‹ Œuvres completes de Gerard de Nerval precedee d'une noticeChapitre 29 sur 66 · QUINTUS AU C LE R · texte numérisé non relu

QUINTUS AU C LE R

moyens de production ; que tous entre eux se répartissaient ces moyens selon la conscience qu’ils avaient, nunùna conscia veri, de l’unité de l’œuvre qu’ils avaient à remplir. Si Mars versait sur la terre tout ce qu’il y a de torride et d’igné, il brûlerait tout; si Saturne y versait tout ce qu’il y a de froid, il glacerait tout. Ce n’est pas l’éloignement du soleil qui donne aux astres leurs différentes qualités. Mars est plus torride et plus igné que Mercure et Vénus, qui sont moins éloignés de ce centre de feu. Saturne est bien plus près de ce foyer, de ce cœur du monde, que l’astre embrasé de la canicule. Mais, de la température de ces différentes influences, émises avec intelligence, se forme une influence générale, que le ciel verse sur la terre. Ainsi, dans le inonde sensible, le ciel est le premier agent des dieux ; mais, si la terre émettait des influences contraires à celles qu’elle reçoit, rien ne se ferait dans la nature; ainsi le monde supérieur crée continuellement le monde inférieur, et cela ne peut, être autrement. Toute production doit présenter l’idée de son producteur; tout être donne ce qu’il a ; et plus reçoivent des influences de chaque astre les êtres qui sont plus propres à les recevoir. Ainsi l’or, par sa couleur, par sa splendeur, par sa solidité, appartient au soleil ; l’argent, par sa couleur douce, par sa splendeur moins éclatante, par sa mollesse et sa ductilité, appartient à la lune ; ainsi les deux premiers métaux en beauté appartiennent aux deux luminaires de ce monde. Car, comme dit 'fort bien Ptolémée, quand il y aurait d’autres astres plus lumineux, ces deux astres n’en seraient pas moins, par leur influence et par leur beauté, les deux luminaires de la terre. C’est ainsi que la plante nommée héliotrope par sa figure, par son disque composé de corps à quatre pans, dont émanent des globules, d’où s’échappent des fleurs à cinq pointes, qui tous expriment les différentes générations du feu et émanations de la lumière; qui, par les diverses teintes de sa cotdeur d’or, par les pointes de sa corolle, qui s’échappent de son disque en flammes, ou en pyramides torses, formes que l’on sait être celles du feu.

LES ILLUMINES

par ses feuilles en cœur, et par la faculté qu’a cette plante de se tourner vers son astre, de manière que sa tige en est souvent torse, par ses nombres quatre et cinq, qui sont les nombres de toutes générations dans les divers inondes, se fait connaître être solaire ; et cette plante est le soleil terrestre sur la terre ç il en est de même de plusieurs autres arbres et plantes. »

On a besoin sans doute aujourd’hui, pour supporter de tels raisonnements, de songer toujours à l’époque où ils furent posés. Au temps où Quiutus Aucler écrivait, il y avait table rase en fait de religion, et attaquer le christianisme était devenu un lieu commun; aussi n’est-ce là qu’une introduction historique à la thèse qu’il veut soutenir. Pour Aucler, il y a deux sortes de religions : celles qui organisent la civilisation et le progrès, et celles qui, nées de la haine, de la barbarie ou de l’égoïsme «l’une race, désorganisent pour un temps plus ou moins long l’effort constant et bienfaisant des autres. — C’est Typhon, c’est Arimane, c’est Siva, ce sont tous les esprits maudits et titaniques qui inspirent ces religions du néant : « Qu’adorez-vous? dit-il aux croyants des cultes unitaires. Vous adorez la Mort! Où sont les civilisations régulières? Chez tous les peuples polythéistes : l’Inde, la Chine, l’Égypte, la Grèce et Rome. Les peuples monothéistes sont tous barbares et destructeurs; puissants pour anéantir, ils ne peuvent rien constituer de durable pour eux-mêmes... Que sont les Hébreux? Dispersés. Qu’est devenu l’empire de Constantin une fois converti?... Qu’ont su fonder les Turcs, vainqueurs de la moitié du monde ? Et qu’est-il advenu du grand édifice féodal? Des ruines partout. Et, si la civilisation commence à rayonner en Europe depuis le xv® siècle, c’est que la foi au monothéisme s’y est à peu près perdue. En voulez-vous la preuve? Comparez l’Espagne et l’Italie croyantes à l’Allemagne, à l’Angleterre hérétiques et à la France indifférente. »

QUINTüS AUCLER

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