CI.ABICE
Non , cette impureté doiàt vi^tre ame est-Uesta» M'est pas dans nos*dUcoMrs, mais dani r9lfû-^fêo»ée ;. Ces termes nalurels dont vous .vous défiex.
DE FLâCHIER. ^jg
Le feu du saint amoaf les à porifiiâi;
Ce son! des fleurs qu'on cueille au jardin du cantique
Pour la célébrité de l'union mystique.
O^i , lorsque l'Esprit-Saint nous fait dans nos écrits
Parler d'actes directs, et d'actes réfléchis,
Des vertus qu'on approuve , ou des excès qu'on blâme,
Et des tranquUlités ou des troubles de l'âme ;
Quand nous traçons le plan de notre état passif ,
Nous usons d'un langage et plus mâle et plus vif,
Nos termes sont choisis , et nos raisons fondées
Sur la sidilimite de nos saintes idées ;
Nous savons ennoblir l'oraison de repos ,
Exprimer ses effets ; et donnant à propos ,
Dans nos raisonnemens et dans nos paraboles ,
De la grandeur au sena et du pokk aux paroles ,
Jeter dans nos discours, remplis de gravité,
Une mystérieuse et noble obscurité.
Nous connoissons assez cette haute éloquence Où le contemplatif, enflé de sa science , Produit dans ses écrits aux peuples ignorans , Sons des termes obscurs, d'impénétrables sens.
clakice.
Rien ne vous satisfait, tout vous choque , madame. Voulons-nous exprimer les tendresses de l'âme. Nous sommes indiscrets , profanes et mondains. Voulons-nous expliquer les maximes des saints , Et du simple regard les vertus admirables. Nous sommes affectés , obscurs , impénétrables ; Toute votre raison se tourne contre nous , Le langage dévot est un jargon pour vous.
28o POÉSJES FRANÇOISES
Où TOUS trouvez y par haine où par' délicatesse ^ Tantôt tix>p de douceur, tantôt trop de rudesse.
Il est vrai, je ne puis vous le dissimuler, Je n'ai jamais aimé ces façons de parler; L'un et l'autre langage à mon sens est bizarre : L*un est trop natiu-el, et l'autre trop barbare ; L'un a trop de fumée , et l'autre trop de feu ; L'un s'entend' un peu trop , l'autre s'entend trop peu; Vos dévots sontrils faits autrement que les nôtres? Et que ne parlent->ils comme parlent les autres ?
CLARICE
Le contemplatif sent et comprend ce qu'il dit ;
Mais la chair n'entend pas la langue de l'esprit.
Ah ! que ne pouvez • vous vous élever , madame ,
Au sommet de l'esprit^ dans le donjxm de l'âme,
Et là, dans une sainte insensibilité,
Voir sous ces mots obscurs luire la vérité!
Là, dans l'être divin toute déifiée ,
Vide du monde entier, et désappropriée ,
Une âme s'enveloppe en son état passif.
Et , sans pouvoir produire un acte discursif.
Des objets d'ici-bas arrête l'imposture,
Et de ses faoukés serre la ligature.
L'entendement n'admet dans ce repos centrai
Rien qui soit aperçu, rien qui soit nominal,
Nulle opération d'effort ou d'industrie.
Suppression de vœux , extinction de vie,
Du corps d'avec l'esprit séparabilité,
Surtout exclusion de mercenarité :
Voilà comme on s'exprime en langage mystique.
DE FtÉCHIfiR. 'xSl
€e sont donc là les fleurs de YOtre rhétorique, Madame? '
CLARICE
Vous sentez à chaque expression Je ne sais quelle grâce et quelle impression Qui délecte le coeur, et qui flatte ToreiUe.
FLATIE.
Ce discoui'S ténébreux n'a rien qui me réveille.
CLARICE
Que ne puis-je éclairer votre esprit obscurci ! Si les anges parloient , ils parleroient ainsi. Rien de plus efficace à qui sait le comprendre.
FLAYIE.
Mais on ne parle enfln .que pour se faire entendre. Faut--il , pour amuser des esprits prévenus, Donner à la vertu tant de noms inconnus? Une religion n'est pas toute mystère ; Pour chacun de vos mots il faut un commentaire ; A force de cacher la sagesse , on la perd ; Toujours la vérité se montre à découvert. Ces propos raffinés, ces phrases emphatiques, Qui peuvent convenir à vos grandes pratiques, N'ont point de convenance et de relation A la simplicité de la dévotion:
' CLARICE
Laissez^nous dans l'état où nous voulons bien être , Et conjures le ciel de vous faire connottre L'énergique vertu des termes pleins d'attraits « Où sont enveloppés les mystiques secrets ,
adu POÉSIES FRAIfÇOfSES DE FLÊGHIER.
Qui donnent de notre art la connoissance entière.
FLAVIB.
Il faudroitdonc avoir, madame, un Furetière,
Qui de votre jargon fît un volume à part,
Et nous de'veloppât tout le fin de votre art.
Croyez-moi , laissez là vos fadeurs, vos enflures,
Conformez votre style aux saintes Ecritures ;
Joignez-y la prudence avec la netteté,
Il faut sur le boa sens régler la piété ,
Traiter l'amour de Dieu d'une manière chaste ,
Expliquer l'oraison sans finesse et sans faste ;
Et , pour apprendre au mbnde à vivre saintement,
Parler et raitonner intelligiblement.
sum LES DIFFÉRENS CARACTÈRES
DkS HOaiMES.