‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 106 sur 225 · Espèce de crêpes · texte numérisé non relu

Espèce de crêpes

Al\GENÏ ET NOBLESSE

orageuse de jeune lionime va bit'iilùl prendre lin. Je vais me marier.

— Ml! ces! bien! s'étria joyeusement Lin;i. Votre' liitiire »'st sans doute très riche?

— (1 est la liile d'un baron,

— Kt vous vous aimez sincèrcnnut, n'rst-il pas vrai? demanda la mère Wonters.

— Cela viendra peut-être, miirmnra llermanen levant les épaules.

— Se marie-t-on donc sans amour chez les gens riches?

— Quehjuelois. J'épouse une très noble demoiselle (jue je n'ai vue «jue deux fois et très peu de temps ; mais jt; l'épouse parce (|ue mon père dit que ce mariage le rendra heureux.

— Ah ! c'est une autre allaire, monsieur ; comme cela je comprends la chose.

— Maintenant, bonnes gens, dit le jeune homme en se tournant vers la porte, je vous renouvelle l'expression de mes sincères remerciements, el Je vous |)rie d'annoncer au père Woulers (jue je considère comme un devoir pour moi de venir à la première occasion lui témoigner aussi ma reconnaissance.

— Si vous vouliez de temps en temps nous honorer d'une visite en passant, vous nous feriez beaucoup de plaisir, murmura la Jeune fdle. l'as vrai, ma mère, .M. llerman sera toujours le bienvenu ici?

— Oui, oui, monsieur, toujours le bienvenu, affirma la vieille femme.

— Portez-vous bien toutes deux : au revoir!

El llerman Sleenvliet, traversant le jardinet devant la maison, entila le chemin de lerre.

Il pressa le |)as dans la direction de l'auberge de IWIgh' d'or ; mais il secouait la lèle en se parlant à lui-même, el souriait en évoquant l'un après l'autre tous les doux souvenirs qui lui avaient fait revoir, comme dans un beau lève, les jours heureux de son enfance.

Il avait déjà fait un lion bout de chemin lorsipic, dans sa préoccupation, il faillit renverser en le heurtant, un vieillard (pii venait eu sens conliaire avec un sac île loile sur le bras.

— .\h! père Wonters, je vous demande pardon, balbutia-t-il. J'étais tellemcnl distrait el absorbé que je ne vous avais pas vu.

— Maintenant je vous reconnais bien aussi, dit le vieillard-, vous êtes M. llerman Steeuvliet.

Oui, et je suis allé chez vous p(»ur vous

remercier de vos bons soins. Je suis enchanté de vous rencontrer. Croyez que Je vous garderai une profonde reconnaissance.

— Vous paraissez tout à fait rétabli et bien portant, tant mieux! répondit b; vieux |iay-an. .Malheureusement je n'ai pas besoin de demander à

monsieur où il si' rend encore une fois. C'est facile à deviner, car on chante et on fait déjà assez de tapage à I'AkjIi' d'or.

— Kn t'Ilct, c'est là que je vais.

— Permettez à un vieillard de vous le dire, grommela Jean Woulers avec une expression de profond nn''C(mleMtemeni, (|ui s'expose ainsi volontairement au danger et compromet sa santé dans de folles orgies ne mérite ni estime ni pitié... El, |)uisqu'il en est ainsi, monsieur, je dois vous avertir que si je v(ms rencontrais encore une fois dans le même état (|ue la semaine dernière, je ne prendrais plus la peine de vous ramasser.

Sans écouler les excuses du jeune homme ébahi, le père Woulers s'éloigna en grommelant un adieu sec et bref.

Au moment on il allait atteindre sa demeure, il se retourna ponr suivie M. Sleenvliel du regard.

— Ah l'a! p(»nr(|uoi diable m'arrêlé-je ainsi en chemin? se dit le vieillard à lui-même. Hésiteraitil? Ah! si une bonne |)ensée pouvait le retenir! Il y aura un famcuix train ce soir à IWiijle d'or ; on y chante déjà si fort que le vacarme s'entend jnscju'au milieu de la place... Tiens, le voilà cjui tourne à gauche el (jui disparaît entre les arbres!

Jean Woulers regarda encore un moment, puis il continua son chemin. Uentré chez lui, il dit aux deux femmes qui commencèrenl à lui parler de M. Steeuvliet :

— Oui, oui, je sais, je l'ai renconiré. Je n'ai pas le temps d'écouter maintenant. Il n'y avait pas beaucoup d'ouvrage à l'atelier. Je reviens, avec la permission de notre palroii, pour pouvoir planter encore avant le soir, dans notre petit jardin, ces féveroles (juej'ai été chercher chez Kohe le jardinier. Le temps est favorable, il faul en [jrofiter... Non, j'ai déjà mangé les larliiies de mon bissac; je ne veux pas de café.

Kn achevant ces mots, il sortit, alla prendre dans retable une bêche et un raleiu, el se mil immédiatement à l'd'uvre ponr planter, coiiiiim; il lavait annoncé, les féveroles qu'il venait de ra|»poiler...

Il pouvait avoir lait à peu |irè-; la moitié de sa tâche lorsque le pas précipité d'un passant lui lit lever la tête.

— Kh(|iioi! monsieurSteenvliet, déjà de retour ? demanda-t-il. Je pensais précisément à vous. Je vous vovais en pensée buvant du vin mousseux à l'auberge de l'Aigle d'or.

— Je n'y suis pas allé, répondit le jeune boinme. Voire sévère mais sage averlissemeiil, les conseils amicaux de la mère Wonters et de Lina m'ont fait réfléchir, et m'ont donné l.i force de volonté nécessaire |)our prendre une bonne résnintion. On ne me verra pas a l'Aigle d'or aujourd'hui.

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