‹ OEuvres complètes de Frédéric Bastiat, mises en ordreChapitre 48 sur 58 · BALANCE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

BALANCE DU COMMERCE

certaine mesure, il l'a par ses votes) de substituer ses calculs et sa volonté aux calculs et à la volonté des négociants, et de donner, selon ses expressions, « une bonne organisation commerciale et indusiritlleau pays, une bonne impulsion au travail national, » que fera-t-il?

Toutes les opérations qui consisteraient à acheter à bon marché au dedans pour vendre cher au dehors, et à convertir le produit en denrées très-rechendiées chez nous, M. Mauguin les supprimera législalivement, car ce sont justement celles où la valeur importée surpasse la valeur exportée.

En compensation, il tolérera, il favorisera au besoin par des primes (des taxes sur le public) toutes les entreprises qui seront basées sur cette donnée : Acheter cher en France pourvendre à bon marché à Téiranger, en d'autres termes, exporter ce qui nous est utile pour rapporter ce qui ne nous est bon à rien. Ainsi, il nous laissera parfaitement libres, par exemple, d'envoyer des fromnges de Paris à Amsterdam pour rapporter des articles de modes d'Amsterdam à Paris, car on peut affirmer que, dans ce trafic, la balance du commerce serait toute en notre faveur.

Oui, c'est une chose triste, et j'ose ajouter dégradante, que le législateur ne veuille pas laisser les intéressés décider et agir pour euxmômes en ces matières, à leurs périlset risques. Au moins alors chacun a la responsabilité de ses actes; celui qui se trompe est puni et se redresse. Mais quand le législateur impose et prohibe, s'il a une erreur monstrueuse dans la cervelle, il faut que cette erreur devienne la règle de conduite de toute ime grande nation. En France^ nous aimons beaucoup la liberté, mais nous ne la comprenons guère. Oh! lâchons de la mieux comprendre, nous ne l'en aimerons pas moins.

M, Mauguin a aftîrmé avec un aplomb imperturbable qu'il n'y a pas en Angleterre un homme d'Etat qui ne professe la

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doctrine de la balance du commerce. Après avoir, calculé la perte qui, selon lui, résulte de l'excédant de nos importations, il s'est écrié : a Si l'on faisait à TADgleterre un sem* blable tableau, elle en frémirail, et il n'y a pas un membre de la Chambre des Communes qui ne se crût menacé sur son banc. »

Et moi j'afBrme que si Ton venait dire à la Chambre des Communes : a La valeur totale de ce qui sort du pays surpasse la valeur totale de ce qui y entre, o c'est alors qu'on se croirait menacé, et je doute qu'il se trouvât un seul orateur qui osât ajouter : La différence est un profit.

En Angleterre, on est convaincu qu'il importe à la nation derecevoir plus qu'elle ne donne. De plus, on s'est aperçu que c'est la tendance de tous les négociants, et c'est pourquoi on y a pris le parii de les laisser faire^ et de rendre aux échanges la Liberté.

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