SIXIÈME DISCOURS
IL EST PLUS CtORIBUX DB MOOKIK SUH LA BBicRB , Elf COHBATTART PO0K LA PATBIB, QDB D'BXPIBBB IVB LA TBIBIIRB EU FABLART
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ESSIEURS.
La ville de Mantoue représentoit autrefois de fort bonne grâce deux de ses illustres citoyens. Elle leur
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avoil lait dresser des statues où Fart avoit employé toas ses soins , et où une Renommée volante , avec une couronae en main , portoit cette inscription : Ctd daho? 11 me semble que la même chose arrive aujourd'hui, et que cette savante académie nous met une couronna en main pour honorer un orateur glorieux, ou un illustre capitaine. J'avoue que j'ai longtemps hésité , et que j'ai dit plusieurs fois , lequel des deux faut -il couronner?
On nous les représente tous deux dans un glorieiix empressement. L'un parle , Tautre agit pour sa patrie -, l'un meurt sur la tribune , l'autre sur la brèche -, et tous deux semblent triompher également. Mais, après avoir pesé les raisons qu'on peut alléguer pour l'an et pour l'autre , j'ai cru qu'il ÊiUoit courpnner le brave qui meurt en combattant pour la défense de son pays.
En effet, quelle gloire est celle d'un orateur qui meurt dans la tribune ? je veux qu'il ait ému tout son auditoire , qu'il ait fait de belles leçons de morale ou de politique , qu'il ait parlé comme un Socrate ou comme un Démosthène. Quelle merveille a-t-il fait? U a parlé. Voulez-vous que je vous représente cette l)ellemort? Prenez garde, messieurs, il déclame une harangue étudiée , et je ne sais par quel accident une petite défaillance surprend son cœur délicat (car vous saTez , messieurs , que ces beaux discours ont ordinairement le cœur tendre , et qu'un peu de lâcheté ne leur sied pas msX) ^ il entrecoupe son discours , il fait un petit soupir, il expire en faisant un geste , il
meurt la bouche encore demi ouverte. N^est-ce pas mourir bien glorieusement? Peut-âtre pousse-t-il encore un hélas ! pour faire en mourant une figure d^exclamation. 11 tombe sur la tribune tout doucement , et sa pauvre rhétorique avec lui. Voilà ce qui s'appelle mourir en déclamateur ; ce 6ont de ces belles morts rhétoriciennes et figurées. Je suis d'avis qu^on lut dresse des statues parlantes d'après nature , qu'on écrive au-dessous, en lettres d'or, son dernier hélas , et que tous les déclamateurs prennent le grand deuil.
Mais un capitaine est quelque chose de plus honorable qu'un harangueur; une brèche est un plus beau théâtre d'honneur qu'une tribune ; une blessure reçue pour la patrie parle mieux que toutes les langues des orateurs , et un Ajax qui soutient et qui repousse les ennemis vaut mieux à mon avis que cent Thersitôs qui se tuent à exhorter les peuples. Que j'ai de plaisir à me figurer un de ces braves sur une brèche ! 11 me semble que je le vois comme un Léonidas dans le détroit des Thermopyles; il est animé de tous les sentimens de la gloire ] il regarde la brèche comme un beau théâtre de sa valeur , ou comme un honorable sépulcre ; il se résout de sauver sa patrie , ou de mourir sur ses ruines ; il défend et il anime ses compagnons ; il fait de son corps comme un rempart vivant , et vous diriez qu'il est le bouclier animé de ses concitoyens ^ couvert d'une honorable poussière , affaibli par cent glorieuses blessures, tout teint qu'il est de son propre sang , il donne encore mille morts*,
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il attaque même iorsqa'il ne peat plus se défendre -, il se soutient des dards qui le percent \ il ferme la brèche avec son corps mourant , et après mille beauK exploits , lassé qu'il est de tant de victoires , il tombe encore fièrement sur les débxîs de sa patrie , dont il semble, tout fQort qu'il est, menacer les ennemis. Ce sont ces héros qu'il faut couronner après leur mort*, c'est pour eux qu'on a trouvé l'art des statues \ il faut que tous les citoyens en aient des portraits , et qu'on loi dresse cent mausolées. Ce qui me fait conclure qu'il est plus glorieux d'expirer sur la brèche, en combattant pour la patrie , que de mourir sur la tribune en parlant pour le public.