GUERRE AUX CHAIRES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
a Mais nous voulons subsidiaireraent pousser la modération plus loin encore. Vous nedibconviendrez pas, monsieur le ministre, qu'il faut être impartial avant tout! Eh bien ! puisqu'il y a dans le monde deux doctrines qui se heurtent, Tune ayant pour devise : laissez échanger, et l'autre : empêchez (f échanger, de grâce, tenez la balance égale, et faites professer l'une comme Tautrc. Ordonnez que notre économie politique soit aussi enseignée. »
« N'est-il pas bien décourageant de voir la science se mettre toujours du côté de la liberté, et ne devrait-elle pas partager un peu ses faveurs ? Mais non, une chaire n'est pas plutôt érigée, qu'on y voit apparaître, comme une tête de Méduse, la figure d'un libre échangiste, »
« C'est ainsi que J. B. Say a donné un exemple que se sont empressés de suivre MM. Blanqui, Rossi, Michel Chevalier, Joseph Garnier. Que serions-nous devenus si vos prédécesseurs n'avaient eu grand soin de borner cet enseignement funeste? Qui sait ? Cette année même nous aurions à subir le bon marché du pain. »
((En Angleterre, Ad. Smith, Senior et mille autres ont donné le même scandale. Bien plus, l'université d'Oxford crée une chaire d'économie politique et y place... qui ? un futur archevêque *; et voilà que M. l'archevêque se met à enseigner que la religion s'accorde avec la science pour condamner cette partie de nos profits qui sort du régime restrictif. Aussi qu'est-il advenu ? C'est que peu à peu l'opinion publique s'est laissé séduire, et, avant qu'il soit deux ans, les Anglais auront le malheur d'être libres dans leurs ventes et leurs achats. Puissent-ils être ruinés comme ils le méritent ! »
« Mêmes faits en Italie. Rois, princes et ducs, grands et
1 M. Whateley, archevêque de Dublin, qui a fondé dans cette ville une chaire d'économie politique, a exercé le professorat à Oxford.
{Note de V éditeur ,)
iU PAMPHLETS.
petits, ont eu rimprudence d y tolérer l'enseignement économique, sans imposer aux professeurs Tobligation de faire sortir de iS science des vues favorables aux restrictions. Des professeurs innombrables, les Genovesi, les Beccaria, et de nos jours, M. Scialoja, comme il fallait s'y attendre, se sont mis à prêcher la liberté, et voilà la Toscane libre dans ses échanges, et voilà Naples qui sabre ses tarifs. »
« Vous savez quels résultats a eus efn Suisse le mouvement intellectuel qui y a toujours dirigé les esprits vejs les connaissances économiques. La Suisse est libre, et semble placée au milieu de l'Europe, comme la lumière sur le chandelier, tout exprès pour nous embarrasser. Car, quand nous disons : La liberté a pour conséquence de ruiner l'agriculture, le commerce et l'industrie, on ne manque pas de nous montrer la Suisse. Un moment, nous ne savions que répondre. Grâce au ciel, la Presse nous a tirés de peine en nous fournissant cet argument précieux : La Suisse n*est pas inondée parce qu'elle est petite, »
« La science, lascience maudite, menace défaire déborder sur l'Espagne le même fléau. L'Espagne est la terre classique de la protection. Aussi voyez-vous comme elle a prospéré ! Et, sans tenir compte des trésors qu'elle a puisés dans le Nouveau-Monde, de la richesse de son sol, le régime prohibitif suffit bien pour expliquer le degré de splendeur auquel elle est parvenue. Mais TEspagne a des professeurs d'économie politique, des La Sagra, des Fierez Estrada, et voici que le ministre des finances, M. Salamanca, prétend relever le crédit de TEspagne et gonfler son budget par la seule puissance de la liberté commerciale.
« Enfin, monsieur le ministre, que voulez-vous de plus? En Russie, il n'y a qu'un économiste, et il est pour le libreéchange. ))
« Vous le voyez, la conspiration de tous les savants du monde contre les entraves commerciaies est flagrante. Et