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LK Sri'l'LICE D'UN PKIIE.
les envahisseurs du «iuché. Ce n'était (ju'une question de temps.
LoiS(|ne lescoite lut sur le point d'atteindre la commune d'iscjue, T'Serclaes pria la duchesse de hien vouloir lui accorder la permission de la (|uitter. Son (ils Éverard, frappé à la tète d'une |>ierre de fronde était blessé, danj5^('rensenu'nt peut-être. Son Cieur paternel sou[)irait a[)rès le moment de revoir ce pauvre enfant pour savoir ce qu'il devait craindre ou espérer.
Après quelques paroles de compassion et d'éloges pour Kverard, la duchesse remercia avec la plus vive effusion son fidèle et courageux protecteur. Klle lui serra encore une fois les mains et lui dit d'uue voix émue :
— Adieu, mon bon messire T'Serclaes. J'aurais voulu récompenser dignement votre rare dévouement; mais hélas ! je ne le puis plus. J'espère que le Ciel, en vous accordant une longue et heureuse vie, vous payera la dette de votre malheureuse princesse. Encore une fois, adieu ! et maintenani, avec la grâce de Dieu, reprenons notre fuite vers le Limbourg. En avant!
Le vieil échevin resta encore un instant à la même place, les yeux humides et regardant la duchesse qui fuyait son pays. Puis il tourna son cheval et reprit la direction de Bruxelles.
Une heure après, comme il atteignait la grande route prés d'Auderghem, il rencontra beaucoup de pauvres gens et môme de bourgeois, des familles entières, qui s'enfuyaient de Hruxelles en emportant ce qu'ils possédaient de plus |)ré(ieux.
Les plaintes de ces malheureux apprirent à T'Serclaes (|ue le comte de Flaniire s'était emparé delà ville et que tout le bas (juartier, autour de la |»orte Sainte-Galherine, était en (lammes.
Près du village d'Etterbeek, il vitarriverde loin un gentilhomme à cheval et qui poursuivait son iliemin aussi lraiu|iiillement (jue's'il n'avait eu aucun sujet de crainte; l'échevin le reconnut pour un membre des lignages ; il l'arrêta et s'informa de ce qui se passait à Bruxelles; il lui demanda surtout s'il était vrai (|ue tonte la partie basse de la ville fût en feu.
— H n'en est rien.réponditlc chevalier. Comme adversaire du duc Wenceslas, notre souverain débauché et dissipateur, je n'ai pris aucune part ù la téméraire résistance de Bruxelles: je n'avais donc rien à craindre. Aussi ai-je tout vu. Les vainqueurs ont, dans le premier nmment, mis le feu aux environs de la porte Nainte-Callierine ;
( sauf ce commencement d'incendie, rien n'a été i détruit. Le comte de Flandre est entré en ville à la tête de ses troupes et .s'esl avancé jusque sur la grande place; il a planté son étendard sur le pignon de l'auberge VEtotle. Lue demi-heure après,
des hommes ont été envoyés dans toutes les rues, pour annoncer au son du cor et au nom de Louis, comte de Flandre et duc de Brabant, qu'il était donné aux habitante- de Bruxelles amnistie générale pour tout ce qui a précédé le triomphe de l'armée du comte.
— Duc de Brabant ! Amnistie générale! murmura T'Serclaes avec autant de tristesse (|ue d'étonnement.II veut nous séduire; il espère donc rester notre duc.
— Oui, et ce qui vous surpiendra encore davantage, reprit l'autre, c'est qu'on a aussi annoncé au son du cor qu'il plaisait au nouveau souverain de nommer le sire .Segher Van lleetvelde, Amman de Bruxelles, et d'établir sept nouveaux échevins;.
— Amman ? Van lleetvelde? de nouveaux échevins? La loi, nos privilèges, sont donc foulés aux pieds?
— Les comtes de Flandre ne sont pas dans l'habitude de respecter beaucoup les droits du peuple, quand ils sont assez puissants pour les méconnaître impunément; vous le savez bien.
— iMais, objecta T'Serclaes pensif, vous dites que vous n'avez rien à craindre. Pourquoi alors quillez-vous la ville ?
— Par prudence, ami T'Serclaes; maintenant tout est tranquille ; mais en différents endroits j'ai entendu les hommes du comte, surtout les étrangers à sa solde, se plaindre et manifester leur colère de ne pas pouvoir piller. Leur mécontentement est grand; ils pourraient bien se mutiner, et qui sait ce qui se passerai! dans Bruxelles! Je vais passer quelques jours on quel(|iies semaines, si c'est nécessaire, au château de Schoonenberg, chez mon frère. Si vous voulez rentrer en ville, passez par la porte Sainte-Cndule: vous courrez ainsi moins de risques de rencontrer beaucoup d'ennemis.
— Je vous remercie, votre conseil est bon, je le suivrai. Adieu !
T'Serclaes continua son chemin jusqu'à la grande route de Louvain; là il laissa son cheval à l'écurie de l'auberge de la Liionie d'Or et jténétra à |>ied dans la ville.
La chute de la capitale du Brabant permit au comte de Flandre de faire sans obstacle une marche triomphale à travers le duché.
Après avoir laissé dans toutes les villes et le> lorleresses de> garnisons-^ suffisantes, il retourna à Bruxelles et tint sa cour, en qualité de duc de Brabant, dans l'ancien palais des souverains brabançons, sur le Cauilenberg.
I,E SUPPLICE D'UN PÈUE
En Ix saluant profonflcment. (Page 31.)
Le peu d'affection du peuple pour le frivole Wenceslas avait sans doute fait concevoir au nouveau duc l'espérance de pouvoir conserver la couronne ducale, même avec l'assentiment des Brabançons. Aussi, bien qu'il fût connu pour un prince despotique et vindicatif, il se montra disposé à gouverner avec une certaine mansuétude.
Dans les Flandres, il avait impitoyablement fait couler le sang des bourgeois. Tout récemment encore, à Bruges, par un seul jugement, il avait condamné à un exil perpétuel trois cent quatrevingt-quatre des principaux habitants, et déclaré leurs biens confisqués. A Bruxelles, il agissait d'une tout autre manière : à part la nomination illégale de l'amman et des échevins, il respectait les privilèges des bourgeois et défendait surtout à ses fonctionnaires d'y porter atteinte. L'amnistie était strictement observée, et personne n'était in-
quiété pour sa fidélité antérieure aux souverains légitimes du Brabant.
Si, dans certaines parties du duché, cette conduite, relativement douce, pouvait avoir ponr effet de rendre moins regrettée la chute des anciens princes et de faire supporter avec patience le nouvel état de choses, à Bruxelles elle ne pouvait exercer aucune influence; les esprits étaient trop aigris. On ne pouvait oublier la sanglante et honteuse défaite subie parles troupes brabançonnes; presque tous les habitants brûlaient d'un secret désir de vengeance. Aux yeux des Bruxellois, il était hors de doute qu'ils avaient été vendus à l'ennemi par des traîtres, et, d'après la voix publique, le traître principal n'était autre que Segher Van Heetvelde, dont le souverain mépris pour le peuple était bien connu. En récompense de son méfait, il avait été nommé Amman de Bruxelles. Comme tel, il était le représentant du prince.