‹ Œuvres complètes de Frédéric Soulié Le bananierChapitre 19 sur 25 · PROVOCATION · texte numérisé non relu

PROVOCATION

Déjà, nous l’avons dit, plus de huit jours s’étaient passés sans rien apporter de nouveau dans la situation des divers personnages de cette histoire, lorsque le bruit se répandit que plusieurs nègres de l’habitation de M. Sanson venaient de mourir subitement, et avec des symptômes tels, qu’on ne pût y méconnaître l’action du poison.

A cette nouvelle, Clémenceau se rappela l’épouvantable histoire qui lui avait été rapportée par Plonget, et se résolut d’en donner avis à M. Sanson. Il s’était décidé à lui écrire, lorsqu’il vit arriver chez lui le gérant de l’habitation, ce même M. Owen à qui il avait raconté la découverte de Jean, et qui lui avait fait en même temps la confidence de la position d’affaires où M. Sanson se trouvait vis-à-vis M. Welmoth.

« Je comprends le motif de votre visite, lui dit vivement Clémenceau; j'ai appris les malheurs arrivés à M. Sanson, et je suis tout prêt à témoigner, ainsi que Jean, de ce qui est venu à notre connaissance relativement à Théodore.

— Ce n’est point de cela qu’il s’agit, repartit M. Owen; je ne suis plus gérant de l’habitation de M. Samson, et ce que vous pourriez dire relativement à Théodore serait taxé de mensonge, grâce au témoignage irrécusable de M. Welmoth et de son domestique.

« C’est dans la nuit qui a précédé notre visite à la Soufrière que Jean a été témoin de l'horrible exhumation faite dans le cimetière des nègres, et cette nuit, Théodore prétend l’avoir passée tout entière en compagnie de John, le domestique de M. Welmoth, et celui-ci affirme que c’est la vérité.

— Attends, attends, s’écria Jean, qui était présent à l’entretien de M. Owen et de son maître, je m’en vais aller trouver ce pudding, et je lui attesterai une douzaine de coups de poing dans le nez en preuve qu’il a menti.

— Mais, êtes-vous bien sûr, dit M. Owen, d’avoir reconnu Théodore dans le nègre qui accompagnait l’empoisonneuse?

— Je n’ai reconnu rien du tout, dit Plongct; le moricaud Théodore a passé la nuit où il a voulu, mais il n’a pas passé la nuit avec le pudding, attendu que celui-ci était dans la chambre de la mulâtresse Rosie, pendant que je montais la garde au bas de la fenêtre.

— Vous ne m’aviez point dit cela! s’écria M. Owen, en parlant à Clémenceau.

— Vous avez raison, reprit celui-ci, mais j’avais cru cette circonstance parfaitement indifférente au projet de ce Théodore.

— Mais ce serait épouvantable, dit M. Owen, s’il était vrai que ce John eût passé la nuit avec Rosie, et qu’aujourd’hui il attestât n’avoir pas quitté Théodore ; il y aurait donc complicité entre ces deux hommes, et ce nègre, protégé contre ma formelle accusation par le témoignage du domestique de M. Welmoth, serait donc l’agent des infâmes projets de cet homme.

— Ce serait affreux à penser! s’écria Clémenceau, reculant devant une supposition si horrible ; si indigne que puisse être M. Welmoth, il n’a pu descendre si bas : d’ailleurs, dans quel but s’associerait-il à de pareils crimes?

— Toujours dans le même but, dit M. Owen : dans le but de la ruine de M. Samson, dans le but de le forcer à lui donner Clara et de devenir le maître d’une des plus riches habitations de la colonie.

» Déjà, comme nous l avions prévu avec madame de Cambasse, les traites dont M. Welmoth était porteur ont été renouvelées, une somme considérable a été ajoutée à la somme déjà due par M. Samson, et celui-ci, à leur échéance, sera

encore moins en mesure de payer qu’il ne l’est maintenant; et il le sera d'autant moins, que son habitation aura été dévastée par l’empoisonnement.

— Tout cela est-il possible? dit Clémenceau.

— Comme vous le savez, la récolte du café s’opère en quelques jours, et ces quelques jours sont à peu près les seuls où on exige des nègres un travail extraordinaire ; nous ne sommes pas dans un pays où on remplace à prix d’argent un ouvrier par un autre; si, à l'époque de la récolte, l’atelier de M. Sanson est insuffisant pour la faire, ce sera autant de perdu, et ce sera une impossibilité de plus ajoutée à sa libération envers M. Welmoth.

» Alors, comme je vous le disais, ce n’est pas seulement son mariage avec Clara que cet Anglais aura rendu nécessaire, ce sera la cession même des habitations; il deviendra propriétaire dans le pays, et alors vous verrez s’organiser la sourde rébellion des esclaves ; grâce à ce noyau de corruption, il sera facile à l’Angleterre de répandre parmi la population noire ces idées de meurtre, de vol et d’incendie ; et de cet événement, si minime en apparence, naîtra peutêtre, dans quelques années, la ruine complète de la colonie. » ,

Clémenceau, sans porter si loin et sans étendre à une si vaste combinaison les plans présumés de M. Welmoth, entrevoyait cependant comme à peu près certaine la ruine de M. Samson.

« Mais n’avez-vous point fait part, dit-il à M. Owcn, descraintes que vous avez?

— C’est précisément parce que je l’ai voulu, que je ne lui appartiens plus.

» D’ailleurs, comprenez ma position : au premier empoisonnement qui a épouvanté l’habitation, j’ai dit à M. Sanson la confidence que vous m’aviez faite. Théodore a été interrogé, et je vous ai dit ce qu’il a répondu, et l’assertion de John. 11 en est résulté entre moi et cet homme une sorte de discussion dans laquelle, je dois le dire à ma honte, M. Sanson a pris, pour ainsi dire, parti contre moi.

» M. Welmoth a fait ressortir avec une habileté cruelle l’espèce de connivence qui existait entre vous et moi, vous qui veniez me faire des confidences qu’il était plus naturel

de porter au maître de la maison. A partir de ce moment, j’ai été en état de suspicion dans l’esprit de M. Sanson. Malgré cela, lorsqu’il s’est agi du renouvellement des traites, j’ai cru devoir mettre sous les yeux de M. Sanson le véritable état de ses affaires, et surtout les probabilités de son avenir; je n’ai fait qu’atteindre un but tout à fait opposé à celui que je me proposais. M. Sanson a longuement parcouru ses comptes, et a lini par me dire :

« Allons, je n’ai d’autre ressource , que de me lier à la loyauté d’Edouard. »

« J’ai été si surpris de cette conclusion, que j’ai voulu me récrier; mais j’avais été prévenu, car, dans la conversation,

M. Sanson m’a dit dans un moment de colère :

« Lorsque vous recommandiez à M . Clémenceau de ne pas oublier de parler à madame de Cambasse, au moment où nous partions pour la Soufrière, était-ce pour organiser avec elle et ce monsieur vas accusations contre M. Welmoth? — C’était pour vous sauver des indignes projets de cet homme! » me suis-je écrié.

« Comme je vous l’ai dit, j’avais été prévenu, et sans qu’il me fût permis de m’expliquer, mes comptes m’ont été demandés. Je les ai remis aujourd’hui même, et je suis venu vous prévenir.

— Si ce n'était qu’il y a deux goddems qu’il faut absolument aplatir, dit Jean, je vous dirais de lâcher là M. Sanson et tout le bataclan; mais non, non de par non; il ne sera pas dit que deux méchants rosbifs auront fait caler deux Normands; et maintenant que monsieur est en santé, il n’a plus besoin que je le veille ; je vais un peu me mettre en campagne.

« Mais, dit M. Owen, qu’avez-vous arrêté avec madame de Cambasse? — Je ne suis point allé la voir, dit Clémenceau; dans la fausse position où on ■mous a mis vis-à-vis l’un de l’autre, j’aurais craint qu’une visite de ma part n’eilt donné de la consistance à des soupçons... — Oui ne peuvent être détruits, dit M. Owen, que par la manière dont vous vous mettrez au-dessus d’eux. — Vous avez peut-être raison, dit Clémenceau ; mais je ne veux pas cependant me présenter chez elle sans son autorisation. Je veux lui écrire. — Eh bien, monsieur, dit M. Owen, je me chargerai de la lettre,

car je compte aller aujourd’hui même chez madame de Cambasse. »

Ernest écrivit un simple billet de demande d’introduction, et M. Owen partit. Il n’avait pas encore quitté la maison que John se présenta, porteur d’une lettre pour M. Clemenceau. Dans cette lettre, M. Welmolh faisait demander à Ernest un moment d’entretien. Clémenceau répondit verbalement qu’il recevrait M. Welmoth quand celui-ci se présenterait, et John retourna près de son maître. Ernest avait remarqué la manière dont Plonget avait suivi des yeux son antagoniste, et lorsque John quitta l’appartement et qu’il vit Jean s’apprêter à le suivre, il s’imagina que c’était pour lui chercher querelle et attester à sa manière normande les sentiments qu’il lui inspirait.

« Où vas-tu? lui demanda son maître. — Chut!... fit Jean, je commence mes opérations. — Je te défends de sortir. — Ça n’y fait rien, dit Jean en prenant son chapeau. — Je te le défends, reprit Clémenceau; il importe à mes projets que tu n’aies pas de querelle avec ce drôle. — Des querelles avec lui! fit Jean; nenni-da, monsieur, nenni-da, pas si bête. Mais je l’embrasserais, ce bon John, s’il le voulait bien. Laissezmoi faire ; j’ai mon idée. Seulement, vous qui ne voulez pas que je me rosse avec le groom, tâchez de ne pas vous emporter avec le maître, et Dieu me confonde si d'ici à huit jours nous n’en savons pas sur leur compte plus qu’ils n’en ont envie. »

Clémenceau pensa que Jean voulait essayer de. découvrir quelque chose en suivant le groom de sir Edouard, et il le laissa aller. Si lui-méme avait pu suivre son domestique, il aurait été pleinement confirmé dans cette supposition ; car Jean ne quitta pas un moment son ennemi de vue, il le suivit pas à pas jusqu’à la demeure de son maître. John en étant ressorti un moment après, Jean recommença son incessante poursuite les yeux sans cesse fixés sur le groom, toutes les fois que celui-ci entrait quelque part. 11 eût semblé nécessaire que Jean considérât exactement la maison pour la reconnaître; mais point, il ne paraissait suivre John que pour le regarder, et il ne quitta sa trace que lorsque la nuit fut venue. On eût pu croire cependant que c’était le moment où cet homme devait se rendre dans les lieux où il pouvait

avoir besoin de ne pas être reconnu, s’il était l’agent de son maître, ainsi que le Normand paraissait le croire. Quoi qu’il en pùt être des soupçons de celui-ci, il s’éloigna aussitôt, sans cependant rentrer chez son maître. Pendant ce temps, M. Welmolh s’était rendu chez Ernest, et nous devons rendre compte à nos lecteurs de l’explication qui avait eu lieu entre eux, car elle impoite à l’intelligence de ce qui doit suivre.

Lorsque sir Edouard entra chez Ernest, il avait plus que de coutume cet air guindé et impertinent qui est le propre de l’Anglais en général, et que M. Welmolh poussait à un degré éminent. — Ernest avait fait son profit des conseils de Jean, et il ne parut point s’apercevoir de la froideur hautaine de l’abord de son rival; il lui offrit gracieusement un siège et lui dit avec une aménité parfaitement jouée :

» A quel motif, monsieur, dois-je l’honneur d’une visite si aimable? — Monsieur, lui dit sèchement M. Welmolh, je ne suis point ici en mon nom, et si je n’avais été chargé d’une mission près de vous, je ne vous aurais pas importuné de ma présence. — Cette mission, monsieur, ne pouvait m’arriver d’une manière plus agréable que par votre entremise, dit Ernest avec une inclination bienveillante, et je suis prêt à vous entendre. »

Un Français, ainsi accueilli par un homme comme Clémenceau, eiit été assuré qu’on se moquait de lui; mais l’imperturbable orgueil de l’Anglais et son mépris souverain pour tout ce qui n’est pas lui donnèrent à cette politesse excessive une autre explication.

« Ce petit monsieur, se dit M. Welmoth, a peur; c’est un pauvre garçon que je mènerai comme je l’entends ; allons. »

« Monsieur, dit tout haut sir Edouard d’un ton parfaitement dédaigneux, j’obéis à M. Sanson en me présentant chez vous : c’est en son nom que je vous parle. »

Ernest fit un nouveau signe d’assentiment, et M. Welmolh reprit :

« Monsieur, vous n’ignorez pas qu’il y a des gens qui ont eu la bassesse d’attribuer à M. Sanson l’égratignure pour laquelle vous êtes demeuré au lit pendant huit jours. Vousméme, peut-être, avez eu cette pensée, n’est-ce pas? »

Ernest ne répondit pas, et M. Weimoth reprit d’un air de matamore :

« Vous l’avez eue ! »

Edouard se tut encore.

« Vous ne répondez pas, monsieur? fit M. Weimoth.

— Monsieur, dit Ernest d’un ton embarrassé, la mission dont M. Sanson vous a chargé- est fort indépendante, sans doute, des pensées que j’ai ou que je n’ai pas; veuillez donc, je vous prie, me dire ce qu’il vous a chargé de me transmettre. — C'est que ce que j’ai à vous dire, monsieur, deviendra inutile, sans doute, si vous faites semblant d’avoir des soupçons que vous ne pouvez pas avoir. »

Malgré sa résolution, Ernest sentait le sang lui bouillir dans les veines; mais il se contint en pensant qu’en laissant le champ libre à l’insolence de M. Weimoth, il aurait d’autant plus le droit de l’en corriger, et il lui répondit d’un ton trop humble pour tromper tout autre qu'un Anglais infatué de lui-même au point où l’était M. Weimoth :

« Parlez, monsieur, si vous le croyez nécessaire... ou bien, si, comme vous le dites... — 11 suffit, j’ai promis de vous apporter les propositions de M. Sanson, je tiendrai ma parole. — Parlez donc, monsieur. — M. Sanson, comme je vous l’ai dit, a été accusé, accusé est le mot, de vous avoir tiré ou d’avoir fait tirer sur vous le coup de feu qui vous a égratigné. Cependant celte accusation reste sans suite, et il parait qu’on n’ose pas la pousser plus loin. Savez-vous ce qui en résultera, monsieur? C’est que M. Sanson restera à tout jamais sous le poids d’un ignoble soupçon, et ce soupçon, il s’adresse à vous pour le faire cesser. — Que puis-je faire pour cela, monsieur? Je suis tout prêt à retourner chez M. Sanson. »

Sir Edouard interrompit Ernest avec un geste de profond dédain et réprit :

« Les idées chevaleresques de M. Sanson étaient véritablement extravagantes, monsieur, et je le lui ai dit ; mais il y a tenu, et je dois vous en faire part, et vous allez le trouver bien ridicule. — Peut-être, monsieur ; je respecte M. Sanson comme un père. — Le mot est bien trouvé, monsieur, dit M. Weimoth avec un véritable mépris, et il sera une admi-

râble excuse pour vous empêcher de vous battre avec lui. — Moi! s’écria vivement Clemenceau, me battre avec M. Sanson! jamais, monsieur. — J’en étais sûr, fit M. Welmoth. — Mais pourquoi me battre avec lui, monsieur? — Le voici, monsieur Clémenceau : vous avez insulté M Sanson en poursuivant de vos hommages une femme qu'il aimait, et quoique vous lui ayez rendu un véritable service en le débarrassant d’une intrigante, il ne le considère pas ainsi. On accuse la jalousie de l’avoir poussé à vous faire assassiner, et à cela il disait : Je n’ai d’autre justification possible qu’un duel avec M. Clémenceau; il a pu par générosité déclarer devant des magistrats qu’il ne me croyait pas coupable; mais l’homme qui veut bien rendre un tel témoignage ne consentirait pas à rendre raison d’une injure à celui qu’au fond du cœur il considérerait comme un meurtrier. Un combat avec M. Clémenceau est un témoignage éclatant de l’estime qu’il doit me garder encore, et s’il me l’accorde, je considérerai cette rencontre comme une preuve de la sincérité de ses déclarations. Voilà ce que pensait M. Sanson, monsieur; voilà pourquoi je suis ici; voilà pourquoi je viens vous demander en son nom raison de vos attentions pour madame de Cambasse. — Oui, monsieur, je refuse, dit Ernest, et vous direz ceci de ma part à M. Sanson. Je refuse à M. Sanson de lui rendre raison d’ung injure que je ne lui ai pas faite. — Ah! monsieur... fit Welmoth. — Je refuse, parce que M. Sanson n’a besoin d’étre justifié vis-à-vis de personne du crime dont on a l’air de l’accuser ; je refuse parce que j’ai des intérêts plus graves à suivre que ceux dont vous venez de me parler. — Je dirai à M. Sanson que vous refusez, monsieur. — Et vous lui direz les raisons pour lesquelles je refuse, vous les lui direz textuellement, entendezvous, monsieur? Vous n’en passerez pas une syllabe, car je saurai si vous avez été un messager fidèle. — Et si je ne l’étais pas, monsieur! s’écria M. Welmoth, que le changement de ton d'Ernest avait surpris. — Si vous ne l’étiez pas, monsieur, c’est que vous auriez intérêt à cacher la vérité. — Monsieur ! dit Welmoth. — Ce n’est pas pour vous que je dis cela, dit Ernest : vous répéterez le motif de mon refus à M. Sanson; vous ajouterez que mou respect pour lui m’empêche de les accepter, et que j’aurai l’honneur de

le lui dire moi-méme. — Auriez-vous l’audace de vous présenter chez M. Sanson? — J’aurai cette audace, monsieur; j’irai en plein jour, monsieur, dites-le-lui, et dilcs-lui que je le prie humblement de m’accorder la faveur de m'entendre. — Humblement! — Oui, monsieur, je prie humblement M. Sanson, et n’oubliez pas le mot... — Et si je l’oublie? — Je lui dirai que vous l’avez oublié exprès, car je vous le recommande trop bien pour que vous en perdiez la mémoire. — Et s’il me plaît de l'oublier? dit insolemment M. Welmoth. — Alors, monsieur, ne vous chargez des commissions de personne, puisque vous les remplissez si mal. — Je me charge, monsieur, des paroles d’un homme d’honneur, mais non pas de celles d’un... — D’un? fit Ernest. — Vous m’entendez .. — Pas le moins du monde, monsieur, dit Ernest ; mais enlin faites comme vous le jugerez convenable. Seulement, ne dites rien, ou dites la vérité. Ceci est clair. — Encore une fois, monsieur, que voulez-vous dire? — Ce que je dis? Taisez-vous ou rapportez exactement mes paroles. Est-ce trop demander à un homme * d’honneur comme vous? Au besoin, je vous en prie. »

Welmoth était demeuré indécis, tant cette patiente humilité lui paraissait impossible : mais enfin, ne pouvant arracher Ernest à cette froide résolution, il sortit en se coiffant d’un air provoquant et en disant :

« Je dirai la vérité, monsieur, je vous en réponds. — J’y compte, dit Ernest. »

Dès que Clémenceau fut seul, il prit une chaise et la brisa en morceaux...

« C’est bien, dit-il après cet exploit; j’avais besoin de donner un peu d’air à ma colère. Ah! je sais maintenant ce que je dois faire de ce monsieur, et le châtiment sera exemplaire. »

Sur ce, il appela Jean ; mais Jean ne parut pas, car il n’était pas encore revenu de sa poursuite.

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