‹ Œuvres complètes de Frédéric Soulié Le bananierChapitre 3 sur 25 · LE BAS AM ER · texte numérisé non relu

LE BAS AM ER

introduire et diriger les nouveaux systèmes mécaniques appliqués à la fabrication du sucre ; l’armateur voulait faire connaître à son fils le pays d’où viennent les produits qui faisaient la nature de son commerce ; enfin, après une assez longue correspondance, la pensée commune se dévoila, et il fut décidé qu’on expédierait le jeune homme à la Guadeloupe, sans lui faire part des projets qu’on avait sur lui.

M. Sanson, pour une raison que nous découvrirons plus tard, avait exigé cette discrétion de M. Clé mène eau, mais l’armateur s’était cru dispensé de s’y conformer ; il savait les dispositions hostiles d’Ernest contre les planteurs, et il avait craint que, dès les premiers jours, il ne se fit éconduire en heurtant brutalement toutes les opinions et toutes les habitudes de son futur beau-père ; d’un autre côté, il redoutait aussi qu’une proposition de mariage avec la fille d’un de ces horribles mangeurs de nègres ne révoltât Ernest au point de lui dicter un refus formel.

Cependant la vanité de l’armateur préféra la chance d être obligé de refuser sous un prétexte quelconque, à celle de se voir renvoyer son fils comme un fou impertinent, et lui dit la vérité. Ainsi qu’il l’avait prévu, Ernest, au premier mot, bondit d’indignation; mais presque aussitôt il parut réfléchir sérieusement, comme si la proposition que lui faisait son père donnait une solution probable à un problème qui le préoccupait, et il accepta sans résistance.

Cette facilité étonna M. Clémenceau père, et l’alarma jusqu’à un certain point. 11 se dit que son fils n’avait pu se soumettre si aisément que parce qu’il voyait dans son obéissance un moyen d’exécuter quelque dessein secret. 11 le questionna longtemps à ce sujet, mais le jeune homme resta impénétrable.

11 n’avait d’autre but, disait-il, que de complaire aux désirs de son père.

Il en résulta que M. Clémenceau, n’ayant aucune raison pour le retenir, finit, comme il le disait, par l’expédier à ses risques et périls.

Hélas ! si le bon M. Clémenceau avait pu soupçonner jusqu’où étaient allés les rêves d’Ernest, il l’eût gardé toute sa vie au Havre.

En effet, notre jeune enthousiaste avait marché dans les

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