LA CRISE
Durant plus de six semaines, Wilfried conserva une pleine confiance dans la protection du ciel.
Mais peu à peu des songes effrayants revinrent troubler son sommeil, et des pensées inquiètes le jetèrent dans une nouvelle agitation.
Le seul moyen de chasser ce mauvais esprit était une visite à l'ermitage. Aussi Wilfried allait presque chaque semaine à la grotte de la Roche-Noire et en revenait toujours plus fort et plus confiant.
Cependant, à mesure que s'approchait l'heure de sa délivrance, ces intervalles de tranquillité devenaient plus courts; dans le courant du dernier mois, des terreurs soudaines l'assaillaient jour et nuit, et, malgré les encouragements et les consolations que lui prodiguait Rasilissa, il ne pouvait s'en défendre.
Enfin, il atteignit ainsi le jour espéré et redouté de saint Corneille.
Pendant la plus grande partie de la journée, il resta agenouillé avec sa femme dans la chapelle du château, mais, même dans la prière, il cherchait vainement le calme. Des frissons couraient sans cesse dans ses veines glacées; des voix mystérieuses murmuraient à ses oreilles qu'il ne reverrait pas l'aube matinale, et que les efforts de Rasilissa et de Nyctos ne le préserveraient pas de l'inévitable catastrophe.
Le soleil descendait rapidement à l'horizon, et le soir allait tomber. Son angoisse devint insupportable; il avait la conviction que son sort s'accomplirait la nuit même, et quoi que Rasilissa tentât pour lui rendre un peu de confiance, elle n'y put réussir.
— Ah! Rasilissa, soupira-t-il, je suis si malheureux! Mes sens s'égarent, si tu savais quelle immense angoisse me torture! Si lu pouvais seulement supposer quel triple malheur me menace! Tu comprendrais que je meure de peur. Je ne puis te le dire... Ah! pourquoi ne suis-je pas allé aujourd'hui à la Roche-Noire? Pourquoi, pendant cette nuit terrible, ne me suis-je pas mis sous la protection de l'ermite! il m'eût du moins rendu l'espérance, et défendu contre les effroyables fantômes qui me poursuivent.
— Mais c'est peut-être Dieu lui-même qui dans sa grâce t'inspire cette bonne pensée, s'écria Rasilissa. Il n'est pas encore trop tard. Je ne crois pas.
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