Œuvres de La Fontaine, t. VI, p. 140. Kd. WalkenarT
2. Lettres de Racine, écrites dans sa jeunesse, 1660. Lettre IV, à l'ablié Le Vasseur.
pris alors, écrit Perrault, la résolution de dire en prose ce que j'avais dit en vers. » Il méditait les Parallèles^
De son côté, Boileau exhalait sa mauvaise humeur dans une suite d'épigrammes qui tombaient à la fois sur Perrault et sur rAcadémie\ Ce qui l'irritait le plus, ce n'était pas ce qu'il appelait V infamie de Perrault; mot plaisant à force d'être rude, et que Boileau ne prononçait pas sérieusement. Il estimait l'esprit et le caractère de Perrault, qui lui-même admirait son adversaire. Boileau était toujours juste, quand il reprenait son sang-froid, et Perrault, ne le perdant jamais , n'avait pas beaucoup de peine à l'être. Mais ce qui acheva d'exaspérer Despréaux, ce fut la longanimité de l'Académie, qui laissa Perrault poursuivre sa lecture , sans l'interrompre par aucune marque d'impatience, sans lui témoigner aucun blâme quand il l'eut
\. Perrault, Mémoires, liv. IV, p. 202. 2. Voici la première de ces épigrammes :
Clio vint l'autre jour se plaindre au dieu des vers
Qu'en certain lieu de l'univers On traitait d'auteurs froids, de poêles stéiiles,
Les Homères et les Virgiles.
«Cela ne saurait Cire, on s'est moqué de vous.
Reprit Apullon en courroux.
Où peut-on avoir dit une telle infamie? Est-ce chez les Hurons, chez les To[iinainbous? — C'est à Paris. — C'est donc à l'hûiiiial des fous? — Non, c'est au Louvre, en pleine Acadouiio. » (iCS".)
Celte épigranime ne fut pas imprimée dans l'édition de I6'.)'i; mais elle se trouve ilans celle de 1701. En voici une seconde :
J'ai traité de Topinamlious
Tous ces beaux censeurs, je l'avoue, Qui de l'antiquité si follement jaloux, Aiment tout ce qu'on hait, lil;\menl tout ce qu'on li)ue :
Et l'Académie, entre nous,
SouIVrant chez soi de si grands fous,
Me semlile un peu topinaniboue.
Celle-ci fut commimiiin.'c smis h- secret ;\ Maiicroix, dans une letln," du l(i avril Kl!).'..
finie, et même sans lui refuser ses applaudissements. L'Académie n'était pas forcée d'applaudir ; mais elle avait laison de laisser à Perrault sa liberté tout entière et du respecter en lui le droit académique de médire publiquement des anciens, tant qu'il n'otiensait en rien ni le roi, ni la religion, ni la morale. Mais lioileau, qui avait dit si spirituellement :
Qui méprise Cotin n'estime point son roi ,
lîoileau tombait dans le travers dont il s'était moqué, et regardait l'incartade de Perrault comme l'équivalent d'un délit prévu par la loi. Il aurait voulu que l'Académie ùtûl la parole au lecteur et qu'elle prononçât contre lui une exclusion au moins momentanée, en punition de ses fautes. Il prétendait que « la compagnie, en ne fermant pas la bouche à Charles Perrault, en lui laissant même ses portes ouvertes, opinait plus scandaleusement que lui contre les anciens. » Il ajoutait, dans l'impétuosité de sa colère, qu'il fallait changer la devise de l'Académie et mettre à la place une troupe de singes qui se miraient dans une fontaine, avec ces mots : Sibi pulchr}, charmants pour eux seuls '. Ces violences faisaient les affaires de Perrault, et les Topinambous de l'Académie, comme les appelait Boileau, étaient plus nombreux qu'on ne croit. On s'imagine quelquefois, àla distance où nous sommes du xvu" siècle, que Perrault fut seul, ou presque seul de son parti. Nous sommes accoutumés à considérer le siècle de Louis XIV comme celui de la discipline dans la littérature, aussi bien que de l'obéissance dans la i)0lilique. Et pourtant sous le grand règne couvalongtemps une 0[)position politique violente et silencieuse, qui fit ça et là explosion par des pamphlets ou des révoltes, rapidement