SCENE VIII
JEANNE, LE ROI DES GNOMES
JEANNE, avec emportement.
Délivre-le! Délivre-le donc, ou je vais moi-même...
LE ROI
Prends garde !
JEANNE
Mais c'est par ta faute qu'il se trouve là, et que je l'ai perdu encore une fois 1
LE ROI
Par la tienne !
Ah! non content de m'avoir trompée...!
LE ROI
Je ne t*ai pas trompée! Je puis te donner tout ce que tu demandes, mais il m'est impossible d'agir sur tes sentiments comme sur les siens; choisis mieux! A ta première réquisition, je t'ai accordé les élégances du monde et les niaiseries qu'elles comportent ; à la seconde, la simplicité bourgeoise avec son cortège de laideurs. De quoi te plains-tu? que te faut-il?
JEANNE, apiôs un long silence.
Eh bien! je vais te le dire ; car 'je l'ai deviné enfin, lorsqu'au milieu de la populace qui l'enchaînait, le rêve de son cœur a jailli dans une explosion d'orgueil ! Ce que je veux? Écoute : c'est un pouvoir tellement démesuré qu'il l'éblouisse! Je demande des palais de basalte avec des escaliers de diamant, et à le faire asseoir auprès de moi sur un trône d'or, pour qu'il contemple de plus haut toutes les tètes de mes peuples esclaves prosternés dans la poussière !
LE ROI
Bien! bien! Mais pas si fort, ma princesse, de peur de réveiller ces honnêtes populations.
Il tire de sa poche un bonnet de coton démesuré, se l'enfonce sur le chef et lelèTe ses lunettes bleues. Sou yisage est oflroyable, ayec des dents jaunes, des yeux cernés jusqu'aux oreilles, tandis que son collier de barbe rouge, se développant sur les deux côtés, ressemble à deux gros plumets. La mÀcho de son bonnet de coton flamboie. Il disparaît avec Jeanne.