BALA>CE DU COMMERCE
pour 605 millions, et vous n'avez acheté que pour 152 millions. Vous avez donc gagné 450 millions. »
a En objets naturels, vous avez acheté pour 801 millions, et vous n'avez vendu que pour \\A millions; vous avez donc perdu 690 millions. »
Ce que c'est que de tirer, avec une naïveté intrépide, toutes les conséquences d'un principe absurde I M. Mauguin a trouvé le secret de faire rire, aux dépens de la balance du commerce, jusqu'à MM. Darblay et Lebeuf. C'est un beau succès, et il m'est permis d'en être jaloux.
Permettez-moi d'apprécier le mérite de la règle selon laquelle M. Mauguin et tous les prohibitionistes calculent les profits et les pertes. Je le ferai en racfontant deux opérations commerciales que j'ai eu l'occasion de faire.
J'étais à Bordeaux. J'avais une pièce de vin qui valait 50fr.; je l'envoyai à Liverpool, et la douane constata sur SCS registres une EXPORTiiioN de 50 frânc3.
Arrivé à Liverpool, le vin se vendit à 70 fr. Mon correspondant convertit les 70 fr. en houiUe, laquelle se trouva valoir^ sur la place de Bordeaux, 90 fr. La douane se hâta d'enregistrer une importation de 90 francs.
Balance du commerce en excédant de l'importation, 40 fr.
Ge840 fr., j'ai toujours cru, sur la foi de mes livres, que je les avais gagnés. M. Mauguin m'apprend que je les ai perdus, et que la France les a perdus en ma personne.
Et pourquoi M. Mauguin voit-il là une perte ? Parce qu'il suppose que tout excédant de l'importation sur l'exportation implique nécessairement un solde qu'il faut payer en écus. Mais oti est, dans l'opération que je raconte, et qui est l'image de toutes les opérations commerciales lucratives, le solde à payer? Est-il donc si difficile de comprendre qu'un négociant compare les prix courants des diverses places et ne se décide à opérer que lorsqu'il a la certitude, ou du
moins la chance, do voir la valeur exportée Un revenir grossie? Doue ce que M. Mauguin appelle />er/e doit s'appeler profit.
Peu de jours après mon opération, j'eus la bonhomie d'éprouver un regret; je fus fâché de ne Tavoir pas retardée. En efTet, le vin baissa à Bordeaux el haussa à Li verpool; de sorte que si je ne m'étais pas autan» pressé, j'aurais acheté à 40 fr. et vendu à 100 fr. En vériié, je croyais que sur ces bases mox\ profit qû\. été plus grand. J'apprends par M. Mauguinque c'est la />er/e qui eût été plus écrasante. Ma seconde opération, monsieur le rédacteur, eut une issue bi(m différente.
J'avais fait venir du Périgord des truffes qui me coûtaient iOO francs ; elles étaient destinées à deux célèbres ministériels anglais, pour un très-haut prix, que je me proposais de convertir en livres. Hélas I j'aurais mieux fait de les dévorer moi-même (je parle des truffes, non des livres ni dés torys). Tout n'eût pas été perdu, comme il arriva, car le navire qui lesemporlaitpérità la sortie du port. La douane, qui avait constaté à cette occasion une sortie de iOO fr. , n'a jamais eu aucune rentrée à inscrire en regard.
Donc, diraiVI. Mauguin, la France a gagné 100 fr. ; car c'est bien de cette somme que, grâce au naufrage, l'exportation surpasse l'importa tion. Si l'affaire eût autrement tourné, s'il m'était arrivé pour 2 ou 300 l'r. de livres, c'est alors que la balance du commerce eût été défavorable et que la France eût été en perle.
Au point de vue de la science, il est triste de penser que toutes les entreprises commerciales qui laissent de la perte selon les négociants, donnent du profit suivant cette classe de théoriciens qui déclament toujours contre la théorie.
Mais au point de vue de la pratique, cela e^t bien plus tiMsie encore, car qu'en résulle-t-il?
Supposons que M. Mauguin eût le pouvoir (et, dans une