‹ Œuvres completès de H. de BalzacChapitre 7 sur 14 · IL IJVRB, SCÊKBS DB LA VU DE · texte numérisé non relu

IL IJVRB, SCÊKBS DB LA VU DE

million poor entrepreodre aa nomcov jonrnaL J'aé éomc amda sans a^otr 4 moi plus de dix cnllle francs* teont^nsMoL Si la peux faire acheter la moitié de ma paît, on sixième^ h jHalifrt, peur tarenfep mâle francs, je te doDBeraî la rédactioo eB chef de moa petit joarnd, airec dein centciaqvaote francs par moî& Tasecas oaaBprêteiKHB. Je f€«: pouToir toojours diriger la rédactioa, y garder tous mes intérêts et ne pas avoir l'air d*y être pour quelque choae. Tous les articles te seront payésà raison de cent sous la colonne; ainsi tu peux te faire on boni de qaioBe francs piv jour en ne les payant que trois francs, et en profitant de la rédaction gratuite. C'est encore quatre cent cinquante francs par mois. Mais je veux rester maître ée fûre attaquer ou défendre les hooinies et les affaires à mon gré dans le journal, toitt en le bissant satisfaire les haines et les amitiés qui ne gêneront point ma politiqoe. Peut-être serai-je ministériel ou ultra, je ne sais pas encore; maisîei«ux conserver, en dessous main, mes retations libérales. Je te dis tout, à toi qui es un bon enfant. Peut-^tre te ferais-je avoir les Chambres dans le journal où je les fais, je ne pourrai sans doute pas les garder. Ainsi, emploie Florine à ce petit maquignonage, et dis-ki de presser vivement le bouton au droguiste : je n*ai que quarante-huit heures pour me dédire, » je ne peux pas payer. Dauriat a vendu Tautre tiers trente mille francs à son imprimeur et à son marchand de papier. Il a, lui, son tiers gratis^ et gagne dix mille francs* puisque le tout ne lui en coâte que cinquante nûMe. Mais dans nn an le recueil vaudra deux cent mille francs à vendre à la Cour, si elle a, comme on le prétend, le bon sens d'amortk les journaux.

— Tu as du bonheur, s'écria Lousteau.

— 1^ tu avais passé par les jours de misère cpie j'ai connus, tu ne dirais pas ce mot-là. Mais dans ce temps-ci, vois-tu, je jouis d'un malheur sans remède : je suis ûls d'un chapelier qui vend encore des chapeaux rue du Coq. Il n'y a qu'une révolution qui puisse me faire arriver ; et, faute d'un bouleversement social, je dois avoir des millions. Je ne sais pas si, de ces deux choses, la révtdn* tk>n n'est pas la plus facila Si je portais le nom de ton ami, je serais dans une belle passe. Silence, voici le directeur. Adieu, dit Finot en se ievam Je vais à l'Opéra, j'aurai peut-être un duel demain : je fais et signe d'un F un article foudroyant coraredeux dan* seuses qui ont des généraux pour amis. J'attaque^et raide, l'Opéra.

— Ah ! bah? dit le directeur.

ILLUSIONS PERDUES : m GRAND HOUME DE PROV. A PARIS. 23 S

— Oui, cbacan lésine avec moi, répondit FinoU Celui-ci me retranche mes loges, celai-Ià refuse de me prendre cinquante abonnements. J'ai donné mon ultimatum à TOpéra : je yeux maintenant cent abonnements et quatre loges par mois. S'ils acceplent, mon jonmal aara huit cents abonnés servis et mille payants. Je sais les. moyens d'avoir encore deux cents autres abonnements : nous se-- 'ons a douze cents en janvier. . .

— Vous unirez par nous miner, dit le directeur.

— Vous êtes bien malade, vous, avec vos dix abonnements. Je vous ai fait faire deux bons articles au Constitutionnel,

— Ob ! je ne me plains pas de vous, s*écria le directeur.

— A demain soir, Lousteau, reprit Finot. Tu me donneras réponse aux Français, où il y a une première représentation ; et commeje ne pourrai pas faire l'article, tu prendras ma loge au journal. Jete^ donne la préférence : tu t'es échiné pour moi, je suis reconnaissant. Félicien Yernou m'offre de me faire remise des appointements pendant un an et me propose vingt mille francs pour un tiers dans la^ propriété du journal; mais j'y veux rester maître absolu. Adieu.

— H ne se nomme pas Finot pour rien, celui-là, dit Lucien h Lousteau.

— Oh ! c'est un pendu qui fera son chemin, lui répondit Etienne sans se soucier d'être ou non entendu par Thomme habile qui fermait la porte de la loge.

— Lui?... dit le directeur, il sera millionnaire, il jouira de I» considération générale, et peut-être aura-t-ildes amis...

— Bon Dieu ! dit Lucien, quelle caverne! £t vous allez faire entamer par celte délicieuse fille une pareille négociation? dit-il ea montrant Florine qui leur lançait des œillades.

— Et elle réussira. Vous ne connaissez pas le dévouement et la finesse de ces chères créatures, répondit Lousteau.

— Elles rachètent tous leurs défauts, elles effacent toutes leurs fautes par retendue, par Finfmi de leur amour quand elles aiment» dit le directeur en continuant. La passion d'une actrice est une chose d'autant plus belle qu'elle produit un plus violent contraste avec son entourage.

— C'est trouver dans la boue un diamant digne d'orner la couronne la pins orgueilleuse, répliqua Lousteau.

— Mais, reprit le directeur, Coralie est distraite. Notre ami fait Corafie sans s'en douter, et va lui faire manquer tous ses effets;.

elle n*est plus à ses répliques, voilà deux fois qu*elle n*entend pas If! souffleur. Monsieur, je vous en prie, mettez-vous dans ce coin, dit-il à Lucien. Si Goralie est amoureuse de vous, je vais aller lui dire que vous êtes parti

— Eh! non, s*écrla Lousteau, dites- lui que monsieur est du souper, qu'elle en fera ce qu'elle voudra» et elle jouera comme mademoiselle Mars.

Le directeur partit

— Mon ami, dit Lucien à Etienne, comment ! vous n*avez aucun scrupule de faire demander par mademoiselle Florine trente mille francs à ce droguiste pour la moitié d'une chose que Finot vient d'acheter à ce prix-là?

Lousteau ne laissa pas à Lucien le temps de finir son raisonnement

— Mais, de quel pays êtes-vous donc, mon cher enfant? ce droguiste n'est pas un homme, c'est un coffre-ifort donné par l'amour.

— Mais votre conscience ?

— La conscience, mon cher, est un de ces bâtons que chacun prend pour battre son voisin, et dont il ne se sert jamais pour lui. Àh! çà, à qui diable en avez-vous? Le hasard fait pour vous en un jour un miracle que j'ai attendu pendant deux ans, et vous vous 'amusez à en discuter les moyens ? Gomment I vous qui me paraissez avoir de l'esprit, qui arriverez à l'indépendance d'idées que doivent avoir les aventuriei^ intellectuels dans le monde où nous sommes^ vous barbotez dans des scrupules de religieuse qui s'accuse d'avoir mangé son œuf avec concupiscence ?. . . Si Florine réussit, je deviens rédacteur en chef, je gagne deux cent cinquante francs de fixe, je prends les grands théâtres, je laisse à Yemou les théâtres de vaudeville , vous mettez le pied à l'étrîcr en me succédant dans tons les théâtres des boulevards. Vous aurez alors trois francs par colonne, et vous en écrirez une par jour, trente par mois qui vous produiront quatre-vingt-dix francs; vous aurez pour soixante francs de livres à vendre à Barbet; puis vous pouvez demander mensuellement à vos théâtres dix billets, en tout quarante billets, que vous vendrez quarante francs au Barbet des tliéâtres, un homme avec qui je vous mettrai en relation. Ainsi je vous vois deux cents francs par mois. Vous pourriez, en vous re.:dant utile à Finot, placer un article de cent francs dans son nouveau journal hebdomadaire, au cas où vous déploieriez un talent transcendant; car là on signe, et il ne faut plus rien lâcher comme dans le petit journal Vous aurics

aLUsiONs perdues: un grand houme db prov. a paris. 237

alors cent écos par mois. Mon cher, il y a des gens de talent, comme ce pauvre d'Artbez qui dîne tous les jours chez Flicoteaux, ib sont dix ans avant de gagner cent écus. Vous vous ferez avec votre plume quatre mille francs par*an, sans compter les revenus de la Librairie, si vous écrivez pour elle. Or, un Sous-Préfet n*ii qne mille écus d'appointements, et s*amuse comme un bâton de chaise dans son Arrondissement. Je ne vous parle pas du plaisii d'aller au Spectacle sans payer, car ce plaisir deviendra bientôt une fatjgae; mais vous aurez vos entrées dans les coulisses de quatre théâtres. Soyez dur et spirituel pendant un ou deux mois, vous serez accablé d'invitations, de parties avec les actrices; vous serez couilisé par leurs amants; vous ne dînerez chez Flicoteaux qu'aux jours où vous n'aurez pas trente sous dans votre poche, ni pas un diner en ville. Vous ne saviez où donner de la tête à cinq heures dans le Luxembourg, vous êtes à la veille de devenir une des cent personnes privilégiées qui imposent des opinions à la France. Dans trois jours, si nous réussissons, vous pouvez, avec trente bons mots imprimés à raison de trois par jour, faire maudire la vie à un homme; vous pouvez vous créer des rentes de plaisir chez toutes les actrices de vos théâtres, vous pouvez faire tomber une bonne pièce et faire courir tout Paris à une mauvaise. Si Dauriat refuse d'imprimer les Marguerites sans vous en rien donner, vous pouvez le faire venir, humble et soumis, chez vous, vous les acheter deux mille francs. Ayez du talent, et flanquez dans trois journaux différents trois articles qui menacent de tuer quelques- «nés des spéculations de Dauriat ou un livre sur lequel il compte, vous le verrez grimpant à votre mansarde et y séjournant comme une clématite. Enfin votre roman, les libraires, qui dans ce moment vous mettraient tous à la porte plus ou moins poliment, feront queue chez vous, et le manuscrit, que le père Doguereau vous estimerait quatre cents francs, sera surenchéri jusqu'à quatre mille francs ! Yoilà les bénéfices du métier de journaliste. Aussi défendons-nous l'approche des journaux à tous les nouveaux venus; nonseulement il faut un immense talent, mais encore bien du bonheur pour y pénétrer. £t vous chicanez votre bonheur!.... Voyez? si nous ne nous étions pas rencontrés aujourd'hui chez Flicoteaux, vous pouviez faire le pied de grue encore pendant trois ans ou mourir de faim, comme d'Ârthez, dans un grenier. Quand d'Artbez sera devenu aussi instruit que Eayle et aussi grand écrivain

^ue Rousseau, nous aurons fait notre fortune, nous serons maîtrei de la sienne et de sa gloire. Finoc sera dépoté, propriétaire d'no i;rand journal ; et nous serons, nous, ce que nous aurons ¥Oulo être : pairs de France ou détenus 4 Sainte-Pélagie pour dettes.

— £t Fioot vendra son grand journal aux ministres qui lui donneront le plus d'argent, comme il vend ses éloges à madame Bastienne en dénigrant mademoiselle Virginie , et prouvant que les chapeaux de la première sont supérieurs à ceux que le journal vantait d*abord! s*écria Lucien en se rappelant la scène dont il avait été témoin.

— Vous êtes un niais, mon cher, répondit Lousteau d'un ton sec. Fioot, il y a trois ans, marchait sur les tiges de ses bottes, <linait chez Tabar à dix-huit sous, brochait un prospectus ponr ^x francs, et son habit lui tenait sur le corps par un mystère aussi impénétrable que celui de Timmaculée conception : Finot a maintenant 4 lui seul son journal estimé cent mille francs; avec les abon- «lements payés et non servis, avec les abonnements réels et les contributions indirectes perçues par son oncle, il gagne vingt mille francs par an; il a tous les jours les plus somptueux dîners du monde, il a <abriolet depuis un mois; enfin le voilà demain à la tête d*un journal hebdomadaire, avec un sixième de la propriété pour rien, cinq <:ents francs par mois de traitement auxquels il ajoutera mille francs 4e rédaction obtenue gratis et qu'il fera payer à ses associés. Vous, le premier, si Finot consent à vous payer cinquante francs la feuille, serez trop heureux de lui apporter trois articles pour rien. <^uand vous aurez gagné cent mille francs» vous pourrez juger Finot : on ne peut être jugé que par ses pairs. N'avez-vous pas un Immense avenir, si vous obéissez aveuglément aux haines de poâdon, si vous attaquez quand Finot vous dira : Attaque! si vous louez quand il vous dira : Louel Lorsque vous aurez une vengeance à exercer contre quelqu'un, vous pourrez rouer votre ami ou votre «nnemi par une phrase insérée tous les matins à notre journal en me disante Lousteau, tuons cet homme-là ! Vous réassassinerez votre victime par un grand article dans le journal hebdomadaira Enfin, si l'affaire est capitale pour vous , Finot, à qui vous vous serez ceudu nécessaire, vous laissera porter un dernier coup d'assommoir dans un grand journal qui aura dix ou douze mille abonnée

— Ainsi vous croyez que Florine pourra décider son droguiste à tàtè le marché? dit Lucien ébloui

iLLusioais p£iuM>cs : vu grjjbd howr bb i>mv; a mnis. 9S9

— - Je Je croâ bien» ¥oid refftr'ac4e> jet» dé^ lui en aUer dbe 4f eox OMMB, cda se coadora cette nuit. Vae fois sa ieçon iaile. Fit* rine anra tout mon esprit et ie sien.

— Et cet honnête négociant qui est ib, louche faéanle^ aAmirai Florine, sans se douter qo'on isa lui extirper tnente naille francs !...

— Encore me antre sottise ! Ne dirait-on pas qn'oa le Tote? s*écria Lonsteao. Mais, mon cher, si le Misisière aehèle le jovioat, dans w. mois le droguiste aura peut-être doqaanae mille francs de ses trente milla Pois, Mati£at ne Tara pas le journal, mais les intérêts de Florine. Quand on saura que Matifat et Gamusot (caris se partageront l'affaire) sont prapriétaires d'one Rei^ne, il y aura dans tous les journaux des artides bienveillants pour Flortne et Ceradie: Florine Ta devenir célèlM^, elle aura peut-être un engagement de doBze nulle francs, dans un autre théâtre. Enfin, MUifat éconeffiisera les milie francs par mob que loi coûteraient les cadeaux et ks din«*s aux JQWBaliste& Tous ne connaissez ni les hommes, ni les affiures.

— Pauvre honine! dît Ludes, il compte avoir une nmt agréîrhie.

— Et« neprit Ltasteau, il sera scié en deux par raifle raisonnements jusqu'à ce qu'il ait UKmtré à Florme l'acquisition da nxâème acheté à Finot £t moi ie lendemain je ser» rédacteur en chef, et je gagnerai uyie francs par mois. Yoid donc la fin de mes nnsèresl s'écria l'amant de Florine.

Lousteau sortit hissant Linrien abasourdi, perdu dans un Mme de pensées, volant an-dessns du monde comme il est. Après avoir vu aox Galeries de Bois les ficcties de la Librairie et la cuisine de la gloire, ^rès s'être promené dans les coulisses du théâtre, le poète aperœvait l'enTcrs des consciences, le jeu des rouages ite la vie pariàeniie, le mécanisnae de tonte cfaosa II avait envié le bonhearâe Ix>«Aean en adminmt FiorÎDe en scène. JOéjà, potdam qoelqnes instants, il avait oublié Matifat 11 doneura là durant ob temps inaf^oirédable, peut-être cinq minutes. Ce fut nne étennté. Des pensées ardentes enflammaient son àme, cotmne ses sens étaient embrasés par le spectacle de ces actrices aux yenx lasdfe et relevés pur le ronge, à gorges étincdantes, vêtues de basquines Tolnptueases à plis licendeox, à jnpes oomtes, montrant knrs jaraècs en bas rouges à cdns verts, chanssées de manière h mettre nn parterre ea énoL Deux corraptions marchaient snr deux lignes parallèles, comme éean nappes qui^ dans one inondation^ mlent se rejoindre; eBes

dé?oraient'le poète accoudé dans le coia de la loge, le bras sur la felours rouge de l'appui» la maia pendante, les yeux fixés sur le toile, et d'autant plus accessible aux enchantements de cette Tîe mélangée d'éclairs et de miages qu'elle brillait comme un feu d'artifice après la nuit profonde de sa vie travailleuse, obscure, monotone. Tout à coup la lumière amoureuse d'un œil ruissela sur les yeux inattentifs de Lucien, en trouant le rideau du théâtre. Le poète, réveillé de son engourdissement, reconnut l'œil de Coralie qui le brûlait; il baissa la tête, et regarda Camusot qui rentrait alors dans la loge en face.

Cet amateur était un bon gros et gras marchand de soieries de la rue des Bourdonnais, Juge au Tribunal de Commerce, père de quatre enfants, marié pour la seconde fois à une épouse légitime, riche de quatre-vingt mille livres de rente, mais âgé de cinquantesix ans, ayant comme un bonnet de cheveux gris sur la tête, l'air papelard d'un homme qui jouissait de son reste, et qui ne voulait pas quitter la vie sans son compte de bonne joie, après avoir avalé les mille et une couleuvres du commerce. Il y avait 6ur ce front couleur beurre frais, sur ces joues monastiques et fleuries tout l'épanouissement d'une jubilation superlative : Camusot était sans sa femme, et entendait applaudir Coralie à tout rompre. Coralie était toutes les vanités réunies de ce riche bourgeois, il tranchait chez elle du grand seigneur d'autrefois; il se croyait là de moitié dans son succès, et il le croyait d'autant mieux qu'il l'avait sddé. Cette conduite était sanctionnée par la présence du beau-père de Camusot, un petit vieux, à cheveux poudrés, aux yeux égrillards, et très-digne. Les répugnances de Lucien se réveillèrent, il se souvint de l'amour pur, exalté, qu'il avait ressenti pendant un an pour madame de Bargeton. Aussitôt l'amour des poètes déplia ses ailes blanches : mille souvenirs environnèrent de leurs horizons bleuâtres le grand homme d'Angoulôme qui retomba dans la rêverie. La toile se leva. Coralie et Florine étaient en scène.

— Ma chère, il pense à toi comme au grand Turc, dit Florine à voix basse pendant que Coralie débitait une réplique

Lucien ne put s'empêcher de rire, et regarda Coralie. Cette femme, une des plus charmantes et des plus délicieuses actrices de Paris, la rivale de madame Perrin et de mademoiselle Fleuriet, auxquelles elle ressemblait et dont le sort devait être le sieo, était le type des filles qui exercent à volonté la fascination sur les bom-

; liisait la joie de In salle, où lous les jeui sernienl sa laille biao priiC sa l)asr|uïne, et ilattaienl sa ciuupe audalouse i]ui ïmprïniiiit des iorstmi

0 HOMME DR PROIJACE-I

mrs. Coralie montrait une sublime figure hébraïque, ce long visage o;ale d'un ton d'ivoire blond, à bouche rouge comme une grenade, ï menton fin comme le bord d'une coupe. Sous des paupières chaudes et conune brûlées par une pruneDe de jais, sous des cils recourbés, on devinait un regard languissant où scintillaient à propos les ardeurs du désert. Ces yeux étaient entourés d'un cercle olivâtre , et surmontés de sourcils arqués et fournis. Sur un front brun, couronné de deux bandeaux d'ébène où brillaient alors les lumières comme sur du vernis, siégeait une magnificence de pensée qui aurait pu faire croire à du génie. Mais Coralie, semblable à beaucoup d'actrices , était sans esprit malgré son nez ironique et fin , sans instruction malgré son expérience; elle n'avait que l'esprit des sens et la bonté des femmes amoureuses. Pouvait-on d'ailleurs s'occuper du moral , quand eUe éblouissait le regard avec ses bras ronds et pdis, ses doigts tournés en fuseaux, ses épaules dorées, avec la gorge chantée par le Cantique des cantiques, avec un col mobile et recourbé, avec des jambes d'une élégance adorable, et chaussées en soie rouge? Ces beautés d'une poésie vraiment orientale étaient encore mises en relief par le costume espagnol convenu diâis nos théâtres. Coralie faisait la joie de la salle où tous les yeux serraient sa taflle bien prise dans sa basquine, et flattaient sa croupe andalouse qui imprimait des torsions lascives à la jupe. Il y eut un moment où Lucien, en voyant cette créature jouant pour lui seul, se souciant de Camusot autant que le gamin du Paradis se soucie de la pelure d'une pomme, mit l'amour sensuel au-dessus de l'amour pur, la jouissance au-dessus du désir, et le démon de la luxure lui souffla d'atroces pensées.

« J'ignore toutde l'amour qui se roule dans la bonne chère, dans le vin, dans les joies de la matière, se dit-il. J*ai plus encore vécu par la Pensée que par le Fait Un homme qm veut tou^ peindre doit tout connaître. Yoici mon premier souper faistueux , ma première orgie avec un monde étrange, pourquoi ne goûterais-je pas une fois ces délices si célèbres où se iniaientlesgrands seigneurs du dernier siècle en vivant avec des impures ? Quand ce ne serait que pour tes transporter dans les belles régions de l'amour vrai, ne faut-il pas apprendre les joies, les perfections, les transports, les ressources; les finesses de l'amoar des courtisanes et des actrices ? N'est-ce pas, après tQut, la poésiedes sens ? U y a deux mois, ces femmes me serni^laientdes 4iviiûté$ gai*décs par desdragons inabordables; en voila cou. HUH. T. viii. i6

Qh2 n. LIVAS, SGÈNBS BB LA I^IB DE PROVIIKCE.

une dent la Jbeaiilé sorpasse celle de Fidrine que j*en?iais à Lousteau ; pourquoi ne pas profiter de ta fantaiâe, quand les plus grands sei- .gnenrs achètent de leurs pkis riches trésors une nuit à ces femmeslà? Les ambassadeurs, quand ils mettent le pied dans ces gouffres, ne se soucient m de la veille ni du lendemain. Je serais un niais d'avoir plus de délicatesse que les princes, surtout quand je n'aime tnçjore personne.

Lucien ne pensait plus à Gamusot Après avou* manifesté à Lousteau le plus profond dégoût pour le plus odieux partage, il tombait dans cette fosse, il nageait dans un désir, entraîné parle jésuitisme de la passion.

— Goralie est folle de vous, lui dit Lousteau en entrant Votre beauté, digne des plus illustres marbres de la Grèce, fait un ravage inouï dans les coulisses. Vous êtes heureux, mon cher. Â dixhuit ans, Goralie pourra dans quelques jours avoir trente mille f canes par an pour sa beauté. £Ue est encore très>sage. Vendue par sa mère, il y a trois ans , soixante mille francs, efie n'a encore eu que des chagrins, et cherche le bonheur. Elle est entrée au théâtre par dése^k, elle avait en horreur de Marsay, son prenner acquéreur ; et , au sortir de la galère , car ^e a été bientôt lâchée par le roi de nos daadies, eUe a trouvé ce bon Camusot qu*elie n'aime guère : mais il est comme un père pour elle, efie le souffre et se laisse aimer. Elle a refusé déjà les plus riches propositions, et se tient à Gamuset qui ne k tou^nente pas. Vous êtes donc son premier amour. Oh! elle a ceça comme un coup de pistolet dans le coeur en vous voyant, et Florine est allée l'arraisonner dans sa loge où elle pleure de volare froideur. La pièce va tomber, Goralie ne sait plus son rôle, et adieu l'engagement au €ymnase que Gamusot lui préparait !...

— Bah ?... pauvre fiUe ! dk Lucien dont toutes les vanités furent offessées par ces paroles et qui se sentit le coeur gcmffé d'amourpropre. 11 m'arrive, monxher, dans une soirée, plus d'événements que dans les dix4mit preoii^es annéesde ma vie.

£t Lucien racoma^ ses asours af«e madame de Borgeton, et sa àaiue centre le baron Ciiâldet. >

— Tiens, k joumial manque debéte noire, nous 8flk>ns l'empoigner. Gc baron est un beau d« Tempâe^ il «sinnislériel, û nous va, je rai vu souvent à l'Opéoai J'aperçoife d^ volHregrandedainé, elh esl;suai4uu 4»m k iog^de la issmpàH d'BftpiH. Le baron fait ta

ILLUSIOnS PE1UH3ES : us GRAND HOMME DE PROV. A PARIS. 243

Gonr à Totre ex-maîtresse, an os de seiche. Attendez I Flnot vient de m*eD¥oyer un exprès me dire que le journal est sans copie, un tour que lui joue un de nos rédacteurs, un drôle, le petit Hector Merlin, à qui Ton a retranché ses blancs. Flnot au désespoir broche on article contre les danseuses et TOpéra. £h ! bien, mon cher, faites Tarticle sur cette pièce, écoutez-la, pensez-y^ Moi, je Tais allei dans le cabinet du directeur méditer trois colonnes sur votre homme et sur votre belle dédaigneuse qui ne seront pas à la noce demain....

— Voilà donc où et comment se fait le journal? dit Lucien.

— Toujours comme ça, répondit Lousteau. Depuis dix mois que j'y suis, le journal est toujours sans copie à huit heures du soir.

On nomme, en argot typographique, copie ^ le manuscrit à composer, sans doute parce que les auteurs sont censés n'envoyer que la copie de leur œuvre* Peut-être aussi est-ce une ironique traduction du mot latin copia (abondance), car la copie manque toujours!...

— Le grand projet qui ne se réalisera jamais est d'avoir quelques numéros d'avance, reprit Lousteau. Voilà dix heures , et il n'y a pas une ligne. Je vais dire à Vernou et à Nathan, pour finir brillam< ment le numéro, de nous prêter une vingtaine d'épigrammes sur les députés, sur le chancelier Cruzoé^ sur les ministres, et sur nos amis au besoin. Dans ce cas-là, on massacrerait son père, on est comme on corsaire qui charge ses canons avec les écns de sa prise pour ne pas mourir. Soyez spirituel dans votre article, et vous au^ rez fait un grand pas dans l'esprit de Finot : il est reconnaissant par calcul. C'est la meilleure et la plus solide des reconnaissances, après toutefois celles du Mont-de-Piétél

— Quels hommes sont donc les journalistes?... s'écria Lucien* Comment, il faut se mettre à une table et avoir de l'esprit..

— Absolument comme <mi allume un quinqoet.. jusqu'à ce que l'huile manque.

An moment où Lousteau ouvrait la porte de la loge, le directeur et Du Bruel entrèrent

— Monsieur, dit l'auteur de la pièce, laîssez-moi dire de votre pan à Coralie que vous vous en irez avec elle après souper, ou ma pièce va tomber. La pauvre fille ne sait plus ce qu'elle dit ni ce qu'elle fait, elle va pleurer quand il faudra rire, et rii*a quand il budra pleurer. On a déjà sifilé. Vous pouvez encore sauver la

2M IL LIVRE, scëhes de la vie de province.

^ièce. Ce n*cst pourtant pas an malheur qne le plaisir qui vous attend.

— Monsieur, je n'ai pas l'habitude d'avoir des rivaux, dit Lulîcn.

— Ne lui dites pas cela, s'écria le directeur en regardant Taateur, Coralie est fille à jeter Gamusot par la fenêtre, à le mettre à . la porte, et se ruinerait très-bien. Ce digne propriétaire du Cocond'Or donne à Coralie deux mille francs par mois, paye tous ses costumes et ses claqueurs.

— Comme votre promesse ne m'engage à rien, sauvez votre pièce, dit sultanesquement Lucien.

— Mais n'ayez pas l'air de la rebuter, cette charmante fille, dit le suppliant Du BrueL

— Allons, il faut que j'écrive l'artide sur votre pièce, et que je sourie à votre jeune première, soit! s'écria le poète.

L'auteur disparut après avoir fait un signe à Coralie qui joua dé lors merveilleusement et fit réussir la pièce. Bouffé, qui remplissait le rôle d'un vieil alcade dans lequel il révéla pour la première fois son talent pour se grimer en vieillard» vint au milieu d'un tonnerre d'applaudissements dire : Messieurs^^ la pièce que nous avons eu l'honneur de représenter est de messieurs Raoul et Du BrueL

— Tiens, Nathan est de la pièce, dit Lousteau, je ne m'étonne plus de l'intérêt qu'il y prend, ni de sa présence.

— Coralie! Coralie! s'écria le parterre soulevé.

De la loge où étaient les deux négociants, il partit une voix de tonnerre qui cria : — £t Florine !

— Florine et Coralie! répétèrent alors quelques voix.

Le rideau se releva. Bouffé reparut avec les deux actrices à qui Matifat et Camusot jetèrent chacun une couronne; Coralie ramassa la sienne et la tendit à Lucien. Pour Lucien, ces deux heures passées an théâtre furent comme un rêve. Les coulisses, malgré leurs horreurs, avaient commencé l'œuvre de cette fascination. Le poète, en* core innocent, y avait respiré le vent du désordre et l'air de la volupté. Dans ces sales couloirs encombrés de machines et où fuuieni des quinquéts huileux, il règne comme une peste qui dévore râine. La vie n'y est plus ni sainte ni réelle. On y rit de toutes les choses trieuses, et les choses impossibles paraissent vraies. Ce fut comme

nxiisions perdues : m grand hohiie de prov. a paris. 245

on narcotique pour Lucien, et Goralie acbeira de le plonger dans une ivresse joyeuse. Le lustre s'éteignit II n*y avait plus alors dans la salle que des ouvreuses qui faisaient un singulier bruit en ôtant les petits bancs et fermant les loges. La rampe , soufDée comme une seule chandelle, répandit une odeur infecte. Le rideau se leva. Une lanterne descendit du cintre. Les pompiers commencèrent leur ronde avec les garçons de service. A la féerie de la scène^ au spectacle des loges pleines de jolies femmes, aux étourdissantes lumières, à la splendide magie des décorations et des costumes neufs succédaient lefroid, l'horreur, l'obscurité, le vide. Ce fut bideux«.

— £h ! bien, viens-tu, mon petit? dit Lousteau sur le théâtre. Lucien était dans une surprise indicible.

— Saute de la loge ici, lui cria le journaliste.

D'un bond , Lucien se trouva sur la scène. A peine reconnut-il florine et Goralie déshabillées, enveloppées dans leurs manteaux et dans des douillettes communes , la tête couverte de chapeaux à voiles noirs , semblables enfin à des papillons rentrés dans leurs larves.

— Me ferez- vous l'honneur de me donner le bras? lui dit Co* ralie en tremblant

— Volontiers , dit Lucien qui sentît le cœur de l'actrice palpitant sur le sien comme celui d'un oiseau quand il l'eut prise.

L'actrice, en se serrant contre le poète, eut la volupté d'une chatte qui se frotte à la jambe de son maître avec une moelleuse ardeur.

— Nous allons donc souper ensemble ! lui dit-elle.

Tons quatre sortirent et trouvèrent deux fiacres à la porte des acteurs qui donnait sur la rue des Fossés-du-Temple. Goralie fit monter Lucien dans la voiture où était déjà Gamusot et son beaupère , le bonhomme Gardot Elle offrit la quatrième place à Du Bruel. Le directeur partit avec Florine, Matifat et Lousteau.

— Ges fiacres sont infâmes! dit Goralie.

— Pourquoi n'avez-vous pas un équipage? répliqua Du Bru cl.

— Pourquoi? s'écria-t-elle avec humeur, je ne veux pas le dire flevant monsieur Gardot qui sans donte a formé son gendre. Groiii«z-vous que, petit et vieux comme il est, monsieur Gardot ne donne que trois cents francs par mois à Florentine , juste de quoi payer son loyer, sa pâtée et ses socques. Le vieux marquis de Ro-

246 IL LIVRE, SCtaBS DE LA VIE DE PROVINCE.

chegude, qui a six cent miOe livres de rente, mWre un coupé depuis deux mois. Mais je suis une artiste, et non une fille.

— Vous aurez une voiture après-demain, mademoiselle, dit gravement Camusot ; mais vous ne me Taviez jamais demandée.

— Est-ce que ça se demande? Gomment , quand on aime une femme la laisse-t-on patauger dans la crotte et risquer de se casser les jambes en allant à pied. Il n*y a que ces chevaliers de TA une pour aimer la boue au bas d'une robe.

En disant ces paroles avec une aigreur qui brisa le cœur de damusot, Coralie trouvait la jambe de Lucien et la pressait entre les siennes , elle lui prit la main et la lui serra. Elle se tut alors et parut concentrée dans une de ces jouissances infinies qui récompensent ces pauvres créatures de tous leurs chagrins passés, de leurs malheurs , et qui développent dans leur âme une poésie inconnue aux autres femmes à qui ces violents contrastes manquent, heureusement.

— Vous avez fini par jouer aussi bien que mademoiselle Mars, dit Du Bruel à Coralie.

— Oui, dit Camusot, mademoiselle a eu quelque chose au commencement qui la chiffonnait; mais dès le milieu du second acte, elle a été délirante. Elle est pour la moitié dans votre succès.

— £t moi pour la moitié dans le sien, dit Du BrueL

— Vous vous battez de la chape de l'évêque , dit-elle d'une voix altérée.

L'actrice profita d'un moment d'obscurité pour porter à ses lèvres la main de Lucien, et la baisa en la mouillant de pleurs. Lucien fut alors ému jusque dans la moelle de ses os. L'humilité delà courtisane amoureuse comporte des magnificences morales qui en remontrent aux anges.

— Monsieur va faire l'article, dit Du Bruel en parlant à Lucien) il peut écrire un charmant paragraphe sur notre chère Coralie.

— Ohl rendez-nous ce petit service , dit Camusot aveci la voix d'un homme à genoux devant Lucien , vous trouverez en moi on serviteur bien disposé pour vous, en tout temps.

— Mais laissez donc à monsieur son indépendance, cria l'actrice enragée, il écrira ce qu'il voudra, achetez-moi des voitures et non pas des éloges.

— Yous les aurez à très-bon marché, répondit poliment Lucien.

ILLUSIONS PERDUES : Ult GRAKD HOMliE DE PROV. A PARIS. 247

Je n*ai jainais rien écrit dans les journaux, je ne suis pas au fait deleurs mœurs, vous auresla vii^inité de ma plume...

— Ce sera drôle, dit Du BrueL

— Nous Yoîlà rue de Bondy, dît le petit père Gardot que la sor-^ tie de Goralie avait atterré.

— Si j 'ailes prémices de ta plume, tu auras celles de mon cœur, dit Goralie pendant le rapide instant où elle resta seule avec Lucien dans la voiture.

Goralie alla rejoindre Florine dans sa chambre à coucher pour y prendre la toilette qu'elle y avait envoyée. Lucien ne connaissait pas le luxe que déploient chez les actrices ou chez leui» maîtresses les négociants enrichis qui veulent jouir de la vie. Quoique Matifat, qui n'avait pas une fidrtune aussi considérable que celle de son ami Gamusot, eût fait les choses assez mesquinement , Lucien fut surpris en voyant une salle à manger artistement décorée, tapissée en drap vert garni de clous à têtes dorées, éclairée par de belles lampes, meublée de jardinières» pleines de fleurs, et un salon tendu de soie jaune relevée par de» agréments bruns , où resplendissaient les meubles alors à la mode, un lustre de Thomire, un tapis à dessins perses. La pendule, les* candélabres, le feu, tout était de bon goût Matifat avait laissé tout ordonner par Grindot, un jeune architecte qui lui bâtissait une maison, et qui, sachant la destination de cet appartement, y mit un soin particulier. Aussi Matifat , toujours négociant ,, prenait-il des précautions pour toucher aux moindres choses, il semblait avoir sans cesse devant lui le chiffre des méuMMres, et regardait ces magnificences comme des bijoux imprudenunent sortis d'un écrin.

— Voilà pourtant ce que je serai forcé de faire pour Florentine, était une pensée qui se lisait dans les yeux du père Gardot.

Lucien comprit soudain que l'état de la chambre où demeurait Lousteau n'inquiétait guère le journaliste aimé. Roi secret de ces fêtes, Élienne jouissait de toutes ces belles choses. Aussi se carraitil en maître de maison, devant la cheminée, en causant avec le directeur qui félicitait Du BrueL

— La copie l la copie! cria Finot en entrant. Rien dans la boîte du journal. Les compositeurs tiennent mon article, et l'auronf. bientôt fini.

— Nous arrivons, dit Etienne. Nous trouverons une table et du feu dans le boudoir de Florine. Si monsieur Matifat veut nous pro-

268 II. LlVriE, SCÈKES DE LA VIE DE PROVIKCE.

curer du papier et de Fencre , nous brocherons le journal pendant que Floriue et Coralie s*habillent

Cardot, Camusot et Matifat disparurent, empressés de chercher les plumes, les canifs et tout ce qu'il fallait aux deux écrivains. En ce moment une des plus jolies danseuses de ce temps, TuIIiase précipita dans le salon.

— Mon cher enfant, dit-elle à Finot, on t*accorde tes cent abonnements, ils ne coûteront rien à la direction , ils sont déjà placés, imposés au Chant , à TOrchestre et au Corps de ballet Ton journal est si spirituel que personne ne se plaindra. Tu auras tes loges. Enfin Toid le prix du premier trimestre, dit-elle en présentant deax billets de banque. Ainsi, ne m*échine pas !

— Je suis perdu, s*écria Finot Je n*ai plus d'article de tête pour mon numéro, car il faut aller supprimer ma diatribe...

— Quel beau mouvement ! ma divine Laîs, s'écria Blondet qui suivait la danseuse avec Nathan, Yernou et Claude Yignon amené par lui. Tu resteras à souper avec nous, cher amour, ou je te fais écraser comme un papillon que tu es. En ta qualité de danseuse, tu n'exciteras ici aucune rivalité de talent. Quant à la beauté, vous avez toutes trop d'esprit pour être jalouses en public.

— Mon Dieu ! mes amis. Du Bruel, Nathan, Blondet, sauvez-moî, cria Finot J'ai besoin de cinq colonnes.

— J'en ferai deux avec la pièce, dit Lucien.

— Mon sujet en donnera bien deux, dit Lousteau.

— Eh ! bien, Nathan, Yernou, Du Bruel, faites-moi les plaisanteries de la fin. Ce brave Blondet pourra bien m'octroyer les deux petites colonnes de la première page. Je cours à Timprimerie. Heureusement, Tullia , tu es venue avec ta voiture.

— Oui , mais le duc y est avec un ministre allemand, dit-elle. ~^ Invitons le duc et le ministre, dit Nathan.

— Un Allemand , ça boit bien , ça écoute , nous le fusillerons à coups de hardiesses, il en écrira à sa cour, s'écria Blondet

— Quel est, de nous tous, le personnage assez sérieux pour descendre lui parler, dit Finot Allons, Du Brue^^ tu es un bureau* crate, amène le duc de Rhétoré, le minisire, et donne le bras) Tullia. Mon Dieu! Tullia est-elle belle ce soir?...

— Nous allons être treize ! dit Matifat en pâlissant

— Non , quatorze, s'écria Florentine en arrivant, je veux surveiller milord Cardot!

— D*ailleur$, dit Lousteau, Blondct est accompagué de Claude Yignoo.

— Je Fai mené boire , répotdit Blondet en prenant un encrier. Ah ! ça, vous autres , ayez de Tesprit pour les cinquante-six bouteilles de Yin que nous i)oirons, dit-il à Nathan et à Yernou. Surtout stimulez Du Brud, c'est an TaudeTiliiste, il est capable défaire quelques méchantes pointes , élevez-le jusqu'au bon mot

Lucien animé par le désir de faire ses preuves devant des persomiages si remarquables , écrivit son premier article sur la table ronde du boudoir de Florine, à la lueur des bougies roses allumées parMatlIat

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