‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 79 sur 292 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

DE PIBTK, A M. DB miCHBHORT, 80B 81 MALADIE.

Je viens, de recevoir votre lettre , monsieur, quoiqu'elle soit dat/ée du a3[ de septembre. Que je vous, plains » et quelle satisfaction seroit-rce pour moi si j'ëtois assez près de vous pour vous aller consoler dans les maux que vous souffrez depuis si long-temps ! Jen suis, tottt-à-fait touche, et je prie Notre- Seigneur qu'il cesse d'appesantir sa main sur vous , et qu'il ne permette pas que vos souffrances soient au-dessus de vos forces. Si nous avions la foi bien vive , notre patience seroit aussi bien forte ^ mais tout est infirme en nous , et le corps qui se corrompt affoiblit l'âaie ^ c'est ce qui me fait compatir encore, davantage à votre maladie si opiniâtre, et par conséquent si fatigante. La relation que vous m'en faites m'afHige ; mais la soumission que vous avez pour la volonté de Dieu sur vous , quoiqae rigoureuse , m'édifie. J'ai toujours reconnu en vous un fond de raison et de probité qui m'a fait espérer que Dieu vous feroi^ part de ses grandes miséricordes. Il veut peut-être vous détacher entièrement du monde par les amertumes qu'il vous y fait trouver,. L'épreute lest un peu rude , mais il n'en falloit peut-être pas moins peur votre sanctification. Vous prenez vos maux , grâce à Dieu ,

en esprit de pénitence , et c est déjà un grand bieit pour vous. J'espère que Dieu tirera tout le fruit qu'il prétend tirer du bon usage de la tribulation qu'il vous envoie , et qu'après vous avoir fait souffrir il vous consolera lui-même. Les saisons changerontpour vous y et vous reprendrez votre santé pour l'employer au service de celui qui vous l'aura donnée. Je vois bien que ce qui fait votre plus grande douleur, c'est eelle qu'ont madame votre femme et vos enfans de vous voir en ce pitoyable état. Je connois leur tendresse pour vous , et je ne doute pas qu'ils ne vous rendent tous les offices de charité que la nature et la religion exigent d'eux. Je prends part à leur âf&iction, et je souhaite que le ciel exauce les vœux qu'ils font pour vous. Nos nouveaux convertis ne valent guère mieux que le» vôtres ; ils ont plus besoin de prières que d'instruetions ^ car ils n'écoutent que les noavettes de Hollande ou d'Angleterre... Donnez-moi, je vous prie , de vos nouvelles , et croyez-moi , avec toute la tendresse et la pitié possibles, monsieur, votre, etc.

ANismes, ce i5 octobre, 1689.

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