‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 68 sur 183 · D'AJemlœrt, Éloge de flinrlrs P.'rrnnU · texte numérisé non relu

D'AJemlœrt, Éloge de flinrlrs P.'rrnnU

étoufîés, et qui se déchaîna après la mort de Louis XIV * . De même, en littérature, il y eut une opposition vive et opiniâtre qui résista longtemps au gouvernement de Boileau, et dont Perrault devint le drapeau naturel. On s'est représenté trop souvent Boileau entrant dans la littérature un fouet à la main, comme Louis XIV dans le parlement, et dispersant les restes de la fronde poétique. Mais les révolutions littéraires sont plus lentes à s'accomplir que les révolutions politiques ; celles-ci s'opèrent le plus souvent par la force; elles s'imposent, et il leur suffit, à la rigueur, pour s'accomplir, des vingt-quatre heures qui formaient l'unité classique de temps dans les tragédies de l'ancien répertoire. Mai's les révolutions du goût ne s'improvisent pas, ni surtout la restauration du bon goiJt, qui implique un retour du public au sens commun et à la raison : car le public met bien plus de temps à y revenir qu'à s'en écarter. La république des lettres est la seule oij l'on ne fasse pas de coup d'État. N'allons donc pas, dupes d'une illusion perspective, croire qu'il suffisait à Boileau, pour imposer un terme à l'anarchie des idées littéraires, de paraître, les 5a/ire5 à la main. Longtemps après qu'il eut mis en déroule les mauvais auteurs et proclamé les vrais principes, les partis subsistèrent nonseulement dans ces régions inférieures de la littérature où s'agite à toutes les époques l'opposition envieuse des talents indisciplinés contre les maîtres qui prescrivent la règle par leurs préceptes et par leurs exemples , mais même jusqu'au sein de l'Académie. Nous avons la liste des académiciens qui occupaient les trente-neuf fauteuils quand Boileau, aidé par Louis XIV qui dut prêter main-forte à

L Boileau lui-môme, l'un des plus grands admirateurs du roi dans un siècle que M. Villcmain appelle spirituellement le siècle de l'admiration, a fait de l'opposilicm une fois en sa vie, quand la suppression dos greffiers (le la giand'ciianijjre mit une de ses nièces à l'hôpital. Voir une lettre it Brossette, t. III, p. 400.

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son génie, vint s'asseoir sur le quarantième. Quand on n'y remarquerait pas les noms de ses ennemis les plus connus, Cotin, Boyer, La Calprenède, La Serre, on devinerait quels devaient être les sentiments de l'Académie à l'égard du récipiendaire, en lisant ce discours de réception, vrai chefd'œuvre de bon goût et d'esprit, où Boileau s'incline devant l'Académie avec un respect un peu moqueur, et la remercie d'avoir écouté le vœu du roi, avec une reconnaissance pleine de malice. A l'époque oîi nous sommes parvenus, plusieurs de ses anciens adversaires vivaient encore, comme Boyer et Leclerc ; quelques académiciens. Charpentier, l'abbé Lavau, Thomas Corneille, s'étaient joints à Fontenelle et à Perrault, à qui son esprit aimable et ses qualités privées, l'aménité de son commerce et les services qu'il avait rendus dans le temps de sa faveur, avaient fait beaucoup d'amis. N'oublions pas d'ailleurs qu'il y avait dans l'admiration de Perrault pour ses contemporains une séduction capable de toucher l'Académie, et dans quelquesunes des idées du novateur assez de justesse pour ôter k l'adhésion de ses confrères l'air d'une complaisance de la vanité satisfaite. Enfin, dans les assemblées littéraires oii dominent inévitablement, par la supériorité de leurs talents, deux ou trois grands écrivains, il se trouve toujours un certain nombre d'esprits jaloux de se dérober à leur influence, ne fût-ce que pour ne pas paraître attachés à leur suite. Ils forment alors à part un groupe qui se croit indépendant, parce qu'il se sépare des chefs naturels du corps, et qui se subordonne à quelque chef moins illustre dont l'autorité les blesse moins, parce qu'elle se révèle avec moins d'éclat. C'est ainsi qu'un certain nombre d'académiciens se rangèrent autour de Perrault, pour se dérober à l'influence légitime de Boileau et de Racine. Boileau ne se résigna pas à cette faveur que l'Académie témoignait à Perrault. Il écrit à Maucroix : « Que j'aurais de plaisir à I 11

déposer entre vos mains le chagrin que me donne tous les jours le mauvais goût de nos académiciens, gens assez comparables aux Hurons et aux Topinambous, comme vous savez bien que je l'ai déjà dit dans une épigramme ! » Il répond à Brossette, qui lui avait annoncé la création d'une académie à Lyon : « Je suis ravi de l'académie qui se forme dans votre ville. Elle n'aura pas grand'peine à surpasser en mérite celle de Paris, qui n'est maintenant composée, à deux ou trois hommes près, que de gens du plus vulgaire mérite, et qui ne sont grands que dans leur propre imagination. C'est tout dire qu'on y opine du bonnet contre Homère et contre Virgile, et surtout contre le bon sens, comme contre un ancien, beaucoup plus ancien qu'Homère et que Virgile'. » Deux ou trois hommes de bon sens à l'Académie, seulement! Et l'Académie comptait encore dans son sein Bossuet, Fénélon, Fléchier, Huet, Segrais, et tant d'autres ! Mais Boileau est en colère, et l'hyperbole ne lui coûte pas.

Une occasion solennelle s'offrit, le 15 mai 1691, aux deux partis de se dessiner dans l'Académie. Fontenelle y entrait, aux grands applaudissements de Perrault et de ses partisans, et malgré les efforts de Boileau et de Racine. Dans le remercîment très-court que le récipiendaire prononça, il prit le temps d'insérer une phrase peu courtoise qui dut blesser Racine et par suite Boileau : « J'ai prouvé, disait-il, par ma conduite, que je connaissais tout ce que vaut l'honneur d'avoir place dans l'Académie française, et vous m'avez compté cette connaissance pour un mérite ; mais le mérite d'autrui vous a encore plus fortement sollicités en ma faveur. Je tiens, par le bonheur de ma naissance, à un grand nom, qui, dans la plus noble espèce des produclions de l'esprit, efl'ace tous les autres noms. »

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