I-.\ MAISON BLEUE
jeune homme, il lui (lia d'iiii tuii (-Diirruiict' :
— Voulez-vous [liirlir d'ici tout de suite ! Vous êtes sur mou terrain; je vous dvfcnds d'y remetirt' enctirc l»'s pieds. Si vous revenez dans ce jardin contre ma volonté, je vous en chasserai à coups de hàlon, on hieii je préviendrai la police (|ue vous viole/ ma propriété.
— Je m'en irai, répondit Simon avec calme; mais laissez-moi d'abord, je vous eu prie, dire ((uelques mots.
— Pas un seul! interrompit le vaclier. Taisezvous, je ne veux rien entendre... Kale, à la maison, tout de suite, ou sinon !... Kt vous, elTronlé, parlez sur-le-cliam[i!
— Mais, maître Vtilioeven, soyez raisonnable!...
— Uaisonnable? vous me trouvez donc déraisonnable, fou, orgueilleux! Allendez, que je lâche mon chien! Parlez-vous, oui ou non?
— Vous ne refuserez [las de m'eulendre.
— Ici, Turc! Ksss! ksss! mords-le.
Kl il tâcha d'exciter le chien contre Simon. Mais l'animal courut au jeune homme en remuant la (jueue, et lui lécha les mains. Kl lorsque le vacher leva son bâton d'un air de menace, Turc lui montra les dents et i,'ro<,'na sourdemenl, comme s'il voulait (lélenilre Simon contre son maître.
— Kh bien! eh bien! que me faudra-til voir encore? s'écria le vaclier fiiiibond. Vous subornez tout le monde dans ma maison, et vous excitez contre moi bètes et j;ens à la révolte. Juscpi'à ce chien slupide... La méchante et fausse bèlc partira aussi, ou jeli lue... Parlez, parlez; mon sang boni; je sens (pie je vais l'aire un malheur!
— Itien iju'un petit moment.
— Pas une seconde. Je ne veux plus entendre voire voix ni vous voir devant mes yeux : hors d'ici, vous dis-je !
Simon, convaincu q l'il ne liagncrail rien à parlement«'r avec ce paysan emporté, se retourna lentement et reprit le (Uiemiii de terre pour se diriger vers le faubourg:, poursuivi par les menaces du vacher jnsiju'au n ij> Mil où il disparut à ses yeux.
L'après-midi, Simon eu reloiiinani chez lui suivait le Chemin de terre qui traversait le janliii du vacher.
Le jeune homme paraissait loiii a fait récmiforté, quoiqu'il fi)t plongé dans ses | ■" > es; la joie et la résolution brillaient dans ses yeiix
Il avait probabli'iiMMit une bonne iiniivclb' à porter à sa mère, car il marchail à pas pressés pour regagniT sa drmeure.
Toiil il cou[» il s'arrêta avec surprise. Un rire ironiijue plissa ses lèvres, et un cri rauque sortit de sa gorge. L'ouverture de la haie était barréf par des pieux, et si étroitement fermée par des branches d'arbres, que Simon pouvait à peine voir le toit de la maison de sa mère.
Il resta nii moment, les bras croisés sur sa poitrine, en coiilemplalion devant cet obstacle imprévu. Alors il mit la main sur un des |iieux, comme s'il voulait l'arracher; mais il comprima ce mouvemenl de dépil, et murmura eu luimême :
— Non, pas de folie; il est dans son droit. S'il a fait aulrelois, par amitié pour nous, cette ouverture dans la haie, il |)eiil bien aujourd'hui la boucher par inimitié. C'est une déclaration de guerre. Kh bien, elle me fortifie dans ina résolution. J'accepte la lutte sans hésiter! Pauvre mère, comme cet outrage l'aura affligée! Avec l'aide de Dieu, je vous vengerai.
En achevant ces mots il rebroussa chemin pour sortir du jartiin du vacher et regagner sa demeure par la rue de la (Charrue.
Au moment où il allait mettre le pied sur la chaussée de Dorgerhoiit, il se Irouva tout h coup devant Kale, (|ui arrivait avec une cruche à lait au bras.
— Kale, dil-il, en montranl le fond du jardin, voyez, voyez, ils ont voulu mettre une séparation entre nos cœurs.
— Hélas! c'est mon père! dil-elle avec un gros soupir; il vous déteste tant maintenant! Il est votre ennemi.
— .Non, non; mon ennemi, c'est la pauvreté. Je vais combattre cet ennemi sans craint»*, aveuglément, avec résolution. Si je triomphe, votre main sera le prix de ma victoire, et aussi notre bonheur el le bonheur de ma mère. Mais il me tant du temps. Kestez-moi (i lèle, aidez-moi!
— Je vous resterai (idèle, Simon, aussi longto I ' lueje... Ciel, écoutez, mon père m'ap[)elle! Le \( 1.1 là-bas qui nous menace. Courons...
— Oui, Kale, soyons forts et espérons. Adieu, adieu !
Il |iril la chaussée, louiiia rapidement le coin de la rue de la CJiarrue, el allcignil en nui'bjues Miinules la rue ilaiile cl la porte de sa maison.
Iji tiïir.ml, il vil (jiie sa iiiére pleurait, et (juc sa petite sieur sanglotait la télé couchée sur ses genoux.
Il les n garda d'un air interrogateur.
— Simon, vois là-bas, dans le jardin, dil la veuve en soupirant. .Maître Verhoexen a bouché la haie. Mainlenani Kale ne peut plus venir nous voir. Tdiil est rooijui entre nous el les Verlmcven.
LA MAISON l!LE(JE.
— Je l'ai VII, mère, répondit-il, mais cela ne me l'ait pas de peine, au contraire.
— 0 Simon, ne sacrifie pas si légèrement ton bonheur. Tout ce chagrin, un seul mot peut te l'épargner. Laisse-moi aller à l'hospice.
— Plus un mot de cela; vous êtes mère et vous avez un cœur aimant; mais je suis homme et je connais mon devoir. Refoulez ces larmes... et tais-toi, Annefte, ne pleure pas, mon enfant. Une vie nouvelle commence pour nous. Qui sait quel bonheur le ciel nous a réservé!
Le son de sa voix était si mâle, et dans ses yeux brillait un si grand enthousiasme, que la vieille femme le regarda avec étonnement.
11 s'assit sur une chaise, prit la main de sa mère et continua :
— Ecoutez quel est mon projet. Si maître Verhoeven retire sa parole donnée et veut contraindre Kate à épouser Isidore Pommedepin qu'elle hait, c'est uniquement parce que les Pommedepin ont de la fortune, tandis que nous sommes pauvres. Si je puuvais eu peu de temps gagner de l'argent, maître Verhoeven, sans aucun doute, se souviendrait de son amitié passée et me donnerait avec joie la main de sa fille. Eh bien, mère, je vais gagner de l'argent, beaucoup d'argent.
— Comment? que veux-tu dire? Je ne te comprends pas, murmura la mère Horms.
— Je vais, du moins, essayer; j'ai confiance en la protection de Dieu, dans les chances du hasard, et dans la puissance de ma volonté ! Mon langage vous étonne, ma mère, cela est naturel; mais je vais vous expliquer quel est mon projet. Je quitte mon poste de magasinier...
— 0 ciel ! Simon, quitter ton poste! répéta la mère Horms avec inquiétude. De quoi vivronsnous, alors?
— Je deviens négociant, négociant indépendant : je vais faire le commerce pour mon propre compte.
— Sans argent? Cela n'est pas possible.
— Vous vous trompez, ma mère. J'en ai parlé avec M. Waterschoot. Le noble homme m'est très dévoué, parce qu'il sait combien j'aiiue et respecte ma mère. Je lui ai dit tout, tout. Il m'assistera. Les Français et les Anglais commencent à sedispulersur les conditions de la paix d'Amiens. Le temps devient favorable : les prix du café commencent à monter.
La mère Horms, qui ne partageait pas la confiance aveugle,de son fils, et qui s'effrayait même à l'idée de cette audacieuse tentative, fit quelques objections, mais il ne lui laissa pas le temps de parler, et il reprit avec feu :
— Je commence avec vingt balles, et je les
vends avec un petit bénéfice; puis j'achète vingtcinc] balles, puis cinquante, puis cent... Je travaille, je calcule, je cours du matin au soir, je m'échine sans perdre courage un seul instant; je réussis, j'obtiens du crédit, je finis par acheter mille balles... et alors... alors arrivent la richesse et le bonheur pour nous tous... et vous, ma mère, vous habitez une grande maison avec Annette et avec Kate, car alors elle est ma femme depuis longtemps!
La mère Horms secoua la tête d'un air de doute.
— Oh! le bel avenir! Tu m'élourdis, dit-elle; mais, mon pauvre fils, ce n'est qu'un rêve !
— Un rêve? Non. Quatre ou cinq au moins des plus riches négociants d'Anvers ont commencé ainsi. Pourquoi moi seul ne réussirais-je pas?
— Mais, Simon, ils avaient du moins un peu d'argent?
— Peut-être moins que nous, mère.
— • Moins que nous? Mais nous n'avons que des dettes.
— Notre petite maison et le jardin nous appartiennent, mère. M. Van Groenhoven nous en a offert quatre mille francs. Nous la lui vendrons.
La vieille femme pâlit.
— La vendre? balbutia-t-elle avec effroi. La petite maison où ton père est né... où tu es né toi-même, Simon. Dis-moi, je t'en supplie, que tu ne parles pas sérieusement.
— Je parle sérieusement, ma mère; et ce que je fais, je le pèse avec mûre réflexion. Il y a des circonstances dans la vie où l'homme doit mettre son vouloir et son courage au-dessus de ses sentiments. C'est dans des circonstances comme celleslà que nous nous trouvons actuellement; le prix de notre sacrifice est la délivrance de Kate, et notre bonheur à tous.
— Jamais, jamais je ne consentirai à pareille chose.
— Vous y consentirez, ma mère!
— Grâce, grâce, Simon, ne l'exige pas.
— Je l'exige, ma mère, et cela sera. Maîtrisez votre anxiété, elle n'est nullement fondée. Écoutez-moi seulement. Avec ces quatre mille francs je puis commencer tout d'une fois le commerce dans des conditions indispensables pour gagner la confiance publique. Je loue en ville une jolie maison avec un bureau ; j'achète une bonne partie de café. Je la revends, puis j'achète de nouvelles marchandises. De cette façon, je me mets en train tout de suite, et si le bonheur veut me sourire...
— Mais, Simon, répondit la veuve, si fu allais perdre l'argent de notre petite maison, nous serions sur la paille pour toujours. Pense du moins cà notre Annette, qui est encore si pelile!
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I A MAISON HLEUE.
— J'y ai assez pensé, ma mère. Supposez que je sois malheureux dans le commerce, (jue je perde le (irix (le la vente île notre maison, alors M. \Valerschoot me reml ma place de magasinier. 11 a pris, de son propre mouvement, ce! engagement envers moi. Bali! ma mère, en ce cas nous ne serions pas beaucou[) plus pauvres (jn'à présent.
— Mais notre maison, notre chère et jolie petite maison, nous l'aurions perdne, hélas!
— Oui, mère. .Mais supposez maintenant le contraire; j'ai du succès: mon commerce se développe en peu de temps; je double plusieurs, fois le prix de notre petite maison. Petit à petit l'aisance nous vient. Kate est ma femme. Nous demeurons dans une belle maison ; vous avez un' servante pour vous seule : ,\nnctle va dans une bonne école, et apprend la musi(iue et, qui sait, mère, — cela est arrivé à bien d'antres, — qui sait si je ne finirai point par acheter une voiture, dans l;iquelle vous, Kate et Annelte vous pourrez faire des promenades? Allons, mère, consentez !
nuoi(|ue à demi ensorcelée par les séduisantes persiteclives que son (ils déroulait devant elle, la vieille femme secoua la tète en signe de refus.
— Mais, mère, s'écria-t-il, quel plaisir pourrez-vous encore goûter ici, avec celte affreuse palissade devant les yeux V Ce signe d'inimitié, cette cruelle injure vous affligera tous les jours. Laissez-moi faire, mère; c'est décidé; rien ne peut me retenir. Pas de bonheur pour les gens timides... Dieu ne protège que les audacieux... Vous refusez, mère, ô je vous en prie, je vous en supplie !
— Laisse-moi réfléchir quel(|ues jours.
— Quelques jours, mf're ! Pas une heure. Le temps vaut de l'or. J'ai peur de moi-même : Il confiance pourrait m'échapper, et nous serions condamnés à réleriielle pauvreté. Je v(uis demande une chance de richesse et de bonheur, non seulement pour vous, mais pour Kate, jtour .\nnette et pour moi. .Alère. mère, ne refusez pas plus longtemps.
— Eh bien, s'il le faut absolument.
— Donnez-moi les clefs de l'armoire,
La mère llnnns tira les clefs de sa poche, et les tendit à son fils.
Il poussa un cri de joie, et il s'élança dans la [•ièce viiisine.
In instant après il reparut avec une liasse de papiers.
— Je cours chez M. (iroenhoven et chez le notaire. N^ pleurez pas, ma mère ; soyez heureuse plutôt. Avant la (in de la semaine prochaine nous demenrerons en ville et vous aurez une servante !
Il embrassa sa mère avec tendresse, et essuya ses larmes avec ses baisers.
Puis il s'élança hors de la mais<ui en criant encore :
— Confiance, confiant e, ma mère. Priez Dieu, et souriez à l'avenir.
Quinze jours plus tard, la mère llorms habitait une jolie maison bourgeoise, dans la rue aux Laines, à Anveis. Klle avait une servante pour faire la cuisine et piendre soin d'elle, et Simon avait nu (»uvrier pour surveiller le magasin et |)ortei' à d(nnicile, sur une charretti» à bras, les marchandises vendues encore en très petites parties. Quant aux écritures, il les tenait luimême, afin d'épargner les appointements d'un commis.
Tout à fait absorbé par son commerce, il se levait le malin avant l'aube, courait de bouli(|ue en bouti(iue pour olîrir des marchandises, visitait les |)rincipales maisons de commerce, recueillait à la Dfiurse les nouv»;lles du jour, lisait les journaux, consultait souvent son protecteur M. \\ aterschoot, retournait chez lui le soir, restait une couple d'heures, et (juelquefois moins à causer avec sa mère, puis se niellait à écrire et à calculer, et ne se livrait au repos (|ue lorsque la nuit était déjà fort avancée.
Souvent la mère Horms conjiirait son fils de ne pas se fatiguer ainsi, et de se donnei' un peu de repos |)our ne pas surmener son activité et ses forces; car elle craignait qu'il ne se rendit malade; mais Simon ne voulait pas écouter sou conseil. Il se sentait fort et courageux, disait-il; les temps étaient propices et il gagnait de l'argent l(uis les jours, pas beaucoup a la vérité, mais assez ilu moin-^ pour pouvoir espérer en l'avenir.
Kn effet, cbaqiïe jour arrivaient des nouvelles qui faisaient présager que de graves dissentiments allaient surgir entre les Franvais et les Anglais, au sujet du résultat des conditions de la paix d'Amiens. A cause de cela le prix de toutes les denrées, et surinul le café, conservait une tendance man|uée à la hausse, et quiconque achetait était à peu près sûr de gagner.
Simon devait avoir eu de la chance, car, à la fin du premier mois, il dit avec joie à sa mère qu il avait fait un bilan exact de sa situation et Cfuistaté qu'il avait gagné plus de milje francs. Par le dévelnppeinent de son crédit, son commerce s'agrandirait de plus en plus; mais, s'il conlinuait seulement à aller comme maintenani, au bout de l'an il aurait gagné douze mille (rancs, dont il
LA MAISON lîLEUE.
pourrait mettre quatre ou cinq de côté, après déduction de son loyer, de l'entretien du ménage et des autres frais généraux. Ce n'était pas assez pour lui permettre d'atteindre le but qu'il avait en vue; mais il n'en était pas moins reconnaissant à Dieu d'un semblable résultat, parce que sa mère pouvait voir par là que ce n'était pas étourdiment et sans réflexion qu'il l'avait déterminée à vendre sa petite maison dans le Coin-Vert.
Si le temps devenait plus favorable, il serait plus hardi et risquerait davantage; car la pauvre Kate qui, aujourd'hui, devait tant souffrir dans sa lutte contre l'impitoyable volonté de son père, pourrait succomber malgré toute sa fermeté.
Un heureux hasard avait voulu que la maraîchère qui apportait presque tous les jours des légumes chez Simon Horms demeurât dans le Coin- Vert, à côté du vacher. Aux questions réilérées et pressâmes de la mère Horms touchant le sort de Kale Verhoeven, cette femme avait immédiatement compris qu'elle pouvait rendre d'importants services, et elle était devenue la messagère complaisante entre les deux jeunes gens si cruellement séparés.
Il était donc inutile de s'écrire, ou de faire quelque autre tentative que le père Verhoeven eût pu surprendre. D'ailleurs, Kate même avait fait prier Simon de ne pas montrer qu'il désirait encore avoir quelques relations avec elle malgré la défense réitérée de son père. Elle continuerait à refuser obstinément d'épouser Isidore Pommedepin, mais il eût été imprudent à Simon d'exciter la colère du père Verhoeven en manifestant une espérance qui pouvait le blesser; car le vacher était très monté contre Simon.
Un jour que la maraîchère était revenue chez Simon, elle apporta une nouvelle i^ui bien qu'insignifiante en elle-même, causa une grande tristesse.
Maître Verhoeven , dans un accès de colère contre Kate, avait vendu son chien, et ne voulait dire à personne où la pauvre bête était allée. Kate avait bien pleuré, dans la crainte que le brave Turc qui, pendant des années, l'avait aidée à porter son lait en ville ne fût tombé dans de mauvaises mains.
Cette nouvelle attrista fort Simon et sa mère. La petite Annette se mit à sangloter et gémit tout l'après-midi sur le sort du pauvre Turc, qui avait été son meilleur ami, et qui jouait si volontiers avec elle.
Tous ces petits incidents, et même la pensée des souffrances de Kate, qui ne le quittait jamais, ne pouvaient distraire Simon de ses spéculations commerciales et de son activité.
Comme il l'avait prédit, son commerce se développait de plus en plus, grâce à la protection de
M. Waterschoot. Par l'intermédiaire de celui-ci, Simon avait déjà fait quelques |)etites allaites avec une puissante maison d'Amsterdam qui avait, pour ainsi dire, avec quelques autres, le monopole du café.
L'homme qui était à la tête de cette maison d'Amsterdam était venu à Anvers, et descendu chez M. Waterschoot. Simon avait été invité à dîner par son protecteur, et, ce jour-là, le jeune homme avait gagné les sympathies et la confiance du négociant d'Amsterdam, à un point tel que ce dernier l'encourageaà avoir plus de hardiesse, et lui offrit un grand crédit. Simon déclara dès lors qu'il n'abuserait pas de cettre offre généreuse; il voulait bien être hardi et entreprenant, mais pas au delà de ses moyens.
Lorsqu'il eut pris congé de ce négociant d'Amsterdam qui lui montrait tant de bienveillance, Simon se dirigea vers la place de Meir, où un grand nombre de marchands se réunissaient au café, où se concluaient même souvent des transactions commerciales.
Il était assis depuis une demi-heure devant la porte de ce café, causant gaiement avec un groupe de négociants, car il venait de vendre une partie de café, et il avait gagné près de deux cents florins sur ce marché.
L'acheteur venait de le quitter après lui avoir serré la main, et Simon tournait la tête vers la place pour lui envoyer un dernier salut.
Tout à coup il vit dans le lointain quelque chose qui excita vivement son attention. Il murmura en lui-même :
— Mes yeux ne mé trompent-ils pas? Cela n'est pas possible. Je crois pourtant que c'est lui. Oui, oui, certainement, c'est lui. Oh ! le brutal !...
Il quitta le café et remonta la place de Meir, que traversait une lourde charrette chargée de moules et attelée de six chiens. Six autres chiens étaient attachés derrière la charette avec des courroies, pour remplacer ceux qui étaient attelés.
Tous ces animaux paraissaient extrêmement fatigués, et leur langue fumante pendait d'un demipied hors de la gueule. Néanmoins le marchand de moules frappait de droite et de gauche avec un fouet, si violemment et si brutalement que les pauvres bêtes hurlaient à faire peine.
— Hé! l'homme, arrêtez-vous un moment, lui dit Simon : d'où vient ce chien brun?
— De quel chien parlez-vous?
— Là, ce chien à longs poils, au milieu des deux noirs.
— Pensez-vous que je l'aie volé, monsieur?
— Je ne dis pas cela, mon brave homme.
— Je l'ai acheté, et même très cher... Tiens! il vous connaît !