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LE TRÉSOR DE FÉLIX IlOOHECK.
sui\it au l)ras d'un autio cavalier; de sorte ijUC quand Victor se présenta pour remplir la dernière partie de la lâche cju'il avait acceptée, il me trouva tout seul. Il me quitta hieulôt cl disparut nu milieu des membres du Serment.
Après la danse cjui venait de commencer, il (levait y avoir un repos pour laisser souffler les musiciens. Ma (ille et ses amies revinrent donc en même temps auprès de moi. .\près avoir échanjjé i|uel(|ues pandes sur le plaisir inespéré qu'elles avaient trouvé à ce bd de village, les demoiselles Sauvai commencèrent à chercher des yeux Victor Slorms. Il devaitencore une danse à Adèle, et d'ailh'urs Julie s'était vantée de le faire rester jus(]u'à la lin.
Nous ne l'apercevions nulle part dans la salle. Où pouvait-il élre?
A la prière de mademoiselle Julie je me vis forcé d'aller m'informer de lui. Sans doute il était descendu au bulfetavcc ses amis pour prendre un rafraîchissement.
Je revins avec une nouvelle (jui ne me surprit nidlemenl, mais arraciiu aux demoiselles Sauvai un cri de désappointement ou d'indij,'nalion. Victor Storms s'en était allé et aurait prié la dame de comptoir do l'excuseï- auprès de nous. Il se sentait si mal à l'aise, disait-il, si indisposé, qu'il ne lui avait pas été possible de rester plus longtem|)s.
— Mais c'ost incompréhensible! murmura Julie. Manquera si parole! S'en aller sans nous remercier, sans nous saluer!
— Me faire faire tapisserie! s'écria Adèle! Ah! vous aviez raison, l'.mma, voire rommi-- manque d'éducalii»n et il est fort im|>oli.
— Oui, accusez-le, repartit ma lille avec une sorte d'aigreur mal dissimulée. Vous forcez le pauvre gan;on à se latijiuer outre mesure, tandis qu'il se sent mal à son aise ; vous repoussez sans pitié et même avec ironie ses excuses réitérées, et maintenant (|n'il s'en va parce qu'il n'en peut plus et que vous l'avez vous-même délaissé, vous le traitez de grossier et de malhonnête. Si quelqu'un a manqué ce soir de bonté et de complaisance, ce n'est pas lui...
— Tiens, tiens ! (ju»dl<? mouche vcnis a donc piquée tout à coup ? ne dirait-on pas que nous avons été d'une cruauté inouïe envers M. Victor'.' ^'écrin l'une des deux sopurs.
— .Non, mais votre injustice me révolte, répondit Kmma.
En ce moment la musique donna le signal, et (|uatre ou cinq jeunes gens se présentèrent, doni les trois plus heureux (irent danser ma (ilie et ses deux amies.
La fêle joyeuse suivit ainsi son cours jusqu'à rc que le t Iloi », beaucoup trop t»"»t au L'rê dos jeunc'^
gens, annonra (|u'il était temps de rentrer chacun chez soi.
Les demoiselles Sauvai s'étaient extrêmement amusées, et, dans leur premier enthousiasme, elles me firent promettre que si (|uel(|ue lêlede ce genre devait encore avoir lieu dans la commune, je demanderais pour elles, à leur père, l'autorisaiion de revenir à Visseghein.
(lliemin faisant, et même à la maison, il fut encore question du départ subit de M. Storms et de son indisposition. Au lieu de le blâmer ou de l'accuser encore, on le plaignait maiiilenaiitavec beaucoup d'intérêt.
Je savais, ou je croyais savoir, que mou commis n'était nullement indis|)osé, et je me montrai très rassuré à son endroit, convaincu (|u'il se trouverait le lendemain à son poste avec son exactitude habituelle.
Le matin, en me rendant au bureau pour entretenir mon commis de certaines affaires de commerce, je rencontrai dans la cour un garçon du Bœuf tdcliett' qui me remit une lettre de Victor. 11 m'apprenait qu'il ne viendrait pas ce jour-là parce qu'il était au lit avec une légère fièvre. Ce n'était pas grave, et le jour suivant il n'y paraitrait probableiiient plus. Il était certain que je lui pardonnerais cette absence forcée avec ma bonté ordinaire.
Je devinai facilement que ce billet cachait la vérité. Il ne me contraria point cependant, et je lui (is savoir (juil pouvait rester chez lui jusqu'à ce que son indisposition fût tout à fait passée.
Le pauvre liairoii, pour me faire plaisir et ptuir ne point paraître impoli envers les demoiselles Sauvai mes invitées, s'était fait violence, et avait refoulé on lui-môme sa timidité vis-à-vis dos femmes ; mais insensiblement ce sentiment avait repris le dessus à ce |)oint qu'il s'était enfui du bal. Il désirait probablemenl ne pas se montrer jusqu'au départ de ses charmantes persécutrices, et j<î n'avais pas envie do le contrarier.
Ma tdie et ses amies passèr^Mit une seconde matinée à Blekhout, et l'après-midi nous allâmes en voiture visiter la ferme du Hrnard hicii, dont la fermièif nous régala avec du riz au lait et «les tartes.
Le commis paraissait Imit à fait oublié, et personne n'en souilla mot.
Le lemlemain, lorsque je rentrai chez moi après avoir conduit ma lille et les demoiselles Sauvai à la malle-poste, je trouvai Victor Slorms à son pupitre, travaillant avecaidenr.
— (Juel drôle de corps ! m'érriai-je en riant. Vous avez sans doute épié <»n fait épier le départ des demoiselles Sauvai?
— Kn effet, monsieur, vous ne vous trompez pas.
I>E THKSOll 1)K FELIX lUXiIiECK.
— Et votre indisposition n'était qu'un prétexte?
— Absolument, monsieur. J'esprre cependant que vous voudrez bien m'excuser, car vous savez quelle raison impérieuse m'a fait agir ainsi.
— Oui, oui, Victor, votre crainte du beau sexe, n'est-ce pas? Allons, ne parlons plus de cela, et occupons-nous de choses plus sérieuses.