‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 5)Chapitre 8 sur 79 · I-a scpur fut très confuse cl dit · texte numérisé non relu

I-a scpur fut très confuse cl dit

« C'est une ingrate ! »

Faiblement sa fenêtre étroite aux barreaux noirs, Et, séparé du ciel qu'un mur épais lui voile, De tout le firmament ne connaît qu'une étoile.

Elle s'appelait Jeanne ; elle avait dix-huit ans. Son père n'était plu*, et, depuis 'quelque temps. Elle logeait avec sa mère, aveugle presque.

Dans une vieille rue encore pittoresque.

Tout au bout du pays latin, dans le quartier De l'étudiant pauvre et du petit rentier. Entre le Panthéon et le Jardin des Plantes.

Là, les heures du jour passent, calmes et lentes. C'est la province, avec son charme habituel.

Mais avec un accent plus intellectuel ; Là, souvent, le flâneur à la main porte un livre. C'est le dernier endroit où le rêveur peut vivre Dans ce Paris tout neuf, qui tourne au Chicago. Quel silence! Le pas éveille encor l'écho.

Je sais par là des coins pleins de mélancolie Où persiste l'ancien réverbère à poulie ; Et, dans une ruelle où j'ai souvent erré.

Par une porte, on voit un jardin de curé Au fond duquel se dresse, entouré de feuillages. Napoléon premier, fait tout en coquillages.

Gi

Dans ce mélancolique et fier isolement Ces femmes vivaient donc, très pauvres, ea| Et laissaient les étés se flétrir en automnes Sous la lourdeur de plomb des heures moi En mai, sur leur balcon, Thiver, au coin Elles restaient au gîte et se montraient foi Calmes et froids, ainsi qu'une source s'épi Les jours suivaient les jours.

Cependant, le Parmi le grouillement du quartier Moufï< Elles allaient à la grand'messe, à Saint-Mi Triste église, qui n'a, sous ses noires ogivi Qu'une rare assistance aux figures plaintivj Orphelines des sœurs en petit bonnet ron( Pauvresses à marmots qui détournent le fJ Au moment où le clerc passe en faisant la El vieillards à genoux sur leur vieille casql Toutes deux se plaçaient dans la nef, et pi Jeanne chantait, mêlant sa jeune et fraichi Au rituel romain que la maîtrise écorche ; Puis, ayant fait l'aumône aux mendiants di Toutes deux regagnaient le logis, lentement!

On les voyait encor, mais assez rarement.

Quand les chaleurs d'été devenaient accablai

-■■^>-^-- (le

La haute nef de pierre aux nervures gothiques^

Bien plus que le jardin aux senteurs exotiques.

Les deux femmes aimaient la chère intimité

De leur logis. Souvent, par les beaux soirs d'été.

Sur la terrasse, après le dîner très sommaire,

Dans un large fauteuil Jeanne installait sa mère

Et restait là, rêveuse, au balcon s'accoudant,

Devant le grand Paris dans la brume grondant.

Le soleil se couchait. Sous son oblique flamme,

Comme une hydre aux deux cous monstrueux, Notre-Dan

Gonflait tout près 4e là son énorme chevet.

Et plus loin, près du fleuve empourpré, s'élevait,

Fine, svelte, ajourée, et d'ornements fleurie,

La flèche du Palais, comme une orfèvrerie.

Au couchant, tout nageait dans une poudre d'or.

Vers l'Est, sombre déjà, se profilait encor.

Sur un vaste horizon aux blancheurs opalines.

L'amphithéâtre bleu des lointaines collines.

Un bruit montait, semblant la poussière des voix ;

Et sur le merveilleux paysage des toits

Dont les tuiles étaient d'un reflet enflammées,

S'élevaient lentement de paisibles fumées.

Jeanne, laissant flotter au hasard son esprit. Était sur ce balcon quand l'amour la surprit.

Page 1