L.NE AI I AIRK KMItllOl ILLKi
roule, puis elle hésita el s'anèla do nouveau au l)t»ul (If (|ut'l(|ii('s pas. N't'Iail-ce jias de ce côté (ju't'llc a\ait ciiteinlii la di'rnière lois la voix do .Marc? Si olle allait lo rencoiilroi- oncore!...
Cetto ponst'o la lit Irémir.
Elle poussa un profond soupir ot roprit à pas précipités lo choinin du viilauo.
En peu de temps olle alteij;nil le polit vallon où était le moulin de son père, elle se disposait à y entrer lors(]n'iino rélloxion la retint. Sa more ot la couturière attendaient avec impatience la robo do sa cousine. Si elle no la rapportait pas, sa mère insislorait sans doute pour lui (aire une robe de noces h la vieille mode. Et c'est ce i\ne Cécilo ne voulait pas.
Elle passa devant la maison de son père et entra dans la ferme du père (louterman.
La mère revenait île liai, et tous étaient réunis pour admirer une pièce de colon iinprinnqu'elle avait achetée ponrenfairedcsrideauxde lit.
Urbain le premior aporoul la jeune fillo, el s'écria joyeusemenl :
— (lécile, voyez donc quelle belle étoffe et (juolles jolies lleurs. .Ma mère veut ornor la maison comme un polit palais |)our le grarn' jour. Mais qu'avez-vous? vous semblez triste; avez-vous [deuré ! Votre more...
La jeune fille raconla sa rencontre avec Marc, el, quoi(|u'ello s'offofràt d'atlénuer les choses, Urbain et s<m père étaient indij^nés, el plus d'une fois ils interrompirent son récit.
— Tiens-loi tranquille, l'rbain ! dit le |ière. Laisse continuer Cécile. Jusqu'à présent je ne vois pas grand mal. Conliens-loi, tu es trop emporté.
L'instant d'après, c'étail le toui- d'Urbain.
— Mon père, vous ne laissez pas parler Cécile. Calmez-vous, ne vous agitez pas ainsi ! c'est mon aiïaire.
Mais lorsqu'elle raconta que Marc l'avait retenue de force, au moment où olle voulait fuir, le père et le fils se levèrent fl'un bond, el s'ccriè- Tf'nt en tendant le poinj; :
— Ouoi ! il a osé vous toucher ! Vous prendre par lo bras el vous forcer d'entendre ses pmpos d'ivrogne! t^ela passe toutes les bornes! Il faut que cola finisse !... .Aujourd'hui, anjuuiiriiiii même !
Urbain av.iit été i>roniire dans un roiii no i^ros bâton noueux avec le<|uel il so disposait à sortir. .Mais son père, non moins irrité, lui barra le passage en disant :
— Qu'est-ce que cela signifie? Que veux-tu faire, imprudent! lltnifis re bftion à sa place el rassieds-loi. N'oiiloiids-tii p.ts ce que je te dis, Urbain?
Le jeune homme obéit de mauvaise grâce et avec lenteur. Lorsqu'il se fut rassis, le père Coutorman, (jui contenait sa propre colère, pour calmer son fils, lui dit :
— 11 ne faut pas se laisser emporter par la colère, mon fils, c'est ainsi qu'on fait de ces sottisos (ju'on a lieu de regretter plus tard. Où allaistu avec cotte canne ?
— Chercher .Marc, lui demander compte de son insolence ot lui casser les reins... .Mais maintenant ma colère est un peu passée; j'avais tort, mon père.
— Certes, tu avais tort. Marc est beaucoup plus fort que toi, et il serait enchanté si tu lui fournissais l'occasion de te maltraiter. Je le chercherai, cet après-midi, et, dussé-je aller jusqu'à lu Pom)ite d'Or, je lui dirai, oui, je lui dirai que s'il ose encore parlera Cécile, je lui tords le cou.
— Allons, allons, mon père, calmez-vous aussi, (lit l'rbain en lui posant le bras sur l'épaule. 'Vous vous faites du mauvais sang; cela vous rendra malade.
— Mais, dit la mère Couterman, il me semble (|ue V0U5 n'avez pas plus de raison l'un que l'aulro. La chose est bien simple : plaignez-vous au drossart. La justice n'est-elle pas là, Thomas, pour veiller sur le repos des honnêtes gens ?
Le conseil serait bon, répondit le fermier, si le baron notre seigneur était au château, et si nous pouvions adresser nos plaintes à lui-môme; mais le drossart nous renverrait à l'amman, el celui-ci, qui nous hait sous le vain prétexte que nous rendons son neveu malheureux, se réjouirait de notre chagrin.
— .Mais, Thomas, j'ai appris au village que le baron a fait annoncer sa |trochaine arrivée. On l'attend d'un jour à l'aulre au château.
— Oui, on dit cela depuis trois semaines. Vienne est si loin d'ici; et d'ailleurs, l'été tire à sa lin. 11 n'est pas probable que lo baron revienne celte année.
— Avec tout cela, je mo trouve dans un cruel cndiarras, et je ne sais tpie faire, dit Cécile. La couturière est chez nous sans ouvrage; ma more m'avait envoyée chez la cousine de l'iattesteen pour lui emprunter sa robe de noces. Si je no la rapporte pis, je crains qu'on ne me fasse une vilaine robo à la vieille mode, qui me rendra laide, et qui ne plaira pas à Urbain. M(»n père est à Alseghcm, je n'ose plus aller seule à Plallesleen.
— N'est-ce que cola ? Je vous accomi»agnerai, Cécile, s'écria Urbain.
— Pas loi, mon fils; c'est moi qui la conduirai à IMaltesteen.
— .Mais, mon père, murmura le jeune homme, vous ne voulez jamais rien me pennetlre. Je ne
UNE AFFAIRE EMIIROUIKLÉE.
suis pourtant plus un enfant. Si Marc est fort, je ne le crains pas.
— Patron, laissez-moi accompagner Urbain, (lit le valet qui s'était tenu derrière la porte.
— Tais-loi, Biaise, grommela le fermier. Au premier danger tu délaies comme un lièvre. Je ne te reproche pas la timidité, mon garçon; lu es faible et estropié. Mais il faut ici un liomme calme et courageux. C'est moi qui conduirai Cécile à Plaltesteen.
— Pourquoi ne vous accompagnerais-je pas, père? demanda Urbain sur un signe de sa mère. A nous deux nous sommes plus forts qu'un, et Marc n'osera pas nous insulter si nous le rencontrons.
— Oui, Urbain, mais je redoute ton emportement. Promets-tu de rester calme, quoi qu'il arrive?
— Je vous obéirai, mon père.
— Tbomas, ne feriez-vous pas bien de prendre par Zickendriesch? dit la fermière. C'est un petit détour, mais vous seriez certains de ne pas rencontrer Marc.
— En effet, femme, vous avez raison. L'homme raisonnable évite le danger quand il peut. Viens, Cécile. Urbain, prends ton bcâton et n'oublie pas tes promesses.
Tandis que le vieillard sortait avec la jeune fdle, la mère Couterman retint son fils et lui souffla à l'oreille :
— Veille sur ton père, Urbain : il est encore plus emporté que toi. Tâche qu'il reste calme, et si vous voyez Marc de loin, revenez tous les deux, plutôt que de vous colleter avec cet ivrogne. Tu ne l'oublieras pas, Urbain?
— Non, mère, soyez tranquille.
Et il se hâta de rejoindre son père.
C'était le dimanche, jour de kermesse à Beersel. La cloche du village venait de sonner une heure. Le meunier et sa fille, le père Couterman et son fils, avec Biaise leur valet de ferme, gravissaient la colline escarpée où serpente le chemin qui conduit à Beersel.
Le beau temps et la fête les avaient mis en joie et en belle humeur.
lis s'étaient vêtus de leurs plus beaux habits, non pas seulement parce que c'était dimanche, mais surtout parce qu'Urbain allait pour la première fois se présenter à Beersel chez les parents des Roosens comme le fiancé de Cécile,
Il portait un tricorne en feutre, un long gilet de colon à fleurs, une longue redingote de drap
avec de grands boutons, une culotte courte et des bas bleus bien serrés sur ses jambes nerveuses; ses souliers étaient d'une forme élégante et leurs boucles d'argent étincelaient au soleil.
Les deux vieillards étaient vêtus à peu près comme le jeune homme, avec cette difl"érence que leurs chapeaux étaient moins retroussés, et que leurs cheveux longs tombaient sur leurs épaules. La couleur de leurs habits était aussi plus foncée. Tous trois portaient une légère canne à pomme d'argent, servant plutôt d'ornement que de défense.
La toilette de Cécile paraissait plus simple que celle des trois hommes. Elle portait une robe verte à fleurs rouges à corsage très étroit lacé par devant. Ses bras étaient nus jusqu'au coude. Sur ses cheveux ramenés sur le sommet de la tête, elle portait un léger bonnet de dentelles. Mais ce qu'elle avait de plus pittoresque, c'était un grand mouchoir de couleur, attaché sur sa cornette, et retombant sur ses épaules en plis gracieux qui encadraient son joli visage.
Déjà la joyeuse compagnie avait atteint le bois des béguines et malgré la pente assez raide du chemin, ne cessait de causer et de rire.
Lorsqu'ils arrivèrent sur le plateau, ombragé de vieux chênes, le meunier se mit à côté du père Couterman et continua de bavarder avec lui en échangeant maintes prises de tabac. Peu à peu, Urbain et Cécile restèrent en arrière et Biaise resta entre les deux groupes, mais plus rapproché des vieux.
Ceux-ci parlaient de Marc et se réjouissaient qu'il eût quitté le village pour tout de bon. Il y avait eu une scène si violente dans sa maison, que le drossarl, appelé par la veuve, avait dû intervenir, et Marc aurait certainement été mis en prison, si son oncle n'avait parlé pour lui.
Là-dessus Marc s'était enfui furieux, jurant qu'il allait se faire soldat, et qu'il ne reverrail jamais sa mère. Et en effet il y avait de cela cinq jours, et personne à D'worp ni dans les environs ne l'avait vu, personne n'avait eu de ses nouvelles.
Il n'y avait donc plus à craindre que ce jeune forcené, dans un moment d'ivresse, n'injuriât ou ne maltraitât Urbain.
Cécile et Urbain ne pensaient guère à Marc. Se tenant par la main, ils marchaient doucement, n'échangeant que des paroles entrecoupées. Toute leur àme avait passé dans leurs regards.
Au bout du plateau ils atteignirent un endroit découvert qu'ils avaient peut-être vu cent fois. Mais en ce moment les beautés de la nature semblèrent leur causer une émotion inconnue. Ils s'arrêtèrent ravis d'admiration et Urbain s'écria: — 0 Cécile, qu'il fait beau ici!
L'NE AFFAIRE EMBROUILLÉE
— Oui, l'rbain ; si lieiui, (iiron voudrait avoir des ailes pour traverser la vallôe.
Ce qui excitait à ce point leur enlliousiasine, c'était le |taysa};e qu'ils avaient sous les yeux : la Senne coulant à travers la vallée, la vallée cotiverte de riants villages étages les uns sur les autres et se détachant sur le vert clair des hêtres et le vert sombre des chênes. Tel était le tableau.
Ils seraient restés longtemps absorbés dans Uur contemplation, si Dlaise, accournnt à eux, ne leur eut crié :
— Kh ! l'rbain, avancez donc. Voire père n'est pas content de vous voir rester aussi en arrière.
— Kn elTet, à quoi pensons-nous donc? Nous oublions le monde entier, murmura le jeune homme, en jetant un regard d'intelligence à sa fiancée. Venez, Cécile, dépêchons-nous.
Ils rejoignirent bientôt leurs parents. Le père Couternjaii gronda un peu. .Mais lorscjuTrltain, il'une voix attendrie, essaya de peindre la beauté de la vallée de la Senne, le visage du fermier devint pensif, et il secoua la tête en silence.
— Oh! oh! mon gareon, s'écria le meunier en riant, qu'est-ce qui te monte ainsi la tête? Si lu n'y prends pas garde, l'amour te fera perdre la cervelle.
Le fertnier s'arrêta, et dit d'un ton sérieux :
— Non, c'est une preuve certaine, qu'Urbain aime sincèrement et profondément sa fiancée. Je m'en souviens comme si c'était hier : lorsque la mère d'Urbain m'avoua enfin (ju'elle souhaitait d'être ma femme, quelque chose comme un voile tomba de mes yeux, et je m'arrêtai de même sur le bord de la vallée de la Senne, sentant mon cœur battre et bénissant Dieu d'avoir fait le soleil si clair et la nature si belle. Tout m'y semblait admirable.
Le vieillard avait prononcé ces paroles d'un ton si pénétré, d'une voix si louchante, que tous ses auditeurs sentirent leurs yeux mouillés de larmes.
Lrbain prit la main de son père et la baisa en murmurant avec émotion :
— Merci, merci pour ma bonne mère. Je >ens dans mon propre cœur combien vous l'avez aimée.
— Venez donc, me^amis, dit le meunier; nous n'arriverons jamais à Heersel. Dieu sait combien de leinp-» nous resterons encore à prendre le café chez mon frère. Nous risquerons de ne pas voir Krandrhose du tir.
Ils pressèrent le pas et devinrent un peu plus silencieux, car le soleil était brûlant, le chemin escarpé, de sorte qu'ils étaient as.«iez fatigués lorsqu'ils entrèrent dans la ferme de Willem Hoosens, à Beersel.
Ils n'y irouvèrent que la fermière en grande toilette, (|ui après des saints sans fin, leur apprit (|ue le VKinrur* était venu cherchei' son mari pour assistera la réception des archers étrangers. La |duparl des membres de leur sociélé devaient même prendre pari au tir; aussi avait-on résolu de ne pas prendre le café, mais de souper tous ensemble à la ferme. Le mieux était donc d'aller tout de suite au milieu du village pour voir le cortège, si c'était possible.
On suivit le conseil de la fermière.
Près de la petite église, et devant la porte du cabaret qui avait le Cygne pour enseigne, le cortège était prêt à se mettre en marche, précédé de la société (|ui oiTrait le concours. D'abord le bedeau, portant la grande bannière, on l'on voyait le corps de saint Sébastien criblé de (lèches. Puis, le fou, agitant les grelots de sa marotte, et tâchant de faire rire les spectateurs par ses cabrioles el ses grimaces, puis la musique composée de deux tambours et d'un fifre. Derrière eux, le roi de la corporation tout constellé de médailles, de cuillers d'argent, de fourchettes et de pinces à sucre gagnées par les membres dans de précédents concours; puisf|uatre petits garçons coiffés d'immenses chapeaux d'osier pour les préserver de li chute des flèches.
Suivaient une centaine de tireurs inscrits, tous hommes robustes porlant de longs arcs.
Sur un signe du roi, les tambours exécutèrent un roulement de marche que le fifre accompagna de ses sons suraigus. Tout le cortège des villageois s'ébranla, et se dirigea dans un assez beau désordre, vers un chemin creux (|ui conduisait à une prairie où était dressée une haute perche.
On avait placé beaucoup de bancs tout autour, et le cabarelier dft (Ifiijno avait même dressé sur l'herbe une lente où il servait à boire et à manger.
Le père Couterman et sa compagnie prirent place à une dislance suffisante pour n'êlre pas atteints par les flèches, et se firent servir chacun un verre de bière.
niaise, le domestique, était assis à c^ilé do sou maître et regardait. la IkuicIic béante, au sommet et sur les deux cùtés de la perche, les beaux (tiseaux dont les plumes rouges volaient au vent.
La nouvelle des finançailles d'Urbain et de Cécile s'était répandue à LIeersel depuis une semaine, et beaucoup d'amis et de connaissances venaient les com|ilimenter, ainfi que leurs parents et Irinqutr avec eux.
Karl, le (ils du sacristain de D'worp se distinguait entre tous par la chaleur de sesfélicilations. Son amitié pour Urbain lui inspira des paroles qui