‹ [Œuvres complètes de Henri Conscience (volume 2)Chapitre 43 sur 115 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

DE DEUX ENFANTS D'OUVRIERS

Cette grande maison, avec ses cent fenêtres, que l'on voit sur le pont du Moulin, à Gand, est la fabrique de coton de M. Raemdouck. Quoique le jour baisse, tout y est encore en pleine activité. La lourde bâtisse tremble jusque dans ses fondements, sous le mouvement des mécaniques que fait marcher la vapeur.

C'est d'abord le diable, cette puissante machine dans laquelle le coton est battu, secoué et foulé jusqu'à ce qu'il soit expurgé de tout corps étranger. Puis les cordes, les instruments de tension et les lanternes ou pots tournants qui, tous en-

semble, changent la laine végétale en fiocons de neige, la mêlent, la divisent et la préparent, pour être convertie par les machines à tiler en un (il mince comme un cheveu. Puis les cardeuses, et enfin les métiers des tisserands et les barres des fdeurs avec leurs broches et leurs bobines innombrables. Tout, du haut en bas, se meut, court et s'agite avec une rapidité (iévreuse. C'est une inlinité d'essieux qui pivotent, de roues qui tournent, d'engrenages qui grincent, de courroies qui se déroulent, de métiers qui s'agitent et de fuseaux qui ronflent. Chaque mouvement produit un bruit qui se mêle aux autres bruits pour former une espèce de roulement de tonnerre, un grondement énervant si intense et si continu, (ju'il absorbe

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