SION D'INE .MKIIK
lils liiiil |)ar se briser dans la iiiaiti du sauvage.
— Cesse, Joacliim, c'est peine perdue, dit-il tout découra^'é. Si nous ne trouvons pas un autre moyen de nous évader, nous devons nous attendre à faire demain notre dernier saut enlre ciel et terre. Héllécliissons Itien....
Après un assez long silence il secoua la tète en murmurant :
— Rien... Je ne trouve rien. Kt loi, Joacliim ? Comment, tu pleures?
— Est-ce que cela vous étonne, mon père. Èlre si jeune et mourir au bout d'une potence, c'est affreux !
— Ali ! mon garçon, c'est aflligeant, en effet, même quand on n'est plus si jeune.
— Vous, mon père, vous n'avez pas à redouter la mort; vous n'avez pas mis la main à la montre. .Moi seul je serai |)eiulu ; le bailli sait (jue c'est moi (|iii l'ai volée.
— Bah ! bah ! ne te désespère pas ; il nous reste encore bien des heures... Tiens-toi tranquille et ne me trouble pas, Joachim;je vais me mettre la tête dans les mains el réfléchir sérieusement. Sois sûr (|ueje trouverai un moyen de salut.
Le jeune homme alla près de sa mère et se laissa tomber sur la paille à cAlé d'elle.
— Tu es triste, Joachim? lui dit-elle en souriant. Tu te laisses effrayer par ton père; il fait le fanfaron el le fier-àbras, mais au fond il n'est qu'un lâche el ne sait pas ce qu'il dit. La potence ! Comment pourrait-on condamner l'un de nous à mori, puis([ue l'on n'a aucune preuve contre nous.
— Et la montre, tna m.-re?
— Eh bien! r|nni, la montre? Si la découverte de cet objet élail sullisanle, c'est moi que l'on devrait pendre, car c'e^l dans ma cafetière qu'on a trouvé la montre; mais, sois tranquille, je saurai bien m'en tirer saine et sauve. Qu'une mnnire en or ail été volée, cela ne peut pas être contesté; mais quel est le voleur? Ces messieurs n'en savent rien, si malins qu'ils soient. Si nous nous montrons exempts d'in(|uiétude et inébr.inlables dans no> tiénégations, binons continuons à aflirmer que nous ne savons rien, ils ne peuvent pas prononcer contre nous une peine sévère.
— .Ah ! u;a mère, le bailli est ronvainru que c'est moi (|ui suis le voleur de la montre.
— Soit : il le suppose; il nous sou|iroiiMe, mais il ti'en est pas certain. Ce qui nous pend au nez a tous, hmniis à lloila, c'est d'être battus de verges, th bien! mon (ils, pour loi ce sera la seconde fois, pour moi la troisième et pour Ion père la cinquième. Ah! je sais bien qu'on n'est pas à la noce quand les verges du bourreau font perler sur la peau du dos ane sueur de sang; mais du moins on nm meurt pa?.
— Ma mère, ma mère, comme vous parlez d'un semblable supplice! dit le jeune homme en sdupiranl. .\vez-vous donc oublié (ju'à Augsbourg je m'évanouis sous les coups de verges, et qu'il fallut m'emporter presque mourant?
I — Oui, mais ici on ne frappo pas aussi impiloyablement.
— Ah ! j'ai trouvé ! s'éi ria tout à coup le sauvage en se levant.
— Eh bien ! qu'avez-vous trouvé, malin Samson ? demanda la tireuse de caries avec un ricanement d'incrédulité.
— Le moyen d'échapper non pas seulement à la potence, mais à toute autre peine.
— l'onr vous?
— Non, pour nous tous.
— Vraiment? Et ce moyen merveilleux est ?...
— Ecoutez bien... et vous, Ilawida, ne m'interrompez pas, ou bien je m'embrouille dans mes idées. Le bailli ne peut pas dire en conscience quel est celui (jui lui a volé sa montre. Il feint bien d'être convaincu que c'est Joachim qui est le voleur; mais il en est si peu certain qu'il a commencé à douter dès (|ue je lui ai parlé de l'homme à la barbe nmsse. Vous savez bien qui je veux dire?
— Samuel, qui est parti dimanche soir avec le butin?
— Naturellement, et (jui nous attend à Bruges. Mais, Ilawida, vous m'avez interrompu, et voilà que j'ai perdu mon fil. Où en élais-je?
— Vous parliez du bailli el vous disiez qu'il n'a pas de preuves.
— Ab! oui! Est-il vrai, oui on non, qu'il ne sait rien de positif?
— .Non, certes, il ne sait rien.
— Eh bien, si l'un de vous avouait devant la justice qu'il est le voleur de la montre, pensezvous que l'on pourrait douter de la sincérité de son aveu?
— Quoi, Sam.son, vous voulez vous accuser vous-même pour nous sauver? balbutia la femme au c(unble de l'élonnemenl.
— Ah! mon père, merci, mille fois merci! s'écria le jeune homme en s'avanv-tiit vers lui les bras (uiverls iiour lui sauter au cou.
Mais l'hercule le repoussa brutalement et lui dit en ricanant :
— Ah ça, crois-tu (|ue je Nuis devenu fou ? Moi, me passer la corde au cou pour être pemlu à ta place? Pas si bélc. Le umvfn f|ue j'ai liouvé doit nous sauver tous.
— Insupportable basard, gr>immcla la diseuse de bonne aventure, abonlez voiie moyen, et Ion verra. Mais cela lioira probablement | ar quelque solliseï couime d'habitude.