SCÈNE YL
PAUL, MADAME KLOEKHER:
MADAME KLOEKHER.
Soyez convaincu, monsieur, que les intentions de^ mon mari n'avaient pas besoin, d'être exprimées. Je partage trop tous ses sentiments pour ne pas dés^r
comme lui vous être agréable, et môme, pardon du mol... utile, si nous le pouvons.
PAUL
Oh! je suis confus, vraiment!...
MADAME KLOEKHER.
11 nous sera bien doux de faire en sorte que vos chagrins soient sinon oubliés... du moins adoucis.
PAUL
Mais ils le sont déjà, madame, par celte manière inaltendue ! . . .
MADAME KLOEKHER.
Comme vous avez dû souffrir, n'est-ce pas ?
Oui, oui!
MADAME KLOEKHER.
Pourquoi n'êtes-vous pas venu à nous, d'abord.
PAUL
Ëh! mon Dieu, madame, mon excuse, quoique sincère, est mauvaise, mais...
MADAME KLOEKHER.
Mais quoi?
PAUL
Pardon! je n'osais...
MADAME KLOEKHER.
Enfant! Allons, vous réparerez cela, je Tekige!... Nous recevons nos intimes tous les mercredis à sept heures, nToublie? pas! Je. vous ferai, conjlallre quel-
ques-unes de mes amies, des femmes intelligentes qui vous plairont. J'espère que vous viendrez de temps à autre bavarder dans ma loge aux Italiens. Si vos aprèsmidi vous pèsent trop, il y a une place en face de moi dans ma voiture pour faire le tour du lac, au Bois. C'est si ennuyeux d'être seule à revoir tous les jours cette éternelle pièce d'eau! Mais où aller? Puisque vous dessinez, il faudra m'apporter la prochaine fois vos albums de voyage. Je vous montrerai les miens ; d'avance, je réclame un peu d'indulgence pour mes pauvres aquarelles. Enfin nous lirons, nous causerons. Nous deviendrons de vrais amis. J'y compte, du moins.
Oh! merci. Vous êtes bonne comme un ange. Voilà les premières marques de sympathie que l'on m'adresse. Qu'ai-je donc fait pour en mériter une si gracieuse?... A qui la dois-je?
MADAME KLOEKHER.
Mais à la mémoire de votre père, au désir de mon mari, à votre position, et un peu... à vous-même.
Bile lui teod la main, Panl la saisit et la Inise. MADAME KLOEKHER, la retirant vivement.
Monsieur ! . . .
PAUL
Pardon ! c'est une faute, je conçois ! L'élan irréfléchi de ma gratitude vous semble une grossièreté.
MADAME KLOEKHER.
N'en parlons plus. Entrons dans le bal* Sortons.
PAUL
Sans m'avoir pardonné? Au nom du ciel, ne m'en voulez pas! Excusez-moi! il faut bien avoir un peu d'indulgence pour un homme abandonné de tous, fatigué par les déceptions, aigri par le malheur.
MADAME KLOEKHER, A demi-voix.
C'est une sympathie de plus entre nous deux! (oestc de pani.) Oui, j'ai mes soufiTrances, et aussi profondes que les vôtres, peut-être !
Vous ! Gomment?
MADAME KLOEKHER.
Âh! monsieur de Damvilliers, un homme de votre condition peut-il avoir les préjugés du peuple et s'imagine comme lui que le cœur soit content et qu'on n'ait plus rien à demander au ciel, du moment qu'on est riche I Oh ! non ! non !
PAUL
Expliquez-moi...
MADAME KLOEKHER.
Plus tard, mon ami!.... (tes pannenux qui fermaient le boudoir â droite, A gauche et au fond s'enlèvent et laissent voir le bal.) VotrC
bras, s'il vous plaît?
PAUL, A part.
Son ami... son ami!...
De chaque edté de la scène, il y a des cariatides dorées contre des piliers qui montent Jusqu'au plafond; entre les cariatides, des Jardinières remplies de fleurs espacées par des candélabres. Au fond, trois arcades ouvertes laissent voir d'autres saluos, avec des bulTets chargés d'argenteries et de flacons.
soi LE CHATEAU DES COEURS.