SCÈNE IV
PAUL, KLOEKHER, LETOUfiNËUX.
LETOURNEUX, avec stupéfacUon et joie.
Paul! Ah! quel bonheur!
KLOEKHER, à part.
Ils se connaissent!
Que je Tembrasse, ce cher garçon! Quand j*ai su
que vous étiez à Paris, je suis vile accouru du fond de la Guyenne, où j'étais parti pour, inspecter un peu l'agriculture et les bonnet mœurs! Ah! voilà une
chance! une chance !... (a part, montrant le poing à Klockher, qui
tourne lo dos.) Je tc ticus, vicux drôl^ ! (Haut.) Ou VOUS avait cru mort, savez-vous?... N'est-ce pas, Kloekher, vos ennemis, — car vous en avez, chacun en a, — vos ennemis se flattaient même qu'on ne vous reverrait plus!
PAUL
Qui donc peut m'en vouloir, à moi? Je ne gêne personne.
LETOURNEUX
Quel intéressant jeune homme, hein? Tout le portrait de ce bon Damvilliers, que nous chérissions.
PAUL
Je ne sais comment reconnaître...
LETOURNEUX
Voilà ce qui s'appelle une bonne journée; d'abord, je retrouve le lils d'un vieil ami ; puis, je soulage bien des infortunes, et cela, grâce à vous, Kloekher.
KLOEKHER.
Hein?
Mais oui, puisque je venais vous remercier des vingt-cinq mille francs que vous m'avez donnés pour les pauvres de ma paroisse.
KLOETCHERv
, Ahl par exemple!...
LETOUnNEUX.
Allons ! il cache ses bienfaits. Quel homme ! (contcmpunt Paul.) Cela fait plaisir de le revoir, n'est-ce pas?... J'espère que vous me conterez vos voyages. Vous avez dû rencontrer, en courant le monde, des mœurs bizarres, des caractères vraiment particuliers; et comme vos observations, sans doute, ainsi qu'il convient à un esprit sérieux, se sont dirigées sur la morale, que croyez-vous qui soit plus commun de la ruse ou de l'ingratitude, de la scélératesse ou de la sottise?
PAUL
Ces questions... demanderaient..,
LETOUUNEUX.
Et vous, Kloekher, votre opinion ?
KLOEKHER.
Je ne comprends pas...
LETOURNEUX, se rapprochant de lui et le regardant en face.
Ahl vous ne comprenez, pas ! Bien «ûr?... Nous en recauserons. J'ai oublié de vous dire que je désirerais toucher immédiatement, pour la formation d'une ferme modèle, les cent soixante-douze Méditerranée que je vous ai vendus avant-iiier.
KLOEKHER.
Quand donc aurez- vous fiiii cette plaisanterie?.
LETOURNEUX
Ce n'est pà&iine plaisanterie, mon cher, pas plus
que l'histoire suivante... (a paui.) Connaissez-vous la Cochinchine?
PAUL
Un peu.
LETOURNEUX
Eh bien, il y avait là, une fois, — l'anecdote remonte à cinq ans, — deux amis : un bon Chinois et us mauvais Chinois. Or le bon était si bon, qu'il confia au mauvais...
KLOEKHER, aToc emportement.
Oh ! je me moque pas mal de vos histoires !...
LETOURNEUX
Elles sont vraies cependant; j'en peux fournir les
preuves. (Silence.)
KLOEKHER, étonné.
Des preuves?
LETOURNEUX, lai taitittant le braa, à l'oreille.
Dans mes mains, d'irrécusables, songez-y?...
KLOEKHER, bas.
Nous nous arrangerons. Taisez-vous 1 <ii m tourne ver* Paul en éclatant do rire.) Eh bicu, Letoumcux, il y cst tombé I Il a cru que je n'avais pas de place pour lui !.. . Hé ! hé ! Imaginez-vous une histoire inventée à plaisir I Ah I ah ! Une chose un peu légère que je lui proposais! Âh ! ah! ce bon garçon !
PAUL
Comment ?
KLOEKHER. .
Mais oui, pour vous éprouver, mon qher. Âh! ah!
ah!... (D'un ton Bérienx.) J'ai vouIu voir, par là, le fond de votre nature. Maintenant je suis content de vous, jeune homme! C'est très bien! très bien!... De la délicatasse, des principes.
LETOURNEUX
Il n'y a que ça, voyez-vous, les principes!... c'est une base ! Du moment qu'un homme a des principes, on peut compter dessus ! Or je vous réponds de celuilà, moi.
KLOEKHER.
Le fils de notre meilleur ami, je crois bien!
<3iC"« Kloekher entre en toiletio de bal.) Ma fcmmC ! il faUt qUC
je vous présente. Permettez !...
Il remonte lai g cène vivement jusqu'à elle.