AUGE. NT ET NOBLK.SS K
11 lutta violemment contre les gendarmes. (Page 100.)
je resterai éloigné de ma pairie ; mais alors je reviens triomphant pour vous supplier, Lina, de me donner avec votre main le bonheur de toute ma vie... Oui, tel est mon projet; mais lorsque jeu ai fait part à mon père, il a énervé tout mon courage en m'assurant, Lina, que vous ne m'aimez pas et que vous n'attendrez pas mon retour. Si cela était vrai, hélas, il ne me resterait plus qu'à courber la tête sous le poids de ma misère, et à me résigner à un avenir sans espoir... Que dois-je croire, Lina? Prononcez mon arrêt et délivrez-moi de cette affreux doute. Est-il vrai que vous ne m'aimez pas?
La jeune fille jeta sur lui un regard plein de pitié, mais elle laissa sa question sans réponse.
— Soit, reprit le jeune homme. Je comprends que vos lèvres si pures ne veuillent pas prononcer un tel aveu. Mais savez-vous ce que mon père m'a dit encore? Il m'a dit que pendant mon absence
vous pourriez choisir un autre mari. C'est une crainte que je ne veux pas emporter dans mon long voyage. Ah! tandis que je travaillerais, que je peinerais là-bas comme un esclave, avec l'espérance de vous avoir un jour pour femme ; tandis que cette espérance brillerait devant mes yeux comme une radieuse étoile, on briserait ici pour jamais le bonheur de ma vie? Je vous en conjure, Lina, dites-moi que vous attendrez mon retour !
La mère Woulers essuya avec le coin de son tablier les larmes qui coulaient sur ses joues ; la jeune fille avait aussi les yeux humides ; elle avait frémi plus d'une fois au chaleureux appel d'Herman, et elle était pâle d'émolion. Mais elle avait conservé assez d'empire sur elle-même pour pouvoir discerner ce que le devoir exigeait d'elle et ce qu'elle avait promis au vieux M. Steenvliet.
Elle se leva et dit d'une voix qui, quoique tra-
ARC.ENT ET NOHLESSK
Iiissaitt une émotion |)roron<le, atte<>lail nôanmoins nru' ferme résolution :
— Monsieur llerman, vous m'avez ouvert votre cœur, lisez aussi dans le mien mainlenanl. .le suis si sensible à votre extrême sympathie pctur moi que je voudrais vous baiser les mains en si,i;ne de reconnaissance. Vous me demandez si je voudrais devenir voire femme? Si j'étais une lille de votre condition et (joe votre père put bénir notre union, alors, oui, je vous attendrais, fùl-ce pendant vinj;! ans, et faliùl-il sacrifier la moitié des jours qui me restent à vivre, pour mériter cette grâce du ciel, je le ferais avec bonheur...
— Lina, malheureuse enfant! s'écria la veuve effrayée.
— Ah! cela me suflit, s'écria llerman, ivre de joie.
— Non, vous vous trompez, cela ne suflit pas, répli(|ua Lina. .le ne séparerai pas le père du fds, et ne vous rendrai pas malheureux tous les deux.
— Mon père finira par consenlir à notre mariage, Lina.
— N'espérez |)as cela. Que serais-je pour lui? La cause de votre dé>obéissance, une enneuiiequi lui aurait ravi l'amour de son uniciue enfant. Je no pourrais pas vivre ainsi, llerman.
— C'était donc la vérité, l'affreuse vérilé! s'écria le jeune homme d'un Ion plaintif. Vous ne voulez pas faire pour moi le plus léger sacrifice? Lina, Lina, non, vous ne m'aimez pas!
— D'ailleurs, Dieu sait ce (|ue je lui ai confessé si souvent depuis votre (iernière visite.
— Kh bien, alors?
— .Mais cette affection même m'impose le devoir de vous réconcilier avec votre père.
— El le moyen pour cela?
— C'est d'épouser mademoiselle Clémence.
— Mais, Lina, vous ne savez pas ce que vous dites.
— .le le sais parfaitement, llerman.
— Vous me déchirez le cd-ur.
— Votre cba};rin se dissipera à la longue. L'inimitié entre voire père et vous serait un malheur I irréparable.
— .\insi, v(tus ne voulez pas être ma fem iie?
— Sans le consenlement de votre père? Non, positivement non... Voyons, écoulez-moi avec bienveillance, lieiman. je vous convaincrai que vous devez accepter la main de mademoiselle Clémence.
Mais le |eune homme, écrasé |)ar cet arrêt, se laissa tomber sur une chaise et cacha sa tête dans dans ses mains en sanglotant.
La vue de ses larmes brisa le c urage des deux femmes; elles se mirent a pleurer aussi.
Lina continua cependant à l'exhorler à se soumettre à la volonté paternelle ; elle parla de la vie laborieuse de M. Steenviiet, de sa bonté, de son amour pour son fils unique, de son chagrin. Troublée au dernier point par le mutisme ol»stiné du jeune homme, elle finit par s'agenouiller devant lui.
— llerman, mou cliei' llerman, s'écriait-elle en l'implorant à mains joinles, écoutez mes prières! Donnez-moi celte dernière preuve de votre généreuse aniilié. .\cccplez Clémence pour femme!
Le jeune homme se leva d'un bond, pâle comme un linge, avec un amer ricanement sur les lèvres.
— Vous! c'est vous (pii me condamnez! s'exclama-t-il d'un ton de reproche, l'^li bien, ipie mon sort cruel s'accomplisse, .le serai l'épouxde Clémence, avec l'espoir (|ue le poignard acéré que vous m'enfoncez dans le c(eur me délivrera bientAl de ce fatal lien en m'ntant la vie qui m'est à charge. .\dieu, pour toujours, adieu!
Et sans faire attention aux cris des deux femmes, il courut vers la porte.
Mais à peine eut-il fait (|uel(pies pas, qu'il s'arréla frappé de stupeur ou d'épouvante, en s'écriant:
— Craiid Dieu ! mon père !
Les deux lémmes regardèrent également au dehors, pâles et blêmes d'in(|uiélude.
Deux hommes descendaient d'une voiture qui venait de s'arrêter devant la maisonnctle : .M. Steenviiet et .Jean Wouters. L'enirepreneur entra le premier.
— Vous voulez pari ir? restez, je vous l'ordonne, dil-il à son fils.
Il se dirigea immédiatement vers la jeune fille, tremblante comme la feuille, lui prit la main et lui dit:
— Caroline, vous aimez llerman, j'en suis certain. Vous sentez-vous capable de m'accorder une petite place dans votre cœur? l'ourriez-vous aimer le vieux Steenviiet comme un père ?
— Ah ! ji' vous aimais déjà de toutes les forces de mon âme, bégaya -t -elle
— Eh bien, iferman, eh bien, Caroline, écoutez bien ce que je vais vous dire. Voilà M. .lean Wouters, maître charpentier et entrepreneur. I! a donné son consenlemeni et je iloime le mien. Venez, llerman, mon enlèié. mon brave fils, tendez la main h Candine; elle devient votre femme.
llerman poussa un cri de bonheur, et serra son père el sa fiancée sur son co-nr dans une même étreinte passionnée.
.lean \V(tuters cl la mère Anne, priant et pleins de reconnaissance, levaient vers le ciel leurs yeux mouillés de doureN larmes.
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LA MALE MAIN
LA MALE MAIN
Eneiïet, voisin, c'esl vrai : il arrive fréquemment des choses qui dépassent l'intelligence humaine, des événements qui viennent démentir toutes les données de la science, et nous font rêver malgré nous d'esprits invisihles et d'une puissance mystérieuse et inconnue. A ce sujet, je veux vous raconter un fait dont j'ai été témoin oculaire, et qui a fait sur mon imagination une impression ineffaçable.
En l'année 1834, demeurait à Borgerhout' une orpheline âgée d'environ dix-huit ans, du nom de Thérèse. Elle était d'un caractère doux et paisible, gagnait son pain quotidien par des travaux de couture et habitait seule une chambre louée. Ses Irails délicats portaient tous les signes de la santé et du bonheur; sa conduite irréprochable et sa gaieté naturelle la faisaient aimer de tout le monde, et, comme elle était très laborieuse et gagnait par là un très joli salaire, elle s'estimait à bon droit l'une des plus heureuses créatures de la terre.
Une incroyable aventure vint tout à coup faire de la jeune et joyeuse fille un être triste et misérable. Voici à peu près comment elle racontait l'événement.
Un jour, elle s'était rendue à Berchem pour y faire à la journée des vêtements de femme et d'autres ouvrages de couture. Vers le soir, à cette heure où il ne fait ni jour ni nuit, elle avait pris un chemin de traverse pour regagner sa demeure. Elle se hâtait fort, car le ciel se couvrait de nuages noirs, et l'obscurité inenat;ait de la surprendre à l'improviste. De plus, il avait fait ce jour-là une chaleur étouffante; tout faisait craindre qu'un terrible orage n'éclatât bientôt, et cela d'autant plus que par moments déjà d'ardents éclairs illuminaient l'horizon lointain. Thérèse n'était pas des plus hardies : le silence de mort qui régnait dans la campagne, cet instant lugubre qui précède l'orage et où la nature épouvantée semble plongée dans la stupeur, tous ces signes effrayants faisaient balli'e d'angoisse son cœur et accéléraient doublement sa marche.
Soudain un formidable éclair jaillit des nuages; la foudre tonne et ébranle le sol. Thérèse s'arrête saisie d'une vive anxiété et porte les mains à ses