‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 139 sur 202 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

PAUL, seul.

(Après ètro resté longtemps les bras croisés, avec un grand soupir.*) Ail ....

lljotto son chapeau sur le lit de sangle.) UU6ll6 DUlt !... (il regarde

le* murs lentement) et qUCllC Chambrel... (Puis la fenêtre. » TiCHS!

le jolir qui se lève; et la neige, encore!... Mais il ne tombera donc pas du ciel quelque chose pour les écraser tous! ai picure.) Ah! comme je suis fatigué! au

8*assoit près de la cheminée, un bras sur le chambranle.) DOnt-lIS aSSCZ

lâches, égoïstes, ingrats, hypocrites el cruels!... Pardessus tout cela, des sourires, des phrases, des étreintes affectueuses, et même, ô sacrilège, des offres d'amour! Et je prétendais trouver dans ce néant quelque chose qui désaltérât mon cœur! — Dans combien de pays n'ai-je pas traîné mes rêves!... Partout, avec des masques et des impudeurs différentes, j'ai rencontré les mômes ignominies ! A présent, voilà qu'elles viennent jusqu'à moi, elles m'attaquent. Assez, assez! je n'en veux plus! — Pourquoi vivre alors, puisque je ne peux pas changer le monde? Ah! si j'avais eu pourtant quelqu'un qui m'eût aimél... (hsc Kve.) Allons, pas de faiblesse! Disparaissons tout de suite, pour prévenir peut-être les défaillances, avant la première rougeur de honte, et dans l'intégrité de mon orgueil, comme ces vieux roiâ d*Orient qui se faisaient mourir avec toutes leurs richesses!... Il ne faut que la résolution d'une minute. Ce ne

doit pas être difficile ? D'ailleurs , tout m'y engage, tout m'y pousse... (Apercevant la boite de pistolets ouverte.)

Ah!... et jusqu^au hasard lui-même I (ii retire les pistoieta et les manie.) L'armufier qui me les a vendus me faisait valoir, pour ma sécurité personnelle, la longueur de leur portée. A cette distance, je n'ai pas besoin qu'ils soient si merveilleux! C'est une superfluité. Essayons. (Il fait jouer la batterie.) Bien I... Ma poudrièrc, OÙ cst-ellc?

(Il verse de la poudre dans le fond de sa main, puis dans le pistolet, et jette le reste dans la cheminée. Le feu se ranime et flambe eztraordinairemeat. Paul continue à

charger son pistolet.) La ballc, uue capsulc, maintenant; et je n'ai plus qu'un geste, presque un signe à faire pour

être libre ! . . . (six heures sonnent i une horloge voisine.) Six hCUrCS ! . . .

Au premier coup de la demie, tout sera dit! (u promène

s«s yeux tout à l'entour et aperçoit la table oii sont des papiers et une cassette

pleine de lettres.) Ah ! ccci, quc j'oubliais ! Nou ! que rien de moi, ni de mon passé, ne subsiste I Au feu, au feu,

toutes mes lettres ! (U les jette dans u cheminée. Il se rassoit.) Ah I

que cette flamme me réchauffe ! Je ne souffre plus. Non, au contraire! Et penser que ces cendres peutêtre seront encore tièdes quand mon cadavre sera froid! et puis tout se confondra, dispersé ! Ma vie aura passé comme ces formes fugaces, qui se dessinent sur les charbons. Tiens! il me semble voir dans la braise des plages de pourpre s'étalant près d'un lac de feu. On dirait, à présent, de vagues édifices, des aiguilles de cathédrale, un navire. Il s'enfonce et reparaît, comme le mien autrefois. J'entends encore le vent dans les manœuvres, et les bois de ma cabine qui craquent au milieu de la nuit. — Tiens!... c'est

étrange, voilà une lettre qui s'obstine à ne pas brûler! Elle blanchit même dans la flamme. — Pourquoi ? (p«ni u prend.) Elle ost froido I Gomment se fait-il?... (uchemûée

peu à peu s'est haussée et élargie, laissant Toir, aa milioa des flammes, les choses mêmes que Paal rêvait. Le bord supérieur, moulant toujours, a presque dispara dans les frises ; et l'on aperçoit un ch&teau tout noir, d'une architecture farouche, avec

des meurtrières embrasées.) Une forteresse, laquelle douc ? Je ne

Tai jamais vue. (Le château disparaît. La lettre qu'il tient devient loffli-

neuse. - Paul m : ) « G'est l'eudroit où les gnomes détiennent captifs les cœurs des hommes. Nous comptons sur toi pour les délivrer. — Ta récompense sera un amour au-dessus même de tes rêves. Tu rencontreras souvent celle que nous te destinons ; tâche de la reconnaître, ou sinon tu es irrévocablement perdu. — Es-tu prêt? — La Reine des Fées. » — Moi!... Mais comment me guider ?

Chœur des fées l'encourageant.

PAUL reste pendant quelquet minutes en proie i one anxiété terrible; puis, avec un geste de résolution héroïque :

J'accepte I partons!

Deux coupe frappée i la porte, run après Tautre. UNE VOIX, du dehors.

Ouvre, Dominique!

Troisième coup.

PAUL

Qui est-ce? (n Ta ouvrir.)

QUATRIÈME TABLEAU. - SCÈNE IV. * ttl

ses

Page 1