L'ASILE DE NUIT
Poésie dite par M. Coquelin aîné, à l'oecasion du centeaaire
de la Société philanthropique,
le 9 mai 1880.
Un soir, — ce souvenir me donne le frisson, —
Un ami m'a conduit dans la triste maison
Qui recueille, à Paris, les femmes sans asile.
La porte est grande ouverte et l'accès est facile.
Disant un nom, montrant quelque papier qu'elle a,
Toute errante de nuit peut venir frapper là ;
On l'interrogera seulement 'pour la forme.
Sa soupe est chaude; un lit est prêt pour qu'elle y do
L'hôtesse qui la fait asseoir au coin du feu.
Respectant son silence, attendra son aveu.
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'".a- tit vu; irmore:. en lui rendani siirvit-o, >; i-iiL num esi misère ou si son nom csi vicp^ Li- Uiuif ce lieu, dpvant tous 1» malh^rs tiumains, ' •!: sai; iermer It^ yeux auLaul qu'ou^Tir If^ mains,
JaJ ru. J'ai jtént-trt' danr- la sallo comniiinr ' 'il. moeites, le dos courlié par l'inforliinoT Lrur iiicme Irttnl cbarfré de praj^f-rs alisorl»ant<;. Le? femmes attendaienl. assiï-r* ?iir <1cs hanc-s. 'juf de chagrins poignants, que d'angoisser protomio* Tcrturent dans le c-t^ur ces pauvres vagalx^niios, I»ûnt plusieurs même, avec UD doux ge,<tc hontoii\, Êtreiguent un petit enfant, quelquefois douvl Od m'a dil ce qu'étaient ce^ pauvres délaissées ; OaTrières sans paie, domestiques |chass<Vâ, Et les femmes qu^un jour le mari lais<:c'l.\, Et les Tieilles que t'àge accable, et celles-là Dont la misère est triste entre les plus amères : Les victimes d'amour, hélas! les filles iiu^ivs, Qui, songeant à renfant resté dans l'hôpital, Soutiennent de la main le sein qui leur fait mal. J'ai TU cela. J'ai vu ces pauvresses livides Manger la soupe avec des sifflements avides, Puis, lourdes de fatigue et d'un pas affaibli. Monter vers ce dortoir, tous les soirs si rempli.
108 lOÉSIES DIVERSES.
Mon regard les suivait, et, pour leur nuit trop brève, Je n'ai pas souhaité l'illusion du rêve, — Au matin, leur malheur en eût été plus fort ! — Mais un sommeil profond et semblable à la mort.
Car dormir, c'est l'instant de calme dans l'orage; Dormir, c'est le repos d'où renaît le courage, Ou c'est l'oubli, du moins, pour qui n'a plus d'espoir. Vous souffrirez demain, femmes, dormez, ce soir!
Oh! naguère, combien d'existences fatales
Erraient sur le pavé maudit des capitales,
Sans jamais s'arrêter un instant pour dormir!
Car la loi, cette loi dure à faire frémir,
Défend que sous le ciel de Dieu le pauvre dorme.
Triste femme égarée en ce Paris énorme.
Qui sors de l'hôpital, ton mal étant fini.
Et qui n'as pas d'argent pour sonner au garni.
Il est minuit. Va-t'en par le désert des rues !
Sous le gaz qui te suit de ses lumières crues.
Spectre rasant les murs et qui gémis tout bas,
Marche droit devant toi, marche en pressant le pas !
C'est l'hiver, et tes pleurs se glacent sur ta joue.
Marche dans le brouillard et marche dans la boue !
Marche jusqu'au soleil levant, jusqu'à demain.