‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 43 sur 202 · ACTE H, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE IV

MUREL.

Très bien !

ROUSSELIN

Et Tapplication sérieuse du suffrage universel! Cela vous étonne ! Je suis comme ça, moi ! Notre nouveau préfet qui soutient la réaction, je lui ai écrit trois lettres en manière d'avertissement! Oui, monsieur! Et je suis capable de le braver en face, de l'insulter! Vous pouvez dire ça aux ouvriers!

MUREL, à part.

Est-ce qu'il parlerait sérieusement?

ROUSSELIN

Vous voyez donc qu'en me préférant Grucliet... car, je vous le répète, il se vante d'être soutenu par vous. Il le crie dans toute la ville.

MUREL.

Que savez-vous si je vote pour lui?

ROUSSELIN

Comment?

MUREL.

Moi, en politique, je ne tiens qu'aux idées ; or les siennes ne m'ont pas Tair d'être aussi progressives que les vôtres? Un moment! Tout n'est pas fini!

Non! tout n'est pas fini! et on ne sait pas jusqu'où je peux aller pour plaire aux électeurs. Aussi je m'étonne d'avoir été méconnu par une intelligence comme la vôtre.

MLREL.

Vous me comblez !

nOL'SSELIN.

Je ne doute pas de votre avenir!

MLREL.

Eh bien, alors, dans ce cas-là...

ROUSSELIN

Quoi?

MUREL.

Pour répondre à votre confiance, — j'ai un petit aveu à vous faire : — en écoutant Gruchet, c'était après ce refus, et j'ai cédé à un mouvement de rancune.

ROUSSELIN, lui tapant sur l'cpaule.

Tant mieux! ça prouve du cœur.

MUREL.

Comme j'adore votre fille, je vous maudissais.

ROUSSELIN, lui prenant la main.

Ce cher ami! Ah! votre défection m'a fait une peine!...

MLREL.

Sérieusement, si je ne l'ai pas j'en mourrai!

nOUSSELIN.

Il ne faut pas mourir!

MLREL.

Vous me donnez de l'espoir?

Page 1