POUR LE DRAPEAU
Tu vis dans tous les cœurs, amour de la pairie [
Après quarante-huit, au fond de l'Algérie, En plein désert, devant les gorges de l'Atla.s, Des insurgés de juin, — des coupables, hélas! Mais des Français, — courbés sous un labeur servilc, Expiaient les malheurs de la guerre civile, Gardés par des soldats, par des Français coramt; cu\ Et là, tous, l'orateur de clubs jadis fameux. L'envieux déclassé, l'utopiste sincère, L'bonnéte travailleur gâté par la misère.
Tous, braves gens trompés ou sinistres voyoll^, Ils remuaient la terre et cassaient des cailloux.
Ce lieu farouche était bien choisi pour un bagne. D'un côté, le désert; de l'autre, la montagne; Çà et là, seulement quelques dattiers poudreux; £t, brûlante prison qui, sur ces malheureux.
Gardiens et prisonniers, la nuit, devait se clore, Un blockhaus sur lequel le drapeau tricolore Se déroulait au vent, dans l'azur infini.
Ce fort, assez peu sûr, mais pourtant bien garni De riz et de biscuits, d'armes et de cartouches. Avec ses deux canons montrantleurs sombres bouches. Dressait sur l'horizon son profil menaçant.
Les soldats étaient trente, et les déportés cent.
Un jour, à l'heure où l'aube, en déchirant ses voiles,
Fait taire les lions et pâlir les étoiles.
Et comme les soldats allaient, fusils chargés.
Conduire à leur travail les anciens insurgés,
Tout à coup, s'élançant des ravins les plus proches.
Blancs fantômes surgis au loin parmi les roches.
En long burnous, montés sur leurs fins chevaux gris,
Et jetant leurs fusils en l'air avec des cris
Où se mêle le nom de leur Dieu qu'ils adjurent.
Les Bédouins du désert, de tous côtés, parurent.
Deux tribus, qui semblaient depuis longtemps dormir.
St CONTES EN VERS.
Cent condamnés, c'est vrai, cent forçats, mais cent hommes.
Tous du faubourg Antoine et tous gars bien choisis.
Nous savons que le fort est bondé de fusils ;
Sur tous ces moricauds, si vous voulez qu'on cogne,
Armez-nous donc ! Après avoir fait la besogne,
On rendra les outils, ma parole d'honneur!
Vous ne me faites pas l'effet d'un chicaneur;
Vous aurez confiance en nous, — on en est digne; —
Et vous nous laisserez marcher avec la Ligne.
Prêtez-nous les fusils et nous sommes sauvés !
La loque qui flottait sur nos tas de pavés
N'était pas, après tout, le vrai drapeau de France,
Et le rouge n'est bon qu'en pantalon garance...
Voyons! mon capitaine, est-ce dit? »
L'officier, Trop ému pour répondre et pour remercier, Fit donner sur-le-champ au bagne, rendu libre ! De bons fusils avec des balles de calibre.
Il était temps. Trois cents Arabes étaient là, (lalopant tout autour du fort, criant : c Allah ! » Et tiraillant déjà sur ses minces murailles.
Soudain, les deux canons vomirent leurs mitrailles Qui firent reculer l'insolent tourbillon; Puis, sortant du blockhaus, un hardi bataillon.
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Alors les condamnée, ain-i q'J*ll^ r*T^>i:t d-1. Tenant loyalement la paro!^ jur^*».
Rentrèrent dans le fort en c-^Lane î^env^:
Sans hésitation, ils mirent en fai^C'eaux« Devant le commandant, leurs fusils eneor chaui^ : Et le vieil officier, contenant mal s^s lannes, A ses soldats d'un jour qui déposaient leurs arni^> Étreignait les deux mains à leur rougir la peau, ^t disait rudement :
— € Merci... pour le drapeau ! >
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BLEUETTE