explique ; N'avez-vous jamais lu dans le sacré cantique Ces tendres sentimens et ces tendres discours, D'où l'Église a tiré , dans ses chastes amours , Des saintes unions les images parfaites ?

De cet écrit divin, profanes interprètes ,

Gardons-nous d'usurper, par une folle erreur ,

Ce que s'est réservé l'épouse du Seigneur.

Pour moi , qui prétends suivre une règle plus sure ,

Je n'ose de ce livre essayer la lecture,

Sachant que les décrets des coixclles prudens Ne la pertnettoieptpa» jadis aux jeunes gens»

CLARICE

Tous condamnez , madame , et vous osez le dire y

Ce que l'Eglise approuve et que le ciel inspire.

Vous ne concevez pas dans ces expressions

Le sens spiritAel de nos affections.

Lorsque le ciâ s'élève et va jusqu'à Dieu même ,

Il faut moins regarder l'amour que ce qu'on aime ,

Le mot le plus commun devient mystérieux ,

Le profane devient chaste et religieux y

La fin les ennoblit , l'objet les purifie;

Ces paroles enfin sont paroles de vie.

Tout ce qui tend à Dieu doit être respecté ,

C'est ce culte d'amour qui fait la piété ;

Cette union intime et sainte , où se consomme

Dans la grandeur de Dieu la pureté de l'homme ;

Ces baisers où l'esprit , dans un état parfait ,

S'exhale tout entier dans celui qui l'a fait ;

Ces inclinations et ces correspondances

Où l'âme embrasse Dieu de toutes ses puissances ;

Cette couche mystique où l'épouse et l'époux

Font , parmi les plaisirs les plus purs , les plus doux »

Dans les sacres liens ou l'amour les engage ,

La consommation du chaste mariage ;

Où l'âme dans le sein de la Divinité

Consacre son amour, sa foi , sa liberté.

Ce langage divin peutr-il vous satisfaire ?

TLAVIE.

Vous avez beau , madame , y mettre du mystère , Je lis avec ennui , j'éconte avec dédain

OK FLÉGHIKR.

Ce langage amoirreiÉx trop semblabU au mondani.

Le serpent est eacfaé sotis tes hetbes fiattrks.

La nature est tirop ^vè en ces aHégari«s,

Et ces expressions d'un aiitottr muluel

Ne portent pas toujours^ a(a 9ens ^irituel;

La pudeur, ce me semble , e^i est un peu Ussséé,

La parole sourent eututinei la pensée . .

Et le cœur inquiet , ^qu'on règle comme oi» peut,

Ne tourne pas tocije«r»4|t cdté que ron.Tymt» .

Ces termes hérisses d'épineuiie» idées , * .

Sur lesqueb iButefoia rm vertus jottt f ond^ ,

Sacrés, si youà vonk», mai» pleins de pasakw

Me portent pas le monde à la défo4i«n.

etiRicÊ.

Noas parlons comme font les personnes pleures.

Et quelquefois aussi comme les précieuses.

CtAaiCE.

Ce qu'on pense, nuuiattie, élève ce qu'on dfti.

' FLAiXE.

Et ces fades douceurs amollissent Vesprît. L'amour divin s'exprime en paroles discrètes, Et ne se traite pas comme des amourettes; Faut-il , pour expliquer Ta sainte çliaiît'é, Emprunter le jargon de là cupidité?

On doit bon^n*^ Dieu d'uYï cùHe raifonnable , Se faire un art d'aH&eriiui lerif^soitéenvenable, Purifier du feu d'ikM êitf'me ardeur , ^' ' Quand on parle de lui , se» lèvres et sou cœur ; Et, pour représes4iQrses fav^MirB'inf^isirhles ,.

S*élever au^destos des image» sensibles.

A quoi bon cet lieilteiû( et tetidre attachement

De l'épouse à l'époux » de l'amante à limant,

Ces caresses surtout, ce-lit, ce mariage?

Est^e là le vrai tour du céleste langage?

A force dVzpliquer Tamôur à votre gré,

De mêler le profane avecqne le $>cré^

Et de parler de l'an «omme on parle de l'autre ,

On ne sait presque plus q^el ameitr est le vâtre :

Ce style inusité ne peut s'autoriser.

Et, croyex-moi, madame , on peut en abuser.

Par l'époux quelquefois une jeune mystique

Entend un autre épouK que celui du cantique,

N'exclut pas comme vous tout objet corporel ;

Et , suivant en secret son penchant naturel

Qui fait naître en son cœur une indiscrète flamme ,

Ne s'en tient pas toujours aux tendresses de l'âme.

CLARICC.

Laissez là ces abus que vous vous figurez , Et ne condamnes pas ce que vous ignorez. Dieu parle ainsi lui-même à l'épouse fidèle. Il la regarda , il l'aime , il s'unit avec elle -, Il la déclare aimable et sans tache à ses yeux, La comble de ses dons les plus délicieux , Et dit en l'embrassant , dans sa divine essence , C'est en vous que j'ai mis toute ma complaisance.

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