‹ [Œuvres complètes de Henri Conscience (volume 2)Chapitre 105 sur 115 · I.K GANT PERDU · texte numérisé non relu

I.K GANT PERDU

Henie, est pour nous le symbole de la liberté. Le peuple a persoiiiiifi»'' ce symbole et nomme l'Ours (le Heriie le vieux Mut/.

— Et nous aussi, nous Helges, nous ne laisserions pas .inéaiitir notre indépeiulancc sans résister, liit llerman. Malheureusement, Dieu ne nous a pas donné des Alpes pour rempart conirc la violence et la force.

— Oli ! je le sais bien, messieurs; la Helgique, avec son roi populaire, avec sa bourgeoisie industrieuse, avec ses larges et libérales institutions, est l'objet de l'admiration de l'Europe. J'ose le dire sans faire tort à mon pays : la Suisse est la Belgique du Suil.

— Erreur! ceci est une politesse exagérée, s'écria Max llapelinirs. Dites plulùt que la lîelgiqne est la Suisse du Nord.

— Soit, messieurs, nous ne discuterons pas plus longtemps sur les mots. Il suffit de dire que, s'il y a des peuples qui ont le droit de se donner le nom de frères, ce sont d'un coté les Delges et les Hollandais, et de l'autre les Suisses... Venez maintenant, nous n'avons pas de temps à perdre; car, si vous voulez partir demain pour l'Oberland, je n'aurai jias, pour cette fois du moins, le plaisir de passer plus d'un jour en votre compagnie.

— Oh! mon Dieu, ré|tondil llerman, rien ne nous force à partir précisénifut demain.

— Comment, rien ne nous force? interrompit son ami. .Mais notre itinéraire doit être suivi. Commences-tu drjà? .Nous reviendrons ici, d'ailleurs, à notre retour de (îenève.

— Kh bien, nous |»artirons demain. Cependant...

.Iiisf|ne-là, ils avaient paili' allemand.

Le jeune docteur poussa llerman du coude et murmura en flamand, au moment où ils sorlaienl du Sriiii cizrr-hof :

— Ah ça! pas de folies, entends-tu? Tu voudrais rester à IJerne, à cause de notre balcon et de la jeune fille pâle; mais ce n'est pas pour cela que nous sommes venus en Suisse. Je veux voir des montagnes, moi.

— Tu en verras; tais-toi seidcment: notre hôte pourrait se formaliser de les apartt-s.

Leur guide les conduisit à travers la Xciimfiasse, leur montra le Kafi(j-Thurm, une vieille tour qui sert de prison, et les mena dans la Murks- G fisse (rue du Marché).

Li, ils purent (onlempler le vieux llerne dans tout son jiitloresrjue, mieux encore que dans la rue où ils ••taient logrs.

Des (oiiiaines aver les |dus merveilleuses stalues, des eaux jaillissantes au milieu de la rue, des galeries sombres sous les maisons, des pignons bariolés... .\ussi nos Flamands ébaliis regardaient-

ils de tous côtés autour d'eux, écoutant à peine les courtes explications (|ue le bourgeois de llerne leur donnait sur tout ce (|u'ils voyaient.

Il regarda alors sa montre avec une intention particulière et leur dit :

— Nenez, messieurs, dé|>é(hons-nous : vous allez voir ce (|ue le peu|)le de Derne, sans doute par un amour exagéré de la jiatrie, voutlrait faire passer pour la huitième merveille du mtmde. Dix heures moins quel(|ues minutes... C'est précisément le moment... Voici le Zeitylockcii-Tlinrin, (|ue l'on nomme en français la Tour île l Horloge. Faites attention, le jeu commence.

Ils virent sur le pignon de la vieille tour, pas très haut au-dessus de la rue, un grand nondtrc de ligures extraordinaires. In co(| se mil à battre des ailes et chanta aussi nalurellemenl (jue s'il eut été vivant. Puis une troupe d'ours marcha en cortège autour d'une sorte de roi (|ui, lorsque l'heure s(»nne, retourne un sablier et compte avec son sceptre les coups (|u'une autre personnage frappe avec un marteau sur la cloche. Le coq chante encore une fois; |)uis la farce est jouée, pour recommencer de nouveau au bout de clia<|ue heure.

Beaucoup d'étrangers, de bourgeois et d'enfants s'étaient arréti's pour voir celle singulière représentation ; puis chacun continua son chemin.

— Venez par ici, messieurs, dit le bourgeois, je veux vous montrer comme une nouveauté la grande cave de lierne. Regardez aussi en passant celle fontaine avec sa drôle de statue. On l'appelle la KimUifresser-Iirunnen.

— Voilà encore le diminutil, murmura .Max Hapelings à l'oreille de son ami. Kn flamand nous dirions : hiiiilhjnrreters-hron (source de l'Ogre).

Ce (]u'ils voyaient était la plaisante image d'un homme occupé à dévorer des enfants, tandis que d'autres enfants étaient passés dans sa ceinture, ou entassés dans sa gibecière, comnse des provisions, lue bande d'ours armés s»' tenaient fièrement à ses pieds. Le foui était doré, argenté et peint de couleurs vive>.

— Fuirons maintenant dans la cave sous la balle aux grains, dil le bour^^eois, et goùlez-y, si le cd'ur vous en dit, n*tlre bicre bcrnoi.se ou notre vin. Votre oncle, .M. Van lleuvel, m'a assuré que les Belges, el surtout le» (iantois, sont amateurs d'un bon verre de bière.

Ils entrèrent sous une large et sombre voùIp, soulenue de (lia<pic côté par des |iillicrs massifs. Ils entendaient bien qud «levait > avoir la une grande foule; mais comme ils venaient de la rue on le Sfdeil brillait «le tout son éclat, ils ne purent d'abord distinguer les objets, quoifju'il y eut des

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