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ses yeux roulaient (ians leur orbite sans que la moindre ('lincelle (riMli'lliL:ence révéhU s'il avait ou non conscience de sa propre vie.
llerni.in iW-mit de (l('j,'oùt el de pitiT'.
(juanl à Max llapeiinjïs, il était toujours occupé à tourner autour du crétin, à rexamiuer par devant et par derrière, à prciuire ses mains dans les siennes, el à tàter son horrible jroîlre. Il lui adressa plusieurs lois la parole el e«jaya de lui arracher nu ^on articulé; mais tout ce iju il obîint ai)rés de longs efforts, ce fui un groguemeut sourd, comme celui d'une b(''te IVroce que Ion agace.
— Viens, viens, Max, lu me répugnes, murmura le jeune avocat e:;lrainant son ami vers la voiture. J'ai donné un pourboire au jeune garçon, éloignons-nous de ce triste spécinien de la misère hutnaiue.
Lorsfju'ils furent remontés dans leur véhicule el que celui-ci eut repris sa course :
— Nous ne somm-.'s pas heureux ce malin, dit liermaii en soupirant. La Suisse a aussi ses jours clairs et ses jours sombres.
— Mais la vue d'un pareil crétin vaut toute une journée de voyage pour moi, répondit Max.
— Ces médecins, ces médecins! cela palpe et pelole un affreux morceau de chair comme un bourher qui veut acheter uu bœuf au marché. Tu vas te laver les maius, j'espère, dans la première eau que nous rencontrerons. Je n'ose presque i)as rester assis à côté de toi.
— Je vous conseille d(î parler, messieurs les avocats ! riposta .Max en riant. Ce (|ue nous faisons matériellement, vous le faites au moral. Lorsque vous visitiez uu assassin dans sa prison et que; vous concertez avec lui sur les moyens de faire cntire au jury que l'agneau noir est blanc comme neige, comment appelez-vous c^la? afl'aire de profession, devoir relaiif excepliounel !
— Tu as raison, Max, je me lais.
— Eh ! mon brave homme, y a-t-il beaucoup de ces crétins dans le pays? demanda le jeune docteur au cocher.
— Non, monsieur. Dieu soii loué ! ces malheureux deviennent rares en Suisse. Autrefois c'était bien tlilférenl : dans le canton du Valais, on comptait un rnlin sur vingt-cinq habitaiils. Dans les autres cantons, il n'y en a jamais eu beaucoup, et Irur nombre dimiriue insensiblement par toute la Sui-ise. Ce vilain mal s'engendra dans les vallées sombres, profondes el humides; car les enfants qui sont nés il élevés sur les montagnes n'y sont jamais sujets.
> ...Nous approchons de Lautcrbrunni-n, messieurs. Avez- vous toujours l'inlenlion, pour aller à Grindelwald, de passer par-dessus le Wengcrn- AIp?
— C'est noire itinéraire.
— Vous pourrez le regretter, messieurs.
— Hall ! et |)ourquoi cela ?
— Si le temps était clair, messieurs, je ne vous en dissuaderais pas; au contraire, c'est du haut du petit Sclicideclv el du W'engern-Alp, |)lus (pie de tout autre poste, que l'on peut voir tomber des avalanches de neige dans cette saison avancée! mais le temps vous interdit cet espoir. Kn outre, les bois, les vallées, les sommets des montagnes resteron! couverts de nuages, et vous-mêmes, mes sieurs, vous sentirez (|u*un nua|ze v(ms enveloppe- (le tous cotés. Par cousé(|uenl, vous ne verrez rien ou peu de chose, el vous vous serez fatigués inutilement sur un chemin dont le trajet ne dure pas moins de huit heures.
— Que nous conseillerez-vous donc, mon ami ?
— T.e plus simple el le plu-: sage, messieurs, est de dincr à l^auterbrunnen, de visiter le Staubbach, et puis de vous faire comluire àOrindelwald d.iiis ma voilure. Si vous y tenez beaucoup, vous pourrez faire l'ascension du Wengern-Alj) demain, du côté de Giiudelwald.
— .Mais alors il faudra rester en voilure toute la journée? dit llerman. C'est ennuyeux, je voudrais marcher.
— Eh bien, monsieur, il y a un noyen de vous satisfaire. Je vais vous ramener au pont des deux Lutschine, el de là vous pouvez gagner Grindelwald à pied, en vous promenant. C'est une marche de trois heures |iour vous, et bien suffisanie, je pense, pour contenter votre envie de promenade.
Les Flanjands convinrent de suivre le conseil de leur cocher. La perspective de grimper huit heures durant dans le brouillard, de ne rien voir, et peut-être fl'êlre trempés comme la veille, leur souriait médiocrement el les fit reculer.
— Ces messieurs visiteront-ils le Staubbach avant ou après le dîner? demanda le cocher.
— Avant le dîner, si nous avons encore le temps, répondit Max.
— Il vous restera assez de temps, je pense, messieurs; le Staubbach n'est (jti'à une dizaine de minutes de l'hôtel. Ces messieurs veulent-ils me permettre de leur servir de guide?
— Sans doute, vous nous ferez plaisir.
— Ayez donc la bonté d'entrer à l'hôtel pendant que je change de chevaux. Ou y vend d'excellent kirschwasser et du bon vin. Je viendrai vous avertir.
|<a voiture s'arrêta devaul l'hôtel du Sleiuhnrk (le bouquetin). Les Flamands entrèrent et demandèrent un verre de kirsch (eau de cerises). Les Suisses donnent ce nom à leur eau-de-vie parce qu'elle est distillée avec des cerises fermenlées.
Le cocher vint bientôt les prévenir qu'il se