‹ Œuvres complètes de Fléchier, avec une notice du discours préliminaire sur la vie et les ouvrages de ce célèbre orateurChapitre 87 sur 292 · LETTRE XXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXII

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Votre lettre, monsieur, est arrivée aussitôt que moi, et j'ai reçu avec beaucoup de plaisir les marques de votre souvenir et de votre amitié. J'avois fait mou

DE FLÉCHiEA. - 35

vojage par un fort beaa temps et sans accident , jusqu'à la dernière joi^rnée. J'allai débarquer à Beaucaire à quatre lieues de Misraes , après avoir été trois jours sur le Rhône. La bàrqae de Hiofi équipage venoit après moi à Tentrëe de la nuit ; et , soit que le patron fût ivre , soit qu'il n'eut pas bien pris $a route , il fut etflraîné par le cours de l'eau de cette jrivière que les pluies avoient notablement grossie ce jour-lS , et je le vis faire naufrage au port. La barque alla donner contre le pont, et se fracassa. Vous jugez bien quel spectacle ce fut. Cependant tous les gens eurent Je temps de se sauver, et onze chevaux s'ëlant jetés dans l'eau , malgré la largeBr et la rapidité du fleuve , gagnèrent tous les bords, à la faveur des feux qu'on y avoit fait allumer aux endroits où ils pouvoient prendre port. Mon carrosse même avoît été lié avec des cordes et presque élevé sur le pont ; mais quelques-UQS de ceux qui le tiroient ayant lâché les cordes, .il tomba dans le fond de l'eau et se perdit. Je viens d'apprendre qu'on l'ar péché , et qu'on Fa retiré en partie , le train encore entier , et les glaces même entières; mais rimpériale brisée et le reste bien fra^ cassé et bien bourbeux. On dit que j'ai couru moi^- .méme un grand danger, mais je n'en sais rien. Voilà , monsieur , le récit de mon naufrage. Si l'on tous mande que je suis noyé , n'en croyez rien , et laisses demander mon évéché à ceux qui le croiront vacant. Aime2-moi toujours , domme votre , etc.

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