I.A SOr.ClÈUE J'LAMA.NDE
semence. Nous avons semé ce i,m:uii sur la terre, l'I maiiileiiaiil imus maiiiit'oiis des j,'àti'au\ de Iromeiil.
— Tu n'as donc jamais vu des hommes?
— J'en ai bien vu de loin, des chasseurs ou des bûcherons, mais je les luis.
— Pouri|uoi?
— Mot) prre le désire ainsi.
— Je suis un homme comme eu\, mon onlaiit; et cependant lu ne t'es pas sauvé de moi.
— Oli ! un chevalier, un noble j^uerrier, c'est hisH autre chose '.s'écria Ilélie avec enthousiasme. J'aurais couru toute une journée pour voir un (hevalier. Mainlenaiil je suis heureux, mon souhait est accompli. Mon père vous accueillera avec autant de cordialité (jue de respect! Tenez, le voilà (jui se montre sur la porte de notre ermitai;e.
Kt Ilélie, agitant ses mains en l'air, courut vers l'ermite en criant :
— Mon père, mou bon péi e, soyez content, voici un chevalier avec sou cheval! Us oat l'aim et soif. Vite, vite, du lait, du };àteau et du froma;,'e.
Le vieillard vint à la reiicontre de l'étranger avec un sourire aimable, le salua respectueusement et l'aida à descemlre de cheval, en lui offrant tout ce qu'il possédait.
Le cheval fut conduit dans la prairie, et le clievalier, après avoir déposé sa lance contre la porte, entra dans l'erujitage.
11 s'assit sur un banc de bois, posa sou casque et son manteau sur la table faite de planches grossières, et remercia l'ermite et son enfant de leur cordiale hospitalité.
rendant ce tem|)s ou lui avait servi du lait et du fromage.
Le petit Uélie dévorait des yeux le castpie d'or et le cygne d'argent (|ui It; surmontait; poussé par une irrésistible curiosité, il lala le précii'ux objet, et alla même jusqu'à prendre eu main l'cpée du chevalier et à la brandir dans les airs, comme .s'il se croyait déjà dans la lice tMi champ clos.
L'inconnu le laissa laire, et dit en souriant à Termite:
— Le beau garçon! Vous habitez maintenant une chanmièri' dans la forêt Sans-Mcrri, mais vous êtes de noble naissance, n'est-ce pas?
— Comment savez-vous cela, seigneur? demanda l'ermilt' surpris.
— Je ne h' sais pas, répliijua le chevalier, mais il m'est facile de le deviner par les penchants de votre (ils. 11 ne s'est jamais trouvé en contact avec les hommes, cl ne sait même pas ce <|uc signilie mon armure, et cependant il se sent attiré vers elle. X'esl-ce pas, vous descende/ d'une souche chevaleresque?
— En effet, répondit le vieillard après une certaine bésilation. Je suis noble de naissance. Comme (ils cadet d'une vieille maison chevaleres(ine, j'ai été élevé pour être prêtre et pour servir Dieu sur ses autels. Mon cœur s'égara et ma volonté succomba. Je péchai, et je me retirai du monde pour fuir la tentation dans cette solitude, et pour obtenir, par une longue expiation, mon pardon et ma place dans le paradis.
— Je ne me suis donc pas trompé : si vous n'êtes pas chevalier, du moins votre sangesl noble.
— Puis-je vous demander aussi, seigneur, qui j'ai le bonheur de recevoir dans ma chaumière? demanda le vieillard. Je vois sur la poitrine de votre cuirasse l'image d'un calice entouré d'une auréole lumineuse. C'est (|uelque signe extraordinaire. Appartenez-vous à l'église?
— Je suis un chevalier de la Table-Ronde, répondit l'inconnu. Je ne puis pas vous révéler le nom de mon père ; mais dans la garde du Saint- Graal, on m'appelle le ciievalier du cygne.
— Le Saint-Craal? répéta l'ermite; qu'est-ce ([ue cela, seigneur?
— Il faut savoir, répondit le chevalier, que lorsque .Notre-Seigneur Jésus-Clirist fut mis en croix pour les péchés des hommes, un soldat romain, nommé Longimus, perça le (lanc du Sauveur d'un coup de lance. Joseph d'Arimatliie recueillit le sang dans un calice de diamant. Ce calice, |)récieux monument des soulTrances de Noire-Seigneur, resta perdu pendant plusieurs siècles, et on vient seulement de le retrouver il y a (|U('l(jues années. Pour garder dorénavant celle relique d'un prix inestimable, le Saint-Graal, on a institué l'ordre de.> clievaliers de la Table-Koiule. Ils montent la garde près du Craal et exécutent les moindres onlres de leur chef. Je suis un de ces chevaliers, et je voyage maintenant à travers le momie pour accomplir une mission dont le Sainl-liraal m'a chargé.
Le petit Ilélie avait avancé un escabeau, et s'était assis devant les genoux du chevalier qu'il regardait, la bouche béante. Une liistoire de chevalerie, pleine de mystères et presque incompréhensible, était une chose qui absorbait complèlement l'allention de son esprit enfantin.
— Le but de voire voyage est-il lointain, seigneur? demanda l'ermite.
— Je l'ignore, répondit le chevalier. Depuis liuit jours, je suis à clieval du malin au soir, et ji; marche t<uijonrs du côté du couchant, coinine j'en ai reçu l'ordre. Je dois sauver une jiersonne <ini est victime d'une criante injustice, et qui se trouve en danger de mort.
— Vous connaissez sans doute le mallieiireiix (|ni attend vblrc secours?
LA SORCIEKE FLAMANDE.
— Pas le moins du iiiondo, mon bon père. Cela vous étonne, n'csi-ce pas? 11 y a de cela près de dix jours; j'clais assis avec mes compagnons qui n'étaient pas de garde, près de la Table-Ronde, à causer paisiblement, lorsque tout à coup la cloche du Mont-Salvat se mit à tinter, et ce signal nous avertit que quelqu'un, un juste, en danger de mort, avait invoqué le secours de Dieu par Tamère passion de Jésus-Christ. Là-dessus, je fus désigné par le Saint-Graal pour parcourir le monde et devenir le sauveur de la mallieureuse viclime de la méchanceté des hommes. Je sais que c'est une femme de haute naissance, que je trouverai près d'un bûcher, dans lequel elle sera sur le point d'être précipitée.
— Une femme de haute naissance V 0 mon Dieu, est-ce possible! s'écria le vieillard, pâlissant d'émotion.
— Qu'avez-vous, mon bon père? demanda le chevalier étonné. Est-ce que mes paroles vous aftligent?
— Rien, rien, une idée, balbutia l'ermite. Ciel ! si le Saint-Graal vous avait conduit dans mon ermitage pour y apprendre un terrible secret? Qui sait?
Et se tournant vers l'enfant : — Hélie, dit-il va-t'en dans la prairie, et veille sur le cheval du seigneur chevalier.
— Ah! mon père, laissez-moi rester ici! C'est si beau ce que raconte le chevalier, dit l'enfant d'un ton suppliant.
— JNon, sois sage et obéis, mon fils. Ne reviens pas avant que je t'appelle.
Le petit Hélie s'éloigna les larmes aux yeux. ■ — Seigneur chevalier, demanda l'ermite ému, avez-vous jamais entendu parler du roi Oriand?
— Certes. On le renomme comme le plus vaillant des vassaux de l'empereur.
— Eh bien, l'enfant dont vous avez deviné la noble origine, est l'enfant du roi Oriand, son fils unique, l'héritier légitime de sa couronne.
— Quoi ! que dites-vous ? le petit garçon qui était là tout à l'heure devant moi?
— Oui, seigneur ; c'est un descendant de race royale. Sa grand'mère Mattabruna, une femme méchante et ambitieuse, a enlevé à la reine son enfant qu'elle a fait conduire dans la Forét-sans- Merci par un meurtrier chargé de l'assassiner? mais Dieu a empêché le crime, j'ai élevé secrètement l'enfant.
Pendant quelques instants le chevalier contempla le vieillard en silence. Il secouait la tête et semblait ne pas pouvoir ajouter foi à ce qu'il venait d'entendre.
— Cet enfant, le fils unique du roi Oriand ? Impossible.
Alors l'ermite lui raconta avec les détails It's plus circonstanciés comment son chien IJold avait sauté à la gorge de Savary l'assassin, et ce que le pécheur mourant lui avait révélé louchant la reine Béatrice, Mattabruna et son complice Marcus. Il ajouta que plus tard il s'était rendu un jour dans un village voisin d'IIarlebeKe, et qu'il y avait appris que la pauvre reine, accusée de sorcellerie et de commerce avec le diable, était emprisonnée pour toute sa vie dans la tour d'un chàteau-fort, tandis que Mattabruna, sa persécutrice, était toutepuissante, et régnait sur le p;îys, et sur le roi luimême. Il finit en exprimant l'opinion que le Saint- Graal avait envoyé le chevalier pour délivrer l'innocente Béatrice.
— Vous vous trompez sans doute, répliqua le chevalier. La reine Béatrice, comme vous le dites, est condamnée à une prison perpétuelle, et elle est enfermée dans une tour. La femme que je dois délivrer va seulement comparaître devant un tribunal et être condamnée au bûcher... Mais, mon bon père, pourquoi n'allez-vous pas à Harlebeke rendre son fils au roi Oriand?
— Je n'ose pas. L'enfant m'est cher comme la prunelle de mes yeux. Mattabruna le ferait mourir. Oh ! si j'étais un chevalier exercé au maniement des armes !
— Que feriez-vous?
— Quoi, seigneur, ce que je ferais ! Ne voyonsnous pas d'une part une pauvre princesse, une femme innocente, persécutée et torturée? Et de l'autre, un fils de roi qui devrait s'asseoir sur un trône et qui est réduit par des traîtres à passer sa triste vie dans la Forèt-sans-Merci ? N'est-il pas du devoir des chevaliers de le défendre? Et si quelqu'un était assez courageux et assez fort pour délivrer la pauvre Béatrice et rétablir son enfant dans son héritage, dans son patrimoine, quel acte de chevalerie pourrait être plus méritoire et plus agréable à Dieu ?
— En effet, en effet, murmura le chevalier du Cygne d'un air pensif, mais ma mission? Je ne puis pas négliger, pour courir d'autres aventures, le devoir que le Saint-Graal m'a imposé.
— Mais si c'était là la volonté du Saint- Graal ? Ah ! ayez pitié de l'innocent fils de roi !
— Le sort de Béatrice et de son fils m'émeut profondément, mon bon père, dit le chevalier. Je consulterai le Saint-Graal, et ce qu'il m'.inspirora, je le ferai. Mais le jour s'obscurcit. Laissez-moi passer la nuit dans votre chaumière. Avant de me livrer au repos, je prierai Dieu avec ferveur afin qu'il fasse descendre la lumière dans mon esprit; et si le Saint-Graal est satisfait de me voir aller à Harlebeke, sa réponse me dictera mon devoir.